mardi 15 juillet 2014

Le mail version moderne du chalut dérivant

Un philatéliste, avec qui j'ai été en contact fugace il y a plus de 5 ans, vient de publier, à compte d'auteur, un livre consacré à un thème injustement méconnu : les oblitérations du jour de l'an entre 1876 et 1900 de timbres de type Sage.
Pressé de lancer son chef d'oeuvre et de rentrer dans ses frais, l'auteur a profité de l'enthousiasme entourant le 14 juillet pour envoyer un courrier promotionnel à son très fourni carnet d'adresses électroniques, en prenant soin de ne cacher aucun destinataire.

Ce qui devait arriver arriva, les réponses à cet envoi non sollicité ont commencé à tomber comme à Gravelotte.

Émoustillé par le défilé militaire sur les Champs Élysées et désireux de réaliser une expérience sociologique, j'ai, à mon tour, expédié à l'ensemble des prospects de l'expert en sagesse philatélique les trois simples lignes suivantes :
    Bonjour à tous
    Pourriez-vous, les uns et les autres, faire attention aux adresses que vous utilisez et cesser vos envois de spam.
    Merci d'avance
Les résultats ont dépassé toutes mes espérances en volume comme en qualité. Jugez sur pièces au travers de quelques échantillons de l'abondante correspondance que je reçois depuis hier.

- De la part de l'agent noreply@manche.fr du Conseil Général de la Manche / Gestion des Relations avec les Citoyens
    (Ne pas répondre à ce message SVP)
    Bonjour,
    Nous accusons réception de votre message concernant l'objet suivant : Re: [philatelie] CATALOGUE : TIMBRES de TYPE SAGE - LES OBLITERATIONS JOUR DE L'AN 1876 - 1900.
    Il sera traité sous le numéro _REF331427.
    Cordialement
- De la part de Mr A*** D***
    cher monsieur
    je viens de remarquer que je me suis trompe sur le prix j'attends donc votre accord pour vous envoyer demain 15 euros en timbres neufs valables pour affranchissement afin de recevoir votre etude sur les sages
    merci de votre reponse
- De la part de g***.c***@wanadoo.fr
    Vous avez tout à fait raison
- De la part de CLUB PHILATELIQUE
    ??????????????????????????????
- De la part de contact@a***.fr
    JE NE COMPRENDS RIEN A VOTRE MESSAGE §
- De la part de breaksunshine@***.com
    hello, can you please tell me in English what you wanted.
    I don't speak Spanish that well.
- De la part de J.P. G***
    bonjour,
    en réponse "aux uns et aux autres", (dont je ne fais pas partie),  je vous averti que je ne vous ai jamais rien commandé.
    je vous retransmets la réponse que je viens de faire à Mr. *** qui semble à l'origine des ces spams :
    bonjour Mr. ***
    je ne sais pas pourquoi vous m'envoyez ce message car je n'ai rien commandé.
    rappel à la Loi : merci de supprimer mon adresse mail de votre liste.
    cordialement
- De la part de T*** Philatélie
    je pense que c'est une erreurs
- J'ai gardé le meilleur pour la fin, de la part de vodou gan
    bonjour  mon enfant je viens tout juste de vous lire et je tiens a m’excusez auprès de vous pour le retard connue lors de ma réponse car j'étais entre temps au couvant sur un travail que je viens de terminé.
    alors je tiens a vous dire que je suis un marabout qui pourra vous aidez dans tout vos souci car cela en faire partir de mes travaux et de plus j'en est démontré a plusieurs personnes raison pour lequel grand nombre de personne qui ont pris par moi en témoigne ma puissance.
    alors sans plus tardez veuillez me faire part de tout votre souci sans rien oublié afin que je puisse vous venir en aide car comme je vous l'avais dire j'avais un travail dont je viens de terminé alors je serai en attente de vous lire.
Du Sage au marabout, il n'y a qu'un pas, pardon qu'un mail, voire un spam ...

Sociologiquement votre

Références et compléments
- L'orthographe, la ponctuation et la typographie des messages reproduits dans cette chronique sont garantis authentiques.
- Les timbres de type Sage ont été en circulation en France pendant 24 ans entre 1876 et 1900. Ils servaient aux affranchissements les plus courants et, d'inspiration très libérale, représentaient la Paix et le Commerce.
  

lundi 14 juillet 2014

L'insoutenable ambiguïté du défilé du 14 juillet

Quatorze, c'est fou c'que t'es triste
Quand sur un édifice
T'es suivi de dix-huit
Quatorze, c'est fou c'que t'es gai
Quand au calendrier
T'es suivi de juillet
Jean Ferrat

Au matin du quatorze juillet
Je reste dans mon lit douillet
La musique qui marche au pas
Cela ne me regarde pas
Georges Brassens

Tous les ans, au cœur de l'été, du Tour de France et parfois de la coupe du monde de football, je ressens le même malaise avec le défilé militaire du 14 juillet sur les Champs Élysées.

Faire parader soldatesque et politiques est singulièrement passé de mode.
Il n'y a plus guère qu'à Moscou, Beijing et Pyongyang que ces démonstrations de force sont organisées.
Voir mon pays voisiner ces champions de la démocratie et de l'amitié entre les peuples ne me remplit pas de fierté patriotique.

Ce défilé est un oxymore à lui seul.
Désormais, sensé être un hommage à la paix, il met en valeurs soldats et armements pendant deux heures. Comme si Rafales, chars Leclerc, FAMAS et légionnaires étaient des avatars du rameau d’olivier.

Honorer le glorieux passé des armées françaises est une sinistre blague.
Pendant plus d'un siècle, l'establishment militaro-politique français n'a tragiquement cessé de se tromper.
En 1914, il a recherché une guerre qui devait être rapide et aisée et qui se termina avec 9 millions de morts ainsi que 8 millions d'invalides.
Dans les années 1930, commandement  et gouvernements français firent l’inverse et ne surent pas barrer la route au nazisme.
Dernières aventures en date, les guerres coloniales du Vietnam et d'Algérie n’ont fait que retarder des échéances inéluctables et ont remis en vigueur la pratique du coup d'état oubliée depuis Napoléon III.

Enfin, alors que le défi de la France est de se tourner dare-dare vers l'avenir et le monde, aligner en rangs d'oignons bidasses et panzers sur la plus belle avenue du monde n'est probablement le meilleur moyen d'aider le pays à - si j'ose l’expression - se remettre en ordre de bataille.

Commémoriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts" et "Descendants de sans-papiers morts pour la France entre 1914 et 1918".

samedi 12 juillet 2014

Il est temps de supprimer le bac !

Tous les ans, trois bons mois avant l’automne, 700 000 jeunes français sont soumis au rite initiatique du baccalauréat.
Cet examen a supplanté par son inutilité symbolique feu le service militaire. Jugez sur pièces.

Les documents ainsi que les ordinateurs et autres engins connectés sont interdits pendant les épreuves.
De surcroît, tout est fait pour que chaque lycéen ne puisse pas échanger avec ses petits camarades.
Le bac privilégie donc le travail solitaire et la mémoire individuelle de savoirs livresques alors que la vie professionnelle, mais aussi sociale, impose d'agir en équipe et de remplacer les têtes bien pleines et bien faites d'antan par des réseaux de têtes chercheuses.
Au XXIème siècle, nous continuons d'évaluer les jeunes comme sous le règne du regretté Napoléon Ier.

Le bac, à sa création en 1808, vérifiait que les connaissances nécessaires pour exercer, durant toute une vie, une profession prétendument supérieure, étaient acquises. Il permettait aussi à de très rares happy few, désireux de former ensuite de futurs bacheliers, de poursuivre des études supérieures.
À l'heure de l'apprentissage perpétuel jusqu'à la fin de nos jours, qu'elle est, dorénavant, la fonction du baccalauréat ?

Le nombre de candidats a été, très longtemps, microscopique.
Vers 1885, en région parisienne, à peine 900 lycéens tentaient de décrocher cette peau d’âne. En 1970, pas plus d’un jeune sur cinq obtenait le sésame de fin de lycée. La barre des 50% de bacheliers dans une tranche d'âge n'a été franchie qu'en 1992.
Cette année, 7 jeunes sur 8 ont passé le bac et plus de 3 sur 4 ont été reçus.
Le tri des étudiants s'effectue désormais avant le baccalauréat. Les filières sélectives d’enseignement supérieur criblent les jeunes qu’elles retiennent via le système dit admissions post-bac dont les résultats sont connus avant les épreuves.

Tout ce barnum coûte une fortune en deniers publics.
Officiellement, le Ministère de l’Éducation Nationale, qui s'est érigé en gardien du temple napoléonien, évalue la note à grosso modo 60 petits millions d’euros, 85 € par candidat.
Le syndicat des proviseurs de lycée, qui aimerait être débarrassé de cette corvée, pousse l'addition à 1 400 millions.
La facture réelle se situe donc quelque part à mi-chemin vers 700 millions d’euros.
Nous consacrons donc autour de 1 € par mois et par français, soit 0.3% du déficit public, au maintien d'une tradition surannée et néfaste.

Bachotiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Tout savoir (ou presque) sur le déficit public de la France" et "Conserver les savoirs obsolètes".
- Article Wikipedia sur le baccalauréat en France
- L'évaluation statistique officielle du baccalauréat 2014 par le Ministère de l'Éducation Nationale
- Article du magazine Challenge de juin 2013 sur les savants calculs du syndicat des personnels de direction de l'Éducation Nationale à propos du coût du bac.

jeudi 10 juillet 2014

Automobilistes préférez-vous les carrefours libéraux ou administrés ?

Dans de nombreux domaines - professionnels, politiques, économiques, sociaux et même personnels - nous avons tendance, pour venir à bout de dysfonctionnements réels ou supposés, à imaginer puis mettre en place des procédures et des règlements toujours plus ingénieux.

Malheureusement, le remède est souvent pire que le mal.
Face à un problème, nous préférons fréquemment théorie et contrôle plutôt que pratique et confiance.

Pour tenter de vous en convaincre, je vous propose d’examiner le fonctionnement des carrefours routiers en zone urbaine.

Au début de l'automobile, une seule règle existait pour régir le passage des voitures à un croisement de voies, la priorité à droite.
Ce système qui a le mérite de la simplicité fonctionne parfaitement lorsque le nombre de véhicules reste faible mais peine lorsque le trafic devient soutenu. Les conducteurs souhaitant tourner à gauche ou traverser le croisement bloquent les autres voitures.

Pour supprimer cet inconvénient, sens uniques et interdictions de tourner ont été inventés.
Ils résolvent ponctuellement la difficulté en la reportant ailleurs, les automobilistes souhaitant aller dans une direction prohibée étant obligés d'effectuer un détour.

Vinrent ensuite les stops et les cédez le passage.
Un des axes, décrété prioritaire, se voit accorder tous les droits.
Les véhicules venant des rues adjacentes, à l'instar du tiers-état cédant le pas à la noblesse avant 1789, doivent se contenter d'attendre que le trafic dominant daigne se clairsemer.
Comble de l'ironie, les quelques nobles attirés par la gauche suscitent l'ire de leurs condisciples mainstream qu'ils empêchent d'aller de l'avant.

Peu à peu, les feux tricolores se sont imposés.
Cette solution technocratique - savant mélange de technique et de démocratie - est un précurseur de la discrimination positive.
Par l'entremise d'astucieuses modifications chromatiques, les minoritaires possèdent un quota réservé de droits de passage soustraits à la majorité contrainte de s'arrêter.
Certains ingénieurs, ayant constaté que les minoritaires, non contents de fuir les usages établis, sont aussi fantasques et changeants, ont équipé les feux rouges de capteurs et de processeurs. En théorie, ces systèmes dernier cri adaptent le fonctionnement des carrefours aux variations de trafic. En pratique, il s'agit d'exercices en vraie grandeur de discrimination aléatoire.

Enfin, derniers avatars en date, sont apparus les ronds-points dits à l'anglaise.
Ils doivent leur appellation au fait que la Grande Bretagne s'est dotée de tels carrefours dès les années 1960, alors qu'il a fallu attendre les règnes éclairés de François Mitterrand et Zine el Abidine Ben Ali pour que France et Tunisie en équipent leurs voirie.
Comme les priorités à droite, ces croisements circulaires fonctionnent avec une règle simpliste : priorité au véhicule engagé.
Paradoxalement, c'est la diversité des intervenants qui assure la fluidité de la circulation sur un rond-point. La présence simultanée de majoritaires orthodoxes et hétérodoxes ainsi que de minoritaires de tout poil garantit le bon fonctionnement de l'ensemble en alternant les trajectoires.

Je ne peux malheureusement poursuivre plus avant cette analyse routière car je dois, sans délai, franchir un stop, quatre ronds-points et un feu tricolore afin d'aller quérir le ravitaillement familial dans un hypermarché dont vous aurez aisément deviné le nom.

Aussi je laisse chaque lecteur, au vu de sa propre expérience de conducteur, définir le type de carrefour qu'il préfère et, éventuellement, en déduire quelques enseignements applicables en dehors de la route.

Carrefouriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "les ronds-points du Téléthon".
  

samedi 28 juin 2014

Petit exercice de prospective

Dans un billet récent, j'ai esquissé des réponses à la question “quels métiers choisir pour surmonter la révolution industrielle ?”.
Je mettais en lumière que les savoir-être, plus que les connaissances et les savoir-faire, seraient déterminants.
De fidèles lecteurs m'ont alors enjoint d'illustrer ce point.
Pour ce faire, je vous propose de tester vos envies de futur à l'aide d'un exemple fictif mais néanmoins représentatif des mutations de notre époque.

Supposons qu'à Rodez ou à Béja, un professeur de physique en retraite, féru d'expériences et d'internet, ait mis au point un système de téléportation, en quelques minutes, d'objets inanimés de moins de 10 kg, en tous points du globe terrestre.

Le procédé nécessite deux bases, une pour l'expédition et une pour la réception, connectées ensemble par internet. Il s'agit d’assemblages assez simples de composants électroniques et de pièces métalliques qui coûtent environ 200 € l'unité.
La consommation d'énergie de ces appareils de téléportation est très faible, de l'ordre du centième de la consommation de carburant nécessaire au même trajet en camion ou en avion.
Le génial retraité, peu attiré par le business, a publié l'intégralité de sa découverte sur le web sous couvert d'une licence libre.

Je vous suggère, à partir de ce scénario, d'imaginer votre réaction si une personne de votre entourage vous apprenait, au détour d'un mail ou d'une conversation, cette invention.

Voici quelques propositions, non limitatives, pour initier votre réflexion :

- Vous reprenez la pratique régulière du vélo.

- Vous contactez votre famille en Tunisie et vous mettez en place un service régulier Meylan-Kelibia.
Votre entreprise actuelle vous accorde un congé sabbatique qui vous permet d'ouvrir un dépôt de pâtisseries et de poissons tunisiens frais dans le Grésivaudan à proximité de Grenoble.

- Vous ne tenez aucun compte de l'information et, quelques jours plus tard, vous diversifiez votre portefeuille boursier en achetant des actions de Vinci Autoroutes et de Volvo Trucks.

- Vous vous dites que c'est un mauvais coup supplémentaire porté à l'industrie automobile. Vous lancez alors une pétition en ligne pour limiter et réglementer cette activité en France.

- Vous ne vous sentez pas concerné, le transport de marchandise n'étant ni votre truc, ni votre profession.

- Vous contactez immédiatement une de vos connaissances indirectes travaillant dans la logistique et vous lui proposez d'associer son savoir-faire avec vos talents de bricoleur et aussi avec une partie de vos économies.

- Vous pensez que Google, Amazon ou Apple vont une nouvelle fois profiter indûment d'une avancée technologique et que l'Europe ainsi que le Bassin Méditerranéen vont s'enfoncer encore plus dans le déclin.

- Très vite, vous fabriquez deux bases, vous essayez le procédé et vous testez des améliorations afin d'accroître la taille des colis transportables, voire même d'envisager des passagers vivants (au départ comme à l'arrivée).

- Vous vous sentez renforcé dans votre conviction que la technologie va trop loin et nous déshumanise. Cette énième goutte d'eau fait déborder votre vase personnel. Vous plaquez tout et créez un ashram œcuménique au cœur du massif de la Chartreuse.

… … … … ...

Je publierai sur ce blog vos meilleures propositions vis-à-vis de ce scénario imaginaire.

Futuriquement votre

Références et compléments
- Un immense merci à tous ceux qui réagissent à mes chroniques et à mes facéties. Une mention spéciale pour Laurence qui m’a incité, devant le zinc d'un bar très aseptisé, à retrouver le chemin du clavier et à Fabien le king de la téléportation.
- Voir aussi la chronique quels métiers choisir pour surmonter la révolution industrielle ?

samedi 21 juin 2014

Mode d’emploi à l’usage des partisans de Mélenchon afin de passer pour des bêtes de sexe dans les sondages

Parmi les derniers sondages en date, une étude plaisamment baptisée “les français, la politique et le sexe” révèle, entre autres croustillances, que les supporters de Marine L. P. (je suis toujours affecté par ma crampe aux doigts) et de Jean-Luc Mélenchon copulent un tiers plus fréquemment que les partisans de François Bayrou ou de Cécile Duflot.

À partir de ces chiffres et de quelques autres, l'hebdomadaire ayant commandité l'enquête a réussi l'exploit littéraire de pondre cinq pages complètes d'analyses socio-sexo-politiques.

Plutôt que de commenter ces commentaires, Humeurs Mondialisées a infiltré un de ses nombreux journalistes pour qu'il assiste incognito à la fabrication du sondage.
Voici son reportage vérité.

— Allô

Bonjour monsieur.
Je travaille pour de l'Institut BMC-SOFLOP qui réalise actuellement une enquête auprès des français.
Auriez-vous, s'il vous plaît, quelques minutes à m'accorder pour ce sondage d'opinion ?

[voix peu compréhensible en arrière-plan]

— Euh … Oui

Merci beaucoup. L'enquête comporte en tout six questions.
Première question, de quel parti politique estimez-vous être le plus proche ?
1) Front National 
2) UMP 
3) UDI - Modem 
4) PS
5) Europe Écologie Les Verts
6) Front de Gauche - Parti Communiste
7) Nouveau Parti Anticapitaliste
8) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Chéri, tu sais combien il nous reste d'œufs dans le frigo ?

