mardi 22 avril 2014

Ikea géant vulnérable

Autant le dire de but en blanc, je déteste, j'abomine, j'exècre le bricolage.
Aucun mot n'est assez fort pour exprimer ma répugnance viscérale envers cette activité pour laquelle je n'ai ni ni goût, ni talent.
Toutefois, les nécessités pratiques et économiques faisant loi, je suis malheureusement obligé de sacrifier, de temps à autres, à ce qui serait le loisir préféré des français.

Il y a grosso modo un quart de siècle, Ikea fut, dans ce domaine honni, une évolution remarquable.
L'entreprise suédoise était la première à proposer des meubles à livrer et monter soi-même, de qualité correcte, de prix abordable et dont conception & notices permettaient au gauche gaucher que je suis, de s'en sortir, si ce n'est avec les honneurs, à tout le moins honorablement.
Ainsi, une part importante de mon logis familial est équipée des créations de la firme d'Älmhult.

À l'issue de cette campagne réussie, mon amour plus que modéré pour l'assemblage de kits m'a conduit à me placer en mode pause pendant une quinzaine d'années.
Mais, le temps ayant fait son œuvre, j'ai du me résoudre à reprendre - un bon mois avant la nomination du nouveau premier ministre - les travaux manuels.
Tout naturellement et sans trop réfléchir, je me suis à nouveau tourné vers Ikea.

J'ai eu la désagréable surprise de découvrir que cette world company n'avait pas changé d'un iota en plusieurs décennies.
Visiter l'enseigne bleue et jaune est un voyage dans le temps qui ramène à la charnière des années 1980-1990.

Chaque magasin continue de présenter le même arrangement immuable.
Le client doit d'abord surmonter l'épreuve du labyrinthe en enchaînant des halls d'exposition dont l'ordre ne varie jamais. Jusqu'alors j'ignorais que Dédale appartenait à la mythologie viking.
Vient ensuite la traversée interminable d'un libre-service tout aussi zigzaguant où s'empilent les objets les plus improbables.
Enfin, la sortie n'est autorisée qu'après le franchissement d'un sinistre hall de stockage à l'étiquetage nécessitant une vision bionique.

Bien entendu, Ikea a fait semblant de se mettre à la page internet et possède désormais un site web.
J'y ai tenté de choisir une armoire à l'aide d'une application à l'ergonomie et à la stabilité laissant plus qu'à désirer.
Je conseille au lecteur tenté par cette expérience d'étudier attentivement la technologie des meubles suédois préalablement au passage de toute commande et de ne pas se fier à l'automate ikéen qui place allègrement des tiroirs au cœur des charnières.
De surcroît, la livraison, assez onéreuse, est proposée avec des délais dépassant la semaine pour des articles en stock à 5 km de mon domicile.

Le configurateur en ligne des armoires Ikea autorise le placement de tiroirs dans des charnières (mars - avril 2014, les croix rouges ont été ajoutées par l'auteur).
Dans le magasin, la configuration sur ordinateur n'est guère plus aisée.
La version du logiciel mise à disposition des clients ayant triomphé du labyrinthe vérifie la position des charnières mais ne permet pas de réaliser l'armoire de démonstration placée juste devant l'écran.
Fort heureusement, de sympathiques vendeuses vous aident à définir le placard de vos rêves. Dotées d'une informatique hors d'âge, elles établissent, tant bien que mal, la liste, longue comme un jour sans pain à la cannelle, des composants à acheter ou à récupérer soi-même.
Rentré chez moi, j'ai découvert que 2 tiroirs ainsi que les poignées de porte étaient restés enfouis au cœur du système d'information viking. Je n'ai pu obtenir les manquants qu'après une nouvelle épreuve du labyrinthe

Quant au montage, inutile de s'étendre. Les gauches gauchers sont manifestement sortis de la cible des successeurs d'Ingvar Kamprad.
La pose des glissières et charnières a été un grand moment de solitude où je me suis senti très gond.
À l'issue de cet épisode, je n'ai toujours pas l'amour du bricolage chevillé au corps.

