mercredi 15 janvier 2014

Quand François exposait sa vie privée en entretien d'embauche

Les (més)aventures de François Hollande, président social-libertin, avec ses concubines successives, voire simultanées, m'ont remémoré une anecdote survenue dans ma vie professionnelle il y a une petite vingtaine d'années, au siècle dernier, avant la survenue des téléphones portables et d'internet. 

Travaillant dans une grande entreprise, j'étais alors responsable hiérarchique d'une équipe de 15 personnes.
L'activité étant en augmentation, le recrutement d'un ingénieur supplémentaire fut décidé.
Après analyse de multiples CV, je rencontrais, ainsi que le RH de mon secteur, trois candidats.

L'un d'entre eux, appelons-le François, crevait littéralement l'écran.
Il possédait exactement les compétences et l'expérience que nous recherchions, semblait dynamique et parlait avec passion et talent du poste qu'il occupait dans une petite société située à plus de 500 km.

Au cours de notre échange, je posais à François deux questions traditionnelles en entretien d'embauche.
Pourquoi recherchait-il un nouvel emploi ?
Le changement de domicile n'allait-il pas lui poser de problèmes familiaux ? (Son CV mentionnait marié, 2 enfants).

Très à l'aise, François expliqua souhaiter évoluer tant du point de vue des responsabilités que du salaire, ce que la PME qui le salariait ne lui permettait plus.
De surcroît, il venait d'hériter d'une grande maison familiale à proximité et désirait s'y installer durablement.
Spontanément, il ajoutait même que sa femme étant infirmière, elle ne devrait pas avoir de difficulté à retrouver un travail et que ses fils étaient suffisamment jeunes pour supporter un déménagement.

À l'issue des entretiens, mon collègue RH, mon patron de l'époque et votre serviteur, prirent, sans état d'âme, la décision d'envoyer une proposition d'embauche écrite à François.
Celui-ci nous téléphona deux jours plus tard et demanda 1 à 2 semaines de réflexion car il hésitait entre nous et une autre entreprise mieux située géographiquement par rapport à son nouveau domicile.
Le délai lui fut accordé, en lui laissant même sous-entendre qu'un petit coup de pouce sur sa rémunération n'était pas complètement impossible.
François promit de nous contacter avant 15 jours pour nous faire part de sa décision, quelle soit positive ou négative.

Au bout de 3 semaines, n'ayant reçu aucune nouvelle de François, nous appelâmes le numéro de téléphone indiqué, sans autre mention, dans son CV.
Une voie féminine décrocha et se présenta comme Valérie, l'épouse de François.
Elle réagit à l'explication de notre appel par un grand silence suivi de sanglots !
Nous venions de lui apprendre les démarches, qu'elle ignorait, de son mari pour décrocher un nouveau job à 6 heures d'autoroute du domicile familial.
Manifestement, comme aurait dit Brassens, François couvrait copieusement Valérie de safran.

À peine avions nous raccroché que les interrogations se firent jour.
Qu'allions nous faire si François répondait positivement à notre proposition ? Allions-nous maintenir notre offre ou pas ?
François nous avait volontairement donné de nombreux détails personnels et familiaux que nous n'avions pas sollicité. Était-ce pour crédibiliser sa candidature ou bien fallait-il rechercher une explication plus freudienne ou même lacanienne ?
Devions-nous tenir compte des mensonges ou dissimulations de François concernant se vie privée pour une embauche à caractère strictement professionnel ?

Fort heureusement pour nos consciences, nous n'eûmes plus jamais de nouvelles de François.
D'ailleurs, si au détour d'internet, ce dernier se reconnait et souhaite effectuer un rectificatif, il peut contacter le magazine culturel Closer qui transmettra.

Concubiniquement votre

Références et compléments
- Les faits ci-dessus sont strictement authentiques. J'ai juste amendé quelques détails et, bien évidemment, utilisé des prénoms d'opérette afin que les protagonistes ne puissent être retrouvés.
- Ma gratitude à Jean et Laurence qui m'ont, par leur amicale pression, conduit à rédiger une chronique sur un thème qui ne m'inspirait guère.