— Euh … 6 …

Merci beaucoup.
Seconde question, au total, au cours de votre vie, avec combien de personnes différentes avez-vous eu des rapports sexuels ?
1) Aucune
2) Une
3) Deux à trois
4) Quatre à cinq
5) Six à neuf
6) Dix et plus
7) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et combien il nous reste de bouteilles de jus d'orange ?

— Euh … 6 aussi …

Merci beaucoup.
Troisième question, pouvez-vous indiquer combien, approximativement, vous avez eu de rapports sexuels au cours des quatre dernières semaines ?
1) Aucun
2) Moins de un par semaine
3) De un à moins de deux par semaine
4) De deux à trois par semaine
5) De quatre à cinq par semaine
6) Plus de cinq par semaine
7) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et des boîtes de céréales pour les enfants ?

— Euh … encore 6 aussi …

Merci beaucoup.
Quatrième question, il y en a six en tout. Actuellement, vous définissez-vous comme ... ?
1) Hétérosexuel
2) Bisexuel
3) Homosexuel
4) Aucun des 3 précédents
5) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et des paquets de biscuits pour le goûter ?

— Euh … 2 je crois …

Merci beaucoup.
Cinquième et avant-dernière question. Êtes-vous satisfait de votre vie sexuelle actuelle ?
1) Très satisfait
2) Assez satisfait
3) Peu satisfait
4) Pas satisfait du tout
5) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Tu pourrais pas venir ? Qu'est-ce que tu fabriques ?

— Hein !?!

Merci beaucoup.
Sixième et dernière question. Avez-vous déjà eu des rapports sexuels avec un ou une prostitué(e) ?
1) Oui
2) Non
3) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Mais enfin ! Tu viens oui ou non ? Tu parles à qui d’ailleurs ?

— Hein !?!

Au nom de l’Institut BMC-SOFLOP je vous remercie pour le temps que vous m’avez accordé et vous souhaite une excellente soirée en famille.

Sondagiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Quand sondage rime avec bidonnage”
- Les questions sont plus que très fortement inspirées de celles posées dans le sondage “les français, la politique et le sexe / pratiques sexuelles des français” réalisé par IFOP pour l'hebdomadaire Marianne le 23 mai 2014.
   

dimanche 15 juin 2014

Notre système politique date des diligences

La démocratie parlementaire représentative qui, au fil de l’histoire, s'est imposée en Europe, en Amérique du Nord et dans bon nombre d’autres pays est désormais à bout de souffle. La montée généralisée des populismes en est le symptôme le plus flagrant.

Ce système, après de longues prémisses en Islande et surtout en Angleterre, s'est généralisé au XVIIIème siècle à partir de la Suède, des tous neufs États-Unis et de la France.
Sa forme actuelle a émergé grosso modo entre 1720 et 1800. Le XIXème siècle a raffiné et stabilisé les modes de fonctionnement qui n’ont plus guère évolué par la suite.

Beaucoup d'états, à l’instar de la France, ont connu plusieurs constitutions successives.
Toutefois, ces différentes moutures ont toujours conservé l'architecture générale du parlementarisme, se contentant de modifier à la marge les modes de scrutin et la répartition exacte des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires.

Vers 1780, lors de la naissance des régimes parlementaires, l’Europe était encore très proche du Moyen-Âge.

L'économie, essentiellement agricole, reposait sur les grands propriétaires fonciers et les corporations.
Le capitalisme moderne restait encore balbutiant et la Révolution Industrielle n'avait véritablement commencé qu’en Grande-Bretagne.

Les médias se limitaient aux gazettes et aux livres, à la diffusion lente et coûteuse.
En France, ils ne pouvaient toucher que 4 hommes et 2 femmes sur 10. Le reste de la population ne savait ni lire, ni écrire.
Moins d'un homme sur 100 accédait à ce que nous nommons aujourd'hui l'éducation supérieure.

Le cheval et la diligence étaient les seuls moyens de transport sur longue distance. Lyon et Marseille se situaient alors respectivement à 5 et 9 jours de Paris. Les communications étaient limitées à la malle-poste qui utilisait les même moyens d’acheminement.

La France comptait alors entre 20 et 25 millions d’habitants, dont plus de 4 sur 5 vivaient à la campagne. Désormais, 5 français sur 6 habitent en zone urbaine.
L'espérance de vie à la naissance oscillait entre 30 et 40 ans, contre presque 85 maintenant.

Dans les familles, épouse et enfants se soumettaient à l’autorité du chef de famille qui décidait de la vie de tous ceux qui logeaient sous son toit.
Domesticité ainsi que fermages et métayages aux conditions très dures mettaient plus des deux tiers des français en situation de sujétion et de dépendance.
Si la Révolution Française a beaucoup fait évoluer le droit dans ces domaines, elle n'a que peu changé la réalité quotidienne. Ce n'est qu’au XXème siècle que le salariat et le travail industriel sont devenus majoritaires.

Dans les années 1800, la réunion d’assemblées parlementaires en sessions régulières et leurs mécanismes d'élection, d'élaboration des textes législatifs, de décision et de censure représentaient une vraie modernité bien adaptée à la société et au rythme d'alors.
Ils mirent fin, avec beaucoup de cahots et de chaos, à l'absolutisme féodal et permirent aux libertés et aux protections sociales de se développer.

Aujourd'hui, nous évoluons dans un univers très différent, en mutation constante, marqué par l’explosion urbaine, l'universalité du capitalisme, l'abolition des distances, l'accélération du temps, l'abondance de l’information et la montée de l’individu.
L'ADN du parlementarisme traditionnel ne recèle que peu de maillons aptes à relever ces défis.

Une mise à jour en profondeur du code génétique de nos institutions s'avère indispensable.
Je souhaite de tout cœur que la génération des “digital natives” ne se limite pas à mettre notre société cul par dessus tête mais en profite aussi pour inventer, dare-dare, de nouvelles organisations politiques adaptées à notre temps. Nous en avons un urgent besoin.

Démofuturiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?
La nourriture est-elle moins chère que sous Louis XV ?
Généalogie de la croissance. Quand l'histoire familiale raconte l'économie et la démographie
Quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?
Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

vendredi 13 juin 2014

Lettre ouverte au PDG de Bouygues Telecom

À en croire les gazettes et le plan social récemment annoncé, l'entreprise Bouygues Telecom se débat dans des difficultés économiques provoquées par la guerre des prix attisée par Free.

Soucieux de conserver sa clientèle actuelle, Olivier Roussat, présentement PDG de Bouygues Telecom, s'est fendu aujourd'hui d’un message à ses abonnés.

J'ai donc reçu en plein milieu de l'après-midi simultanément un mail et un SMS.
Ce soir, j'ai tenté de répondre à ces messages mais Bouygues Telecom refuse d'acheminer les SMS qui lui sont destiné. Quant à mon mail, il est revenu affublé de l'antipathique, anglophone et mal typographiée sentence “Recipient address rejected: Access Denied”.

Bouygues Telecom, qui d’après son PDG “oeuvre chaque jour pour me servir et me délivrer un service de qualité”, ne semble pas souhaiter prendre connaissance de ce que j’en pense.
Qu'à cela ne tienne, cela me permet d'en faire profiter les lecteurs de ce blog. Voici donc le texte que j'ai vainement tenté d'expédier il y a quelques minutes à Olivier Roussat.

Cher Olivier Roussat

Je comprends les difficultés de votre entreprise, sachez que j'y compatis et surtout que je compatis au sort de vos salariés.

Toutefois en tant que client fidèle et acharné de Bouygues Telecom, peut-être n'ai-je pas mérité de recevoir votre dernier message simultanément par mail et par SMS, de surcroît en plein milieu de mes heures de travail.

Personnellement, je réserve les SMS pour mon entourage, principalement pour des sujets présentant un caractère d'urgence ou d'instantanéité. Pour les reste, le mail, splendide média asynchrone, suffit.

Comme depuis plus de 10 ans je verse mensuellement mon écot à Bouygues Telecom, peut-être pourriez-vous demander à vos services d'avoir la gentillesse de cesser de m'abreuver de SMS promotionnels. Je reçois déjà votre newsletter, c'est bien assez !
Depuis le temps que vous annoncez des réductions, je m'étonne que mon téléphone ne soit pas devenu gratuit.
De surcroît, votre système de désabonnement ne fonctionne pas et il est impossible de répondre à vos envois non sollicités.

Cordialement

Spamiquement votre

lundi 9 juin 2014

Faut-il remplir les prisons pour réduire la délinquance ?

L'examen parlementaire de la nouvelle loi pénale dite Taubira a ravivé le sempiternel débat entre les tenants de la répression et les supporters de l’humanisme.
Goûtant toujours aussi peu les dogmes et fidèles aux habitudes de ce blog, j’ai cherché à départager les deux camps grâce aux statistiques et aux comparaisons avec nos voisins européens.

En quelques clics, l'excellent site de la communauté européenne Eurostat fournit deux séries de données, le nombre de personnes incarcérées par pays ainsi que la quantité d’infractions déclarées annuellement aux forces de police.
En divisant ces chiffres par la population de chaque état, on peut comparer des politiques judiciaires et carcérales très diverses.