Novateur lors de son installation en France, Ikea semble s'être figé sur son modèle d'offre très standardisée et de magasin massif dans lequel le client est retenu, souvent contre son gré, le plus longtemps possible.
A l'heure du web, de la fabrication flexible et de la logistique du dernier kilomètre, ce business très fordiste est de moins en moins en phase avec l'air du temps et ne devrait pas tarder de s'essouffler.

Le colosse suédois repose sur des pieds en sciure.

K(r)itiquement votre

dimanche 20 avril 2014

Politiciens, fonctionnaires, 2 poids, 2 mesures

Au hasard de mes pérégrinations sur le web, j'ai visité une page de l'excellent site Service-Public.fr intitulée "Quelles sont les conditions d'accès à la fonction publique ?".

J'y ai appris que pour devenir fonctionnaire en France, il est nécessaire, entre autres exigences, de ne pas avoir fait l'objet de condamnations inscrites au bulletin numéro 2 du casier judiciaire.
Autrement dit, pour pouvoir enseigner la métallurgie dans un lycée technique, mieux vaut ne jamais avoir fait de tôle.

Sensiblement dans le même temps, les gazettes nous apprenaient que Jean-Christophe Cambadélis, jusqu'alors député sériel de Paris, remplaçait à la direction du parti socialiste un apparatchik nommé Désir, promu au gouvernement pour avoir conduit son mouvement à une déculottée en règle aux dernières élections.

Une rapide lecture de la biographie du nouveau numéro 1 socialiste sur Wikipedia nous indique que cet élu répétitif a été condamné, en 2000, à 5 mois de prison avec sursis et 100 000 francs d'amende puis, en 2006, à 6 mois de prison avec sursis et 20 000 € d'amende pour des faits de recel d'abus de biens sociaux et de confiance.
Pour les très rares lecteurs de ce blog peu férus de droit français, je tiens à préciser que ce type de condamnation figure, tel le nez au milieu de la figure, sur le bulletin numéro 2 du casier judiciaire.

La France est ce merveilleux pays millénaire où un repris de justice n'a pas le droit d'entretenir les parcs et jardins d'une municipalité ou encore d'éteindre un incendie mais peut, sans entrave et sans états d'âme, représenter le peuple dans les plus hautes instances de l'état.

Exaspériquement votre

lundi 14 avril 2014

Lettre à Elżbieta Łukacijewska

Chère Madame (ou Mademoiselle, je ne sais)

À ma très courte honte, je dois avouer que, quelques heures en arrière, j'ignorais votre existence.
Fort heureusement, un site de rencontres m'a fait découvrir vos nombreux charmes.

Elżbieta Łukacijewska
Cette agence matrimoniale un peu particulière s'appelle VoteWatch Europe et s'est donnée pour mission de surveiller et de rendre publique l'action des députés européens.
En plus de nombreuses statistiques civiques, ce service internet propose un speed dating politique.
L'internaute remplit un formulaire avec onze questions politiques, économiques et sociétales. VoteWatch Europe classe ensuite les parlementaires de Strasbourg en fonction de la proximité de leurs votes avec les opinions exprimées par le visiteur.

Eh bien, chère Elżbieta, j'ai le plaisir de vous annoncer que vous arrivez première dans mon hit-parade personnel !
84% de vos suffrages dans l'hémicycle communautaire sont en accord avec mes inclinaisons personnelles.

Vous avez réussi à coiffer sur le poteau Iva Zanicchi, une chanteuse et députée italienne, ainsi qu'Artur Zasada, un de vos compatriotes polonais.
Les 10 premiers de ma liste personnelle sont 5 italiens, 4 polonais et un espagnol. Comme quoi, tropismes géographiques et généalogie ont peut-être une importance politique insoupçonnée.

Iva Zanicchi, désormais députée berlusconienne au parlement européen, a interprété en italien dans les années 1970 des chansons de Mikis Theodorakis.

L'escadron polono-italien, dont vous assurez le leadership, a relégué au diable vauvert l'équipe de France.
Le premier député bleu-blanc-rouge dans mon classement est Gilles Pargneaux. Il pointe seulement à la douzième place et semble surtout connu de sa propre famille.
Sa seconde est Bernadette Vergnaud qui n'a réussi qu'une minable trente-septième position.