En Europe, en permanence, 1 personne sur 700 dort en prison, soit grosso modo un total de 800 000 taulards, l’analogue de Marseille, d’Amsterdam ou d’un petit Turin.

La France se situe nettement en dessous de la moyenne avec un ratio de 1/1 000, soit environ 65 000 détenus, l’équivalent de Troyes, Valence, Mérignac ou Levallois-Perret.
Belgique, Grèce, Italie, Portugal et Croatie font sensiblement aussi bien que la patrie des droits de l’homme.
Allemands et hollandais mettent en taule 20% moins souvent.

Slovènes et finlandais sont nettement moins répressifs. À Helsinki ou à Ljubljana, on n’enferme qu’une personne pour 1 700 habitants.

À l'inverse, Royaume-Uni, Espagne et Roumanie coffrent 1.5 plus fréquemment qu'en France.
La palme du bouclage est détenue par les baltes. En Lettonie et Lituanie, pourtant peu réputées pour leur ensoleillement, 1 habitant sur 300 est autoritairement mis à l'ombre.

Mesurer la délinquance est beaucoup plus compliqué que de compter les types retenus derrière des barreaux.
Grosso modo, deux méthodes existent pour évaluer la criminalité.

La première, que les spécialistes baptisent plaisamment enquêtes de victimation, consiste à demander à un échantillon, que l’on espère représentatif de la population, si on lui a fait du mal récemment.
Ce type d’analyse possède les avantages, mais surtout les défauts, des sondages d'opinion.
Seules les déclarations des personnes qui répondent sont prises en compte, sans possibilité de recouper leurs dires. Les biais sont nombreux et dans tous les sens possibles.
De surcroît, ces questionnaires ne concernent qu’un nombre limité de pays, avec des méthodologies variées, ce qui rend les comparaisons illusoires.

La seconde manière de procéder est de dénombrer les déclarations officielles déposées par les victimes supposées auprès des services de police.
Là encore, les biais sont légion.
La confiance dans la police, sa probité et son efficacité varie grandement en Europe.
De surcroît, les incitations à porter plainte sont très diverses. Par exemple, le signalement des cambriolages à la maréchaussée dépend de la couverture d’assurance et de l’exigence ou non par les compagnies d’un papier officiel pour procéder à l’indemnisation.
Malgré tous ses défauts, le taux d’infractions déclarées par habitant est le seul indicateur statistique réellement international.

Annuellement, les européens indiquent à la police de l’ordre de 30 millions d’infractions, près de 2.5 fois la quantité de voitures neuves immatriculées.
Autrement dit, une personne sur 20 se rend chaque année dans un commissariat pour porter plainte, soit un ratio de 50 faits délictueux déclarés pour 1 000 habitants.
L’entourage familial, amical et professionnel de chacun d'entre nous comprend, en moyenne, entre 100 et 300 personnes. Aussi, trimestriellement, voire mensuellement, nous connaissons personnellement quelqu'un ayant contacté les forces de l’ordre pour un dommage ou une agression.
Cette fréquence relationnelle nourrit le sentiment d’insécurité.

Dans ce domaine, la France, à l’instar de l’Italie, du Portugal, de l’Espagne ou de la Hongrie, se situe juste sur la moyenne européenne.
Anglais et allemands se rendent plus souvent chez les pandores, avec des taux respectivement de 65 et 75 plaintes pour 1 000 têtes de pipe.

La Suède est championne d’Europe de la plainte avec 150 déclarations pour 1 000 habitants. Chaque année, les collègues du commissaire Wallander reçoivent un citoyen sur 7. Pas étonnant qu’ils apparaissent légèrement neurasthéniques dans les romans policiers.

À l’autre extrémité de l'échelle, les policiers grecs, bulgares, roumains et baltes ne sont que modérément interpellés par leur population. À peu près une personne sur 50 seulement consent chaque année à leur donner du travail.

En croisant les statistiques européennes de prisonniers et d’infractions déclarées, on obtient une vue d’ensemble passablement hétérogène.

Comparaison européenne des ratios pour 1 000 habitants de prisonniers et d'infractions déclarées à la police (chiffres Eurostat 2012)
[Cliquer sur l'image pour l'agrandir]
Sans lunettes, le nuage de points donne l’impression que beaucoup coffrer diminue les plaintes.
Toutefois, à y regarder de plus près, les exceptions pullulent.
Suède et Norvège ont le même taux d’incarcération, alors que les plaintes y varient d’un facteur 3.
Autre exemple, on emprisonne 3 fois plus en Lituanie qu'en Grèce avec un ratio similaire d'infraction déclarées.

Avec des chiffres aussi peu probants et autant sujets à caution, les discussions enflammées sur le degré nécessaire de répression pénale ne vont pas se tarir de sitôt.
Peut-être s'agit-il d’un sujet trop passionnel pour que nous l'abordions sereinement ...

Sarkotaubiriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Quand sondage rime avec bidonnage
. Pauvre Claude G. !

- Les valeurs présentées dans cette chronique proviennent des chiffres 2012 d'Eurostat. Les ratios ont été arrondis pour faciliter leur compréhension.

- Les pays européens sont nommés sur le graphique par leurs codes ISO.

samedi 7 juin 2014

Pneus, ballons ronds et corruptions

Ce matin, alors que j’achetais mes cinq fruits et légumes quotidiens, un client se plaignait auprès du vendeur du prix exorbitant des pêches tarifées à 3 €/kg.
Il jeta finalement son dévolu sur des pommes, sensiblement au même prix, au prétexte qu’il en mangeait plusieurs par jour à son bureau.

Continuant à deviser avec le commerçant, qu’il avait l’air de bien connaître, il s’exclama “au fait, je ne t’ai pas dit, je vais aller au Brésil assister à la finale de la coupe du monde ! C’est *** qui m’offre le voyage et le billet tous frais payés !”.

*** est une marque très connue de pneumatiques, au nom fleurant bon la géographie et la climatologie, qui sponsorise la FIFA, Fédération Internationale de Football Association, modèle indépassable de probité et candidate au Prix Nobel de la Paix.

Apparemment, si j’en juge par la suite de la conversation captée chez le primeur, le manufacturier “remercie” ses meilleurs clients en leur faisant cadeau de séjours luxueux axés sur les grands événements footballistiques.
Vu les tarifs des avions, des hôtels et des stades lors de la grand-messe du ballon rond, cette action de grâce coûte plusieurs milliers d’euros par invité. Pas exactement du mécénat humanitaire ou un clin d’oeil en forme de T-shirt ou de porte-clef publicitaire ...

Ce genre de pratique “commerciale” n’est pas rare et survient à toutes les échelles.
Ainsi, beaucoup d'équipes sportives professionnelles proposent des loges ou des salons aux entreprises pour, parait-il, les aider dans leurs relations publiques.

Ces libéralités sont, au sens strict, de la corruption puisqu'elles “faussent par de dons ou des promesses, l’exercice d’un pouvoir”.
Sur un mode privé et diffus, ce sont les mêmes mécanismes insidieux que ceux visant à obtenir un droit à construire, le retrait d’une contravention routière ou la concession d’un service public.

Je termine en rappelant que, très peu de temps en arrière, *** a fermé une de ses usines historiques dans la vallée de l'Oise en licenciant la totalité de son personnel …

Les largesses des marchands de pneus et des frappeurs de ballons me gonflent !

Toutefois, en échange d'un ou deux billets d'avion aller-retour Lyon-Tunis, je suis disposé à taire mon ire du football, à soustraire cette chronique à son audience internationale et à la remplacer par un panégyrique du caoutchouc, de la carcasse radiale et de Michel Platini.

Pneumo-corruptiquement votre

vendredi 30 mai 2014

Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

La montée de l’extrême-droite populiste en France coïncide avec les mutations de la troisième révolution industrielle

La société industrielle, qui connut son apogée durant les "trente glorieuses", réussissait le tour de force d'accroître nettement le niveau et le confort de vie tout en préservant l'essentiel de l'homogénéité, de la prévisibilité et des liens sociaux forts caractéristiques des sociétés rurales.

Notamment, les grandes usines, malgré leurs travers, créaient un fort sentiment d'appartenance, à l'entreprise bien sur, mais aussi à une communauté plus large via les œuvres sociales ainsi que les adhésions syndicales, politiques et, parfois même, religieuses.
Ces collectivités humaines stratifiées et hiérarchisées, où le travail était souvent très dur, produisaient aussi un avenir facile à dessiner via la promotion interne et, surtout, l'embauche des enfants des employés.
Dans ce contexte, les trajectoires individuelles étaient souvent prévisibles et peu diverses.

Quelque part entre mai 1968 et les années 1980, cette belle machine s'est grippée. L'univers d'Henri Ford et de Louis Renault a craqué sous les coups de boutoir de celui de Bill Gates et Steve Jobs.


Le monde post-moderne a cassé les codes des usines tayloriennes

Certes, nos besoins et envies matériels sont toujours de mieux en mieux servis et demandent moins de labeur.
Toutefois, depuis la fin des trente glorieuses, notre vie quotidienne change, en apparence, moins vite et avec plus de dents de scie.

Informatique et télécommunications qui bouleversent notre vécu personnel et professionnel, sont immatérielles, donc peu perceptibles.
La très forte automatisation qu'elles induisent, couplée à l'abaissement des coûts de transport, ont condamné au chômage des cohortes entières d'ouvriers ainsi que leur encadrement. Qui parle d'ailleurs encore d'agents de maîtrise ?

La valse des technologies assure une amélioration moyenne du bien-être physique au prix de beaucoup d'essais et d'erreurs, ainsi que de la disparition, parfois très rapide, d'activités ancestrales.
Nul ne peut plus être certain que son métier existera encore dans cinq ou dix ans.
En très peu d'années, l'horizon professionnel est devenu, a minima, brumeux et, fréquemment, obscur pour la quasi-totalité des personnes en âge de travailler.

Dans le même temps, outre l'imprévisibilité, la diversité est devenue la norme et l'individu domine.
Ce sont, presque exclusivement, des personnes, et non plus des groupes sociaux ou politiques, qui sont les moteurs du maelström ambiant.
Chacun, désormais, décide de ce qu'il veut faire et être, de comment il veut vivre et avec qui.
Sa famille, ses voisins, ses amis, ses collègues, ses relations, ses mentors n'ont pratiquement plus voix au chapitre.
L'augmentation du temps libre et la moindre dépendance aux autres pour sa propre subsistance accroissent les possibilités d'autonomie individuelle.

Causes ou conséquences, je ne sais, ce que les sociologues nomment les corps intermédiaires - partis, églises, syndicats, communautés, associations - ont perdu leur capacité de peser sur le cours des choses et attirent de moins en moins.
Même la petite minorité de catholiques pratiquants, à en croire les enquêtes d'opinion, ne se sent plus liée par les directives doctrinales du pape et des évêques.
Ne parlons pas des syndicats devenus des bureaucraties stériles et inaudibles !


L’extrême-droite populiste surfe sur l'angoisse suscitée par les évolutions en cours

Le train d'enfer des mutations bouscule nos certitudes.
De surcroît, moins courir après son pain quotidien suscite des attentes nouvelles.
Comment faire face, seul, à ces changements rapides et à ces choix de vie ?
Que faire de loisirs désormais prédominants ?
Quel sens donner à tout cela ?
Comment et avec qui surmonter les coups durs ?

L'amélioration moyenne des conditions matérielles de vie et la progression des choix individuels procurent d'indéniables satisfactions mais répondent mal aux besoins de sécurité et d'appartenance, chers au psychologue Abraham Maslow et à sa pyramide.

La famille L. P. et ses séides (je prie le lecteur de me pardonner mais j'ai une crampe récurrente aux doigts qui m'empêche d'écrire certains patronymes) exploite sans vergogne ce créneau porteur.
Balayant doutes et interrogations, elle fournit, prêtes à l'emploi, des réponses simples et, en apparence, opérationnelles qui évitent de se poser trop de questions vis à vis du monde qui change.

À l'instar de ses prédécesseurs des années 1930 qui faisaient du juif cosmopolite la source de tous les maux de notre bel Hexagone, l'extrême-droite actuelle accuse la mondialisation imposée par des élites dévoyées et anglophones et leurs chevaux de Troie immigrés du Sud ou de l'Est.

Dans ces conditions, la résorption de nos problèmes bien réels, à commencer par le chômage massif, ne peut provenir que d'un retour à un mythique ordre ancien où tout allait pour le mieux.

Renvoyons les métèques chez eux, ou, à tout le moins, coupons leurs vivres !
Fermons nos frontières aux nouveaux arrivants !
Réprimons sans mollir la petite délinquance !
Rétablissons les droits de douane !
Supprimons les impôts auxquels nous sommes les plus attentifs comme les taxes sur le carburant !
Réinstaurons la sécurité sociale d'antan ! Réservons la aux vrais nationaux !
Finançons le déficit de l'état par l'inflation en exigeant de la Banque de France quelle imprime de la vraie fausse monnaie !
Et drapons-nous dans notre bel oriflamme tricolore !

Cette analyse et ce programme ont un pouvoir de conviction hors pair car ils rendent le monde aisément lisible et explicable.
Ils ciblent nos deux besoins les plus mis à mal, la sécurité en nous promettant murs et patrouilles, ainsi que l'appartenance, sur le mode "nous et eux".


L'extrême-droite populiste ne peut être contrée que sur le terrain des besoins de sécurité, de prévisibilité et d'appartenance.

La première urgence est de remettre notre machine économique en marche.
Les façons de faire sont connues et globalement efficaces chez nos voisins du Nord et de l'Est : diminution drastique de la taxation de l'emploi, allègement des réglementations freinant l'embauche, réduction du périmètre de l'action publique et augmentation concomitante de son efficacité, notamment de sa vitesse d'exécution, désormais inadaptée aux rythmes de la société.
Ces réformes seront très désagréables et même douloureuses mais dégageront une perspective positive.
À l'inverse, l'inertie politique actuelle accroît continuellement le chômage et la pauvreté de manière tout aussi douloureuse, mais sans aucune sortie de tunnel en vue.

Ensuite, un tour de vis moral est indispensable au sein du monde politique, mais aussi, voire surtout, parmi la soit-disant "élite" syndicale, entrepreneuriale, intellectuelle, sportive, artistique ...
Ceux qui enfreignent délibérément la loi ou se goinfrent doivent quitter définitivement leurs postes ou leurs positions.
Une position élevée dans l'échelle sociale suppose une exemplarité au même niveau.
De surcroît, une réelle modération, soit volontaire, soit fiscale, des rémunérations stratosphériques aiderait à rétablir un sentiment d'équité.

Enfin, nous devons, chacun, nous tourner plus vers l'avenir que vers le passé.
Connaître son histoire est vital, commémorer en permanence est délétère.
Les mutations en cours sont grosses de nombreux risques mais elles fourmillent d'opportunités de tous niveaux. Le meilleur antidote au populisme est de s'en saisir.


Le moralisme est sans effet sur l'extrême-droite

Affubler de noms d'oiseau les sympathisants de l'extrême-droite peut défouler mais est contre-productif.
Ces réactions épidermiques, substituts trop faciles à l'analyse et à l'action, renforcent les convictions des personnes qui se sont mises en mode "nous et eux".
Les nobles sentiments de l'anti-racisme conventionnel visent les symptômes et oublient paradoxalement de traiter les causes.


Seules nos actions individuelles éviteront la catastrophe que serait la famille L. P. dirigeant la France

La levée du danger extrémiste ne viendra ni d'en haut, ni d'une quelconque avant-garde plus ou moins éclairée.
C'est à notre société dans son entier, c'est à dire à chacun d'entre nous, de construire, par elle même et dans la durée, des représentations du monde moins toxiques conjuguant liberté individuelle, responsabilité, confiance, cohésion sociale et sens du collectif

Nos actes et nos convictions individuels doivent concorder.
Honnir Jérôme Cahuzac ou Jean-François Coppé le matin et rechercher un passe-droit routier, immobilier ou scolaire l'après-midi est une contradiction qui nourrit les travers de notre collectivité.
Les petits ruisseaux font les grandes rivières, en négatif comme en positif.

Nos actions et nos interpellations personnelles, si elles sont suffisamment nombreuses et diverses, peuvent faire bouger sur nos inertiels élus et "élites" pour qu'ils mettent en oeuvre, sans délai, les orientations esquissées ci-dessus.

Actionniquement votre

Références et compléments
- Merci à François et Antoine. Les échanges avec eux sur internet m'ont permis d'esquisser cette chronique.
Leurs réactions m'ont fait entrevoir une parenté très forte entre l'islamisme en Tunisie et l'extrême-droite en France qui m'avais échappé jusqu'alors.
De ce fait, ce billet reprend en partie la chronique "l'islamisme ne vient pas du sous-développement".

- Voir aussi les chroniques :
Une planche à billets pour la Marine : l'ingénieux programme économique du Front National
Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes
. Plaidoyer pour un vote europhile
Tout savoir (ou presque) sur les pistes de sortie de crise

lundi 26 mai 2014

Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes

Le résultat en France des récentes élections européennes me désespère.
Plus d’un de mes compatriotes sur deux n’a pas jugé utile de se rendre aux urnes et un votant sur quatre a donné son suffrage à l'extrême-droite xénophobe, protectionniste et anti-Europe, dotée d’un programme économique qu'un lycéen n'oserait même pas recopier.

Politiquement, nous ne sommes plus qu’à une ou deux petites étapes d’une catastrophe d’ampleur.
Ce sinistre état de fait est la conséquence de nos renoncements.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à envisager les opportunités avant les menaces.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à imaginer le futur au lieu de de ressasser le passé.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à ne pas nous bercer d'illusions.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé, face aux mutations de la troisième révolution industrielle et à la crise dans laquelle nous sommes englués depuis 2008, à affronter le vent du large.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à exiger de nos représentants politiques imagination, efficacité et probité.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à n'écouter et ne suivre que des chefs d’entreprise, syndicalistes, médias, intellectuels et artistes de tous poils, eux aussi, efficaces, imaginatifs et honnêtes.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à être, dans notre quotidien, efficaces, imaginatifs, honnêtes ...

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à se souvenir que chacun est co-responsable de la situation de tous.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à agir, à notre modeste échelle, pour améliorer, ne serait-ce qu’un peu, le monde.

Il est grand temps que, collectivement, nous réagissions et n'acceptions plus l’idée de déclin.

À défaut, nous pourrions rapidement être conduit à paraphraser le célèbre texte du pasteur luthérien allemand Martin Niemöller, un temps compagnon de route passif des nazis dans les années 1930, avant d’être arrêté par eux puis déporté.
Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes,
Je me suis tu, je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je me suis tu, je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs,
Je me suis tu, je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait plus personne pour protester.

Réactiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :

dimanche 25 mai 2014

Les éditeurs favorisent le piratage des livres électroniques

Lecteur compulsif, j'ai souvent été confronté au défi de la place et du poids des livres dans mes bagages.
C'est d'abord pour cette raison, bien avant le prix, que je lis rarement des volumes grand format. Trop peu de texte au kilo !

J'ai aussi souvent pesté contre la propension des éditeurs à inutilement épaissir les bouquins avec du blabla : page de copyright expliquant qu'il est vilain de voler l'ouvrage que l'on vient pourtant d'acheter, liste des chefs d'œuvre de l'auteur, promotion d'autres livres, préfaces et postfaces qui paraphrasent le texte ...
Si j'acquiers un livre du regretté Marcel Proust, c'est pour déguster ses madeleines, pas pour ingurgiter de force une indigeste analyse de leur recette ou encore de la réclame pour d'autres pâtisseries

Étonnamment, maintenant que les livres deviennent électroniques, la sale manie des éditeurs d'enrober leurs productions de mauvaise graisse perdure.
Les e-books officiels, à l’instar de leurs frères en papier, sont remplis de ces fioritures agaçantes alors qu'un simple lien vers un site web suffirait à les remplacer.

De surcroît, l’essentiel des ouvrages numériques vendus par les grands marchands en ligne sont affligés de verrous électroniques plaisamment baptisés DRM qui bloquent deux fonctions ancestrales du livre papier : le prêter ou le montrer à quelqu'un d'autre, le relire plusieurs années après son acquisition.
Beaucoup de DRM inhibent l'usage du bouquin sur plus de 2 à 6 appareils. Vu le rythme soutenu du renouvellement informatique, cela équivaut à rendre l'écrit biodégradable.

À l'inverse, les versions pirates, que quelques clics suffisent à trouver, outre qu'elles ne coûtent rien, sont nettement plus agréables à lire.
Souvent, les personnes qui les mettent en ligne, soucieuses de ne pas ennuyer la communauté, les débarrassent de tout superflu, regroupent parfois les tomes en un seul fichier, arrangent polices et mise en page et, surtout, suppriment les exaspérantes protections.

Dans ce contexte, l'offre dite légale ne se donne aucune chance de succès. Pourquoi payer pour obtenir un usage de moins bonne qualité qu’une version gratuite ?

Ce dilemme est d’abord celui des auteurs.
S’ils souhaitent continuer à vivre - un peu - de leur plume, ils ont l’obligation de s’y intéresser et de songer à des alternatives à l’édition et au livre classiques.

Ensuite, les éditeurs, au lieu de quémander plus de réglementations et une part de nos impôts pour faire face à la déferlante numérique, devraient s'aider eux-mêmes en s'intéressant à ce qui intéresse non seulement leurs clients actuels, les lecteurs, mais aussi leurs très nombreux clients potentiels, les non lecteurs.

Dans de nombreux pays, dont la France, le téléchargement, l'usage et la diffusion d'ouvrages électroniques dits piratés est illégal avec, toutefois, des législations et des appareils répressifs très divers.
J'ignore d'ailleurs le statut juridique d'une personne présente en France qui aurait dans son smartphone un livre "pirate" obtenu dans un pays où la législation ne l'interdit pas.

Vous l'aurez compris, je suis partisan de la suppression de toute propriété intellectuelle contraignante dans les domaines artistiques, mais aussi industriels.
Retarder cette échéance c'est différer la nécessaire adaptation des fournisseurs de contenu. Mener trop longtemps ce combat d'arrière-garde laissera l'Europe, une fois de plus, démunie face aux pays émergents qui n'ont jamais mis réellement en pratique brevets et droits d'auteurs.

Dans un état démocratique, quand la majorité de la population transgresse régulièrement la loi dans un domaine non régalien, c'est aux politiques de faire un effort d'adaptation en cessant de défendre un lobby corporatiste et rétrograde.
En attendant l'abolition de ces réglementations d'un autre siècle, le “piratage”, volontaire ou non, d'œuvres de l'esprit est du domaine de la responsabilité individuelle de chacun vis à vis des lois.

Pirato-électroniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi sur des thème connexes les chroniques :
- Mon honnêteté foncière me pousse à indiquer que les deux livres électroniques - Humeurs Tunisiennes & Humeurs Économiques - que j'ai auto-publié chez Leanpub comportent actuellement les fioritures obèses que je brocarde dans cette chronique.
Je les ai inséré, sans trop réfléchir, mu par un désir d'imitation des livres papier.
En paraphrasant Brassens, je promet ferme au marabout de les mettre tabou dans une prochaine version. Leur suppression ne devrait pas me conduire à recourir aux services de l'Armée du Salut.

vendredi 23 mai 2014

Quels métiers choisir pour surmonter la 3ème révolution industrielle ?

La chronique parue en janvier au sujet des professions menacées par la troisième révolution industrielle a suscité beaucoup de réactions.
Notamment, plusieurs lecteurs se sont placés dans une perspective résolument inverse. Ils se sont interrogés sur les métiers de demain et sur les voies à emprunter par un lycéen ou un étudiant.
Parcourons ensemble cet axe de prospective. 

Déduire des mutations en cours les emplois de demain ne serait guère sérieux. Le bouillonnement et l'inattendu sont devenus la règle.
Les jeunes qui, aujourd'hui, ont la chance d'avoir un travail, opèrent dans des métiers ou des activités inexistants lors de leur passage au lycée.
Qui, il y a dix ans, connaissait ou imaginait les professions peu traduisibles en français de community manager ou de facility manager ?

Toutefois, même si la prédiction professionnelle est illusoire, je suis prêt à parier - une bière ou un couscous, voire les deux - qu'au moins cinq savoir-être seront déterminants pour tirer parti du maelström ambiant.

Accueillir l'imprévisible
Plus que jamais, notre seule certitude reste l'incertitude. Les ruptures en tous genres se succèdent à un rythme toujours plus soutenu.
On peut regretter cette évolution et préférer la tranquillité prévisible de l'ordre ancien, de la même manière que l'on peut préférer admirer la baie du Mont Saint-Michel à marée basse. Vouloir lutter contre la montée des eaux est illusoire et surtout dangereux.
Savoir détecter dans un changement surprise les opportunités avant de s'inquiéter des risques sera de plus en plus appréciable.
Adopter un style professionnel conforme à un des slogans de la Silicon Valley "try often, fail fast, retry quickly" (essayer souvent, se tromper rapidement, réessayer très vite) sera prodigieusement efficace.

Créer, créer, créer 
La copie d'information est devenue instantanée et quasi-gratuite, la reproduction matérielle s'en rapproche de plus en plus.
Imiter ou répéter ne générera bientôt plus aucun revenu. Seule l'originalité sera créatrice de valeur mais exclusivement pendant une courte période.
Dans tous les secteurs d'activité, même les plus prosaïques, la créativité sérielle devient un must.
Demain, nous serons tous un peu, et même beaucoup, artistes.

Savoir trouver le savoir
Le regretté Michel de Montaigne, qui fit partie de la première génération à bénéficier complètement des effets de l'imprimerie, plaidait pour des têtes bien faites plutôt que bien pleines.
Désormais, presque toute l'information du monde est accessible, de partout, en quelques clics, à la condition expresse de savoir lesquels.
Dans ce nouveau contexte, nos têtes doivent, bien entendu, rester bien faites mais, avant tout, devenir chercheuses.

Cultiver ses relations
La densité de son réseau personnel reste le meilleur antidote aux mauvaises surprises.
Autrefois, cette fonction était assurée par la famille ainsi que le village ou la tribu. Aujourd'hui, pour de multiples raisons, ces liens naturels et quasi-automatiques se distendent.
Nous n’avons pas d’autres choix que d’être les tisserands actifs de notre propre toile en bâtissant un vaste réseau de relations fortes (parents, partenaires, véritables amis), mais aussi, voire surtout, de "connexions lâches" qui accroissent la détection d'opportunités et la propagation de nouvelles créations.
Pour ce faire, les applications informatiques plaisamment baptisées “réseaux sociaux” fournissent une aide logistique précieuse mais moins déterminante que les aspects proprement humains.

Équiper son arc de plusieurs cordes
Accueillir l'imprévisible impose de l'envisager sous plusieurs angles.
Nous existons parce que nos ancêtres étaient des chasseurs-cueilleurs adaptables qui ont su et pu partir de l'Est de l’Afrique pour peupler la terre entière. Les hominidés purement chasseurs ou purement cueilleurs, trop spécialisés, n'ont pas eu cette réussite.
Ne pas être tributaire d'un unique domaine, posséder une ou plusieurs compétences "de secours" aidera à franchir les turbulences.
L'avenir pourrait bien être aux mathématiciens plombiers, aux ascensoristes repasseurs, aux téléphonistes designers, aux ébénistes programmeurs, aux banquiers barytons et aux banquières soprano, aux paysans médecins, aux routiers zingueurs, aux juristes pédicures, aux guitaristes ingénieurs, aux garagistes philatélistes et autres chimères professionnelles.

Futuriquement votre

Références et compléments
- En cas de perte du pari, la bière et le couscous seront offerts à partir 23 mai 2019.
- Voir aussi les chroniques “quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?” et "un monde sans droits d'auteur, ni brevets, ni marques".
- Merci à Jean et Roland ainsi qu'à plusieurs twittonautes dont j'ai oublié de noter les coordonnées, de m'avoir suggéré cette "séquelle" à la chroniques sur les professions menacées.
  

jeudi 15 mai 2014

Les marchés financiers font pire que la météo et l'horoscope

Régulièrement, les thuriféraires de la finance nous expliquent que les marchés financiers et leurs mains invisibles sont les meilleurs instruments possibles pour évaluer la valeur future d'un bien ou d'une entreprise.

Fidèle aux habitudes de ce blog, j'ai souhaité juger sur pièces.
Autant le dire immédiatement, le résultat est sans appel : Monsieur Météo et Madame Irma sont au moins aussi performants que les traders.
Examinons cela de plus près.

Pour deviner l'avenir, les bourses utilisent les transactions "à terme", au nom fleurant bon la grossesse.
Sur ces marchés, au lieu d'échanger directement des biens (actions, emprunts, productions agricoles, matières premières ...), les intervenants négocient des contrats de vente de ces mêmes biens à une date future donnée.

Par exemple, un opérateur financier peut, aujourd'hui 15 mai 2014, s'engager à fournir, le 2 décembre 2014, 100 tonnes d'aluminium pour la modique somme de 2 000 dollars/tonne.
Parallèlement, d'autres traders ou entreprises vont choisir, dès maintenant, d'acheter, le même jour, tout ou partie de cette cargaison, à ce prix.

Ces contrats, appelés en anglais futures, sont cotés par des bourses. Ces bons d'achat ou de vente d'un bien à un prix et une date définis se négocient jusqu'à leur dénouement. Leur prix s'établissent en fonction de l'offre et de la demande.
L'acquéreur d'un contrat de vente ou d'achat d'aluminium en décembre prochain peut donc choisir de l'honorer à la date cible ou bien de le revendre dans les minutes, heures ou semaines suivantes.

Les contrats à terme ont pour objectif initial de simplifier la vie des entreprises dont une part importante des coûts ou des ventes dépend de produits au cours fluctuant.
Ainsi, un fabriquant de matériel incorporant beaucoup d'aluminium qui décide d'acquérir à l'avance ce métal à une valeur fixée, stabilise ses prix de revient.
Si au moment du dénouement du contrat, l'aluminium est plus cher que la valeur négociée, notre industriel aura, de surcroît, empoché une sympathique plus-value.
Dans le cas inverse, il pourra philosopher sur le fait que la tranquillité d'esprit et de gestion n'a probablement pas de prix, mais qu'elle possède un coût non négligeable.

Les variations possibles entre la valeur des contrats à terme et le cours du jour attirent évidemment les spéculateurs de tout poil.
Si j'ai une bonne raison d'estimer que, le 2 décembre 2014, l'aluminium ne coûtera que 1 500 dollars/tonne, j'ai tout intérêt à acheter en bourse dès aujourd'hui des contrats de vente à 2 000 dollars/tonne.
Au jour J, si ma prédiction est exacte, j'empocherai le substantiel bénéfice de 500 dollars/tonne.
Par contre, tout fêlure dans ma boule de cristal risque de me laisser en slip au bord de la route.
Symétriquement, si mes informations me laissent penser que l'aluminium sera à la fin de l'année autour de 2 500 dollars/tonne, je me positionnerais aujourd'hui sur des contrats d'achat à 2 000 dollars/tonne.

L'avidité n'ayant aucune limite, beaucoup d'opérateurs désargentés interviennent sur les marchés à terme.
Au lieu de miser des biens ou du numéraire leur appartenant, ils empruntent tout simplement soit la somme nécessaire au règlement de leurs emplettes, soit le bien négocié.
Cette forte financiarisation a rendu les marchés à terme essentiellement virtuels. Ainsi, les échanges d'aluminium à la bourse LME de Londres représentent 80 fois la production physique mondiale de ce métal.

Les théoriciens de la finance expliquent savamment que sur un marché transparent, fluide et avec des intervenants nombreux et divers, la cotation d'un contrat à terme constitue une excellente prévision de la valeur future du bien négocié.
D'après ces doctes savants, tout écart notable entre la prédiction et la réalité ne peut venir que d'une imperfection de marché : opérateurs en nombre ou en diversité insuffisants, manque de transparence, défaut de fluidité ...

Hélas pour ces dignes successeurs des médecins de Molière, la réalité est tout autre.
Le magnifique profil d'étape de montagne du Tour de France reproduit ci-dessous est l'évolution du cours du contrat de vente d'un baril de pétrole "Brent" qui s'est conclu en avril 2014, depuis sa première cotation en janvier 2009 jusqu'à son dénouement il y a quelques semaines.

Évolution dans le temps du cours au terme d'avril 2014 du pétrole brut Brent.
Les bandes de couleur représentent +/-10% par rapport au cours d'avril 2014.
Le cours à terme du baril de Brent a démarré en janvier 2009 à 86$, a atteint un point bas de 68$, un sommet de 112$, soit presque le double du minimum, et a terminé en avril 2014 à 109$.
Durant toute cette période de négoce, environ la moitié du temps - 46% pour être précis - la valeur à terme s'est située en dehors d'une plage de +/-10% autour du prix du baril le jour du dénouement.
De surcroît, la prévision était sévèrement biaisée puisque plus de 12 fois sur 13, la valeur à terme était inférieure au cours final.

Je me suis amusé à consulter de tels historiques pour d'autres dates et d'autres types de biens. Je vous fais grâce des graphiques et des chiffres détaillés mais les résultats sont presque systématiquement similaires : les marchés à terme ne deviennent de bons prévisionnistes que quelques jours avant l'échéance.
Le reste du temps, ils fournissent des évidences du genre le cours du baril de pétrole dans les années à venir devrait être de plusieurs dizaines de dollars.
En quelque sorte du boulot de voyance réalisé par des traders à l'ego survitaminé, à coups d'infrastructures informatiques monstrueuses et de bonus indécents.
À titre de comparaison, une voyante opérant par téléphone est facturée en France environ 1 € par minute. Un golden boy (ou girl d'ailleurs) haut de gamme demande 5 à 100 fois plus, pour une prestation similaire.

L'expression populaire "jouer en bourse" est, dans les faits, à prendre au pied de la lettre.
Un lancer de dés prédit aussi bien le futur financier que la communauté réunie des golden boys, des traders et des gnomes de Zurich.

Les bourses sont un des piliers de l'économie moderne. En facilitant les échanges de biens et de financements, elles dynamisent l'activité.
En déduire qu'elles sont omniscientes est un pas à ne franchir sous aucun prétexte.

Boursicotico-bouledecristalement votre

Références et compléments
- À propos des médecins de Molière, voir aussi la chronique "le Malade Twimaginaire" ou comment Molière aurait appréhendé les réseaux sociaux.
- Chronique librement inspirée de l'excellent livre "the black swan / le cygne noir" de Nassim Nicholas Taleb qui a des mots beaucoup plus sévères que les miens sur la médiocrité de l'univers du trading dans lequel il a travaillé.
- Les cours du contrat avril 2014 du pétrole brut Brent "CBJ14" ont été obligeamment fournis par le site barchart.com.
- Les volumes d'échange et de production d'aluminium proviennent du LME et de Wikipedia.

mercredi 14 mai 2014

En Tunisie design et police ne font pas bon ménage

Les spécialistes de marketing ainsi que la sagesse ancestrale des nations sont formels : le design d'un produit influence fortement et directement l'appréciation portée par ses clients.
D'aucuns diront même qu'intérieur et extérieur ne font qu'un.

Ainsi les dessins et les couleurs imprimés sur les pots de yaourts changent notre perception de leur goût. Un dessert lacté emballé avec des teintes bleutées est ressenti plus acide et moins sucré que conditionné avec des dominantes roses.

Les uniformes militaires et policiers procèdent du même principe.
Par exemple, la tenue d'opérette des gardes suisses du Vatican n'évoque guère les rigueurs de la loi, fût-elle pontificale, voire divine.

La police tunisienne - 3 ans peu ou prou après la révolution - a opté pour des habits d'un noir strict et, le plus souvent, moulants.
Une casquette de base ball et des menottes très visibles complètent ces sinistres oripeaux.
À la cagoule près, les pandores de l'antique Carthage ressemblent désormais aux méchants dans un générique de James Bond.

Cette évolution vestimentaire n'est pas du meilleur effet.
Difficile d'imaginer, avec une telle garde-robe, que les forces de l'ordre de Tunisie soient devenues un modèle de respect des droits, de rigueur démocratique et d'anti-corruption.
À croire que le ministère de l'intérieur et son couturier souhaitent projeter une image de brutalité et d'arbitraire !
Au lieu de rassurer le commun des mortels et d'inquiéter les malfrats, la police tunisienne, avec son sombre style, donne l'impression de faire l'inverse.

Sans aller jusqu'à se transformer en joueurs de rugby du Stade Français, la maréchaussée de Tunisie pourrait arborer des tenues sobres et décontractées.
Une telle touche esthétique agirait positivement, tant sur le moral des citoyens que sur le comportement de la maison poulaga, pardon de dar djeja.

Designofliquement votre

#FreeAzyz
Cette chronique a été écrite en Tunisie, il y a une douzaine de jours et non retouchée depuis. Elle prend une résonance très particulière après l'arrestation du blogueur Azyz Amami.

dimanche 11 mai 2014

Plaidoyer pour un vote europhile

À en croire les sondeurs de nos cœurs et de nos âmes, les prochaines élections européennes devraient déboucher, un peu partout et particulièrement en France, sur la victoire des eurosceptiques, des europhobes et des pêcheurs à la ligne.
Le désintérêt, le désamour et même la franche détestation de l'Union Européenne tendent à devenir majoritaires.

Beaucoup d'entre nous estiment que, sans Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg, les difficultés et les mutations que nous traversons seraient nettement moins pénibles, voire inexistantes.

Autant le dire nettement, mon opinion est strictement inverse.
Les institutions communautaires pourraient, certes, fonctionner nettement mieux. Mais vouloir se débarrasser du bébé en même temps que de l'eau savonneuse de la baignoire est rarement une bonne politique.

L'Europe, avec sa construction bancale et erratique, son jargon, son manque de leaders visibles et ses compromis tièdes, est compliquée à "vendre" et à aimer.
Le retour à un passé national mythique et les promesses de lendemains qui chantent une partition mal définie sont plus émotionnelles, mais aussi totalement illusoires.

Les "preuves silencieuses" ne sautent pas aux yeux.
Nous percevons plus nettement les problèmes de l'heure - chômage, inégalités, manque d'entrain et de croissance - que les catastrophes qui ne sont jamais survenues grâce à la construction européenne.

Daniel Cohn-Bendit, lors de son discours d'adieu au parlement européen en avril dernier, a exprimé, avec sa fougue et son talent oratoire, les arguments que je cherchais à rassembler dans une chronique depuis plusieurs semaines.

Plutôt que de continuer à écrire, je préfère céder la parole à un des rares hommes politiques transnationaux et polyglottes que l'Europe ait connu.
Son intervention dure une dizaine de minutes et mérite d'être écoutée d'un bout à l'autre.
Si vous ne disposez pas de ce laps de temps, je vous suggère le passage situé entre 3'30'' et 5'00'' où Daniel Cohn-Bendit raconte son histoire personnelle franco-allemande et rappelle que l'Union Européenne a "réussi l'invraisemblable" de rendre les guerres mondiales au cœur de notre continent impossibles.


Merci monsieur Cohn-Bendit, votre voix sincèrement européenne va nous manquer.

Toujours européennement votre

Références et compléments
- Deux autres vidéos sur les interventions de Daniel Cohn-Bendit au parlement européen de Strasbourg :
. le très beau discours de janvier 2011 sur la révolution de Tunisie où, emporté par l'émotion, Daniel Chn-Bendit appelle Mohamed Bouazizi "Monsieur Sidi Bouzid",
. un medley réalisé par le journal belge Le Soir de ses meilleures saillies au fil des ans.

- Sur le thème des prochaines élections européennes, voir aussi la chronique "lettre à Elżbieta Łukacijewska".

- L'expression "preuve silencieuse" provient du livre "the black swan / le cygne noir" de Nassim Nicholas Taleb.

vendredi 9 mai 2014

En Tunisie Moncef Marzouki unique sujet du bac 2014

Mehdi Jomaa, l'actuel premier ministre de Tunisie, à la tête d'une conséquente délégation, s'est rendu récemment à Paris pour des conversations au plus haut niveau avec le gouvernement français.

Humeurs Mondialisées est en mesure de révéler que François Hollande a suggéré à son hôte tunisien d'appliquer les mêmes méthodes d'économie de dépenses publiques que celles brillamment mises en place dans l'Hexagone.

Séduit par l'efficacité retrouvée du Pays de Descartes, Mehdi Jomaa a enjoint ses ministres de prendre exemple sur le gouvernement de Manuel Valls.

Aussitôt dit, aussitôt fait !
Ainsi, Fathi Jarray, le ministre de l'enseignement de l'antique Carthage, s'est rapproché de Benoît Hamon pour appliquer les recettes de l'Éducation Nationale Française.
L'organisation du baccalauréat tunisien 2014 servira de terrain d'expérimentation de cette nouvelle approche.
Aussi, à l'instar de son homologue hollando-français, proximité binoclarde oblige, Moncef Marzouki, le très provisoire président de la république tunisienne, deviendra l'unique sujet du bac. 
Les sujets français ont été très obligeamment fournis aux pédagogues tunisiens afin qu'ils puissent être adaptés rapidement.

Voici en exclusivité, avec quelques semaines d'avance sur l'épreuve tant redoutée par les adolescents, le résultat de cet exemplaire exemple de coopération éducationnelle franco-tunisienne.

Philosophie
Les échecs politiques conduisent-ils aux succès littéraires ?

Mathématiques
Résoudre l'équation suivante :
-2/3 * 30 000 dinars = x pois chiches + y burnous
L'emploi des nombres imaginaires est vivement recommandé.

Physique
À partir du principe d'Archimède, de la relation d'incertitude d'Heisenberg, du théorème d'échantillonnage de Nyquist-Shannon et de la théorie de la relativité générale d'Einstein, démontrez pourquoi un burnous et une paire de binocles plongés dans une tourmente post-révolutionnaire provoquent un affaissement généralisé de la popularité et de la santé mentale.

Économie
Par souci, justement, d'économie(s), cette épreuve est supprimée.
Son coefficient est réparti à parts égales entre philosophie et mathématiques.

Histoire - Géographie
2 sujets au choix :
. Retracez l'histoire de la culture du pois chiche en Tunisie depuis le beys husseinites jusqu'à nos jours.
. Dressez une synthèse comparative historique entre Kheireddine Pacha, Habib Bourguiba et Moncef Marzouki.

Sciences de la Vie et de la Terre
Rédigez une synthèse commentée et argumentée sur les failles, leurs causes et leurs évolutions.

Éducation physique et sportive
Une seule épreuve possible, toujours par souci d'économie(s), le 110 mètres haies, en burnous pour les garçons, en costume Cousteau pour les filles.
La Présidence de la République tunisienne s'est engagée à prêter des scaphandres et des burnous aux différents lycées qui organiseront un roulement.

Arabe
Commentez en arabe ces vers bachiques du regretté Abou Nawas
ألا فاسقني خمراً وقل هي الخمر    ولا تسقني سراً إذا أمكن الجهر
فما العيش إلا سكرة بعد سكرة    فإن طال هذا عندها قصر الدهر
Français
2 sujets au choix
. Commentez,en français, en la plaçant d'abord dans son contexte historique, puis en envisageant son application contemporaine, la phrase du regretté Georges Clemenceau "il voulut être César, il ne fut que Pompée".
. Commentez, en français, ces vers du poème du regretté Arthur Rimbaud "le bateau ivre"
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ...
Anglais
Commentez en anglais cette citation de "Antony and Cleopatra" / "Antoine et Cléopâtre" du regretté William Shakespeare.
Vous relèverez notamment les points de résonance avec l'actualité de la Tunisie de 2011 à 2014.
Come, thou monarch of the vine,
Plumpy Bacchus with pink eye
Marzoukinollandiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Cette chronique a été sponsorisée par la pétillante "Dadya Madi" dont l'excellente palette culinaire dépasse de très loin le cadre trop strict du pois chiche.

lundi 5 mai 2014

(Petit) rayon de soleil en Tunisie

Les trains en retard, voire qui déraillent, sont de bien meilleurs sujets de discussion et de chronique que ceux parfaitement ponctuels.

Ainsi, depuis la révolution de janvier 2011, la plupart des récits ou écrits à propos de la Tunisie - y compris ceux d'Humeurs Mondialisées qui y a pris sa part - focalisent majoritairement sur les difficultés et les risques inhérents à la situation politique, sécuritaire, sociale et économique.
Les évolutions positives et les avancées sont, le plus souvent, minimisées ou ignorées.

Une fois n'est pas coutume, en vertu du principe que les petits ruisseaux font les grands oueds, je voudrais relater un rayon de soleil apparu entre les nuages.

Ces derniers jours, j'ai été invité à intervenir à Tunis dans un mastère consacré à l'innovation.
J'ai présenté mes marottes habituelles sur l'agilité et le management de projet et organisé un serious game simulant le développement d'un nouveau produit.

Les étudiants étaient une quinzaine de jeunes, déjà diplômés et, pour la plupart, en activité professionnelle, venant chercher un complément de formation.
Ce groupe très sympathique et dynamique dégageait une énergie peu commune.

Le cours est vite devenu plus un échange qu'une conférence.
Le jeu, malgré ses multiples chausse-trapes, a été un bel exercice de créativité et de résilience.

Ces interactions avec de jeunes tunisiens ont été pour moi plaisantes, intenses et émotionnelles.
Au milieu des vicissitudes que traverse le pays dit du jasmin, j'ai reçu une formidable leçon d'optimisme.
De tout cœur merci !

Tahia Tounes !

Tuniso-énergétiquement votre