Beaucoup de députés français se retrouvent dans mon grupetto personnel.
Ainsi M.L.P. (je suis toujours affecté de la même crampe aux doigts qui m'empêche d'écrire ce nom en entier) est antépénultième dans l'ordre de mes préférences. Elle n'est battue que par le libéral irlandais Brian Crowley et le populiste xénophobe britannique Godfrey Bloom.

Fasciné par notre complicité naissante, j'ai, chère Elżbieta, visité vos pages et posts sur internet.
Votre biographie révèle de nombreux points communs entre nous deux : nous sommes de la même génération, vous avez fait vos études dans un institut polytechnique et avez quelques qualifications en marketing.

Comme malheureusement je capte peu l'idiome de Lech Walesa, vos interventions à Strasbourg et vos prises de position me sont resté hermétiques. Mais vu notre osmose intellectuelle naissante, cela n'a guère d'importance.

J'ai toutefois noté une petite ombre au tableau. Vous entretenez un clientélisme du meilleur aloi en sponsorisant une compétition de football pour enfants.
Pour gagner définitivement mes faveurs, je vous suggère de laisser tomber la discipline - si j'ose m'exprimer ainsi - de Zidane et Materazzi pour introduire le beau jeu de rugby dans la patrie de Chopin.

Européo-poloniquement votre

Références et compléments
- Comme à chaque fois que j'aborde des thèmes politiques, les colonnes de ce blog sont ouvertes pour un droit de réponse. Chère Elżbieta Łukacijewska, je me ferai un plaisir de publier votre réaction, y compris dans la langue de Czesław Miłosz.
- Dans une veine proche, la chronique photographique sur les "Confins de l'Union Européenne".
- Le site VoteWatch Europe. Il m'a été signalé par Didier que je remercie.
- Site web et page Wikipedia en polonais d'Elżbieta Łukacijewska.
- La photo d'Elżbieta Łukacijewska provient de sa page Wikipedia.
  

lundi 7 avril 2014

La politique française à marée basse

C'est à marée basse qu'on découvre ceux qui nagent sans maillot.
Warren Buffet
Les récentes élections municipales françaises sont un formidable désaveu de la classe politique dans son ensemble, avant d'être une défaite pour la majorité de gauche ou une victoire de la droite et de l'extrême-droite .

Pour en juger, j'ai recalculé les résultats, non pas en fonction des suffrages exprimés, mais d'après le nombre d'inscrits. J'ai aussi regroupé tous ceux qui se sont mis hors vote, soit en s'abstenant, soit en votant blanc ou nul.

Nationalement, au premier tour, 1 électeur sur 4 a déserté le scrutin.
La droite et le centre, qui se sont autoproclamés premier parti de France, n'ont rallié qu'un citoyen sur 3.
Les tenants de François Hollande n'ont pas dépassé 1 sur 6.
Les extrêmes et inclassables de tous poils n'ont attiré qu'une personne sur 10.

Résultats du 1er tour des élections municipales françaises de 2014

Dans presque chaque commune, les scores sont similaires et aux antipodes des titres de la presse.

Ainsi, en Isère, à Meylan où je réside, l'amère maire sortante a été réélue par un tout petit tiers des électeurs, presque autant que la liste de gauche.
Les hors vote ont représenté plus d'un inscrit sur 3.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Meylan (Isère)

À Grenoble, à écouter gazettes et gagnants, un raz de marée daltonien - vert et rouge - redessinerait les contours d'une nouvelle gauche.
Ce n'est pourtant qu'une vague vaguelette !
Seul un petit quart des grenoblois a soutenu la liste menée par Eric Piolle, alors que plus de 4 électeurs sur 10 ont boudé les urnes.
L'équipe sortante, totalement déconfite, n'a convaincu qu'un citoyen sur 6.
Quant aux candidats de droite, ils ont obtenu un résultat inversement proportionnel à leur performance judiciaire.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Grenoble (Isère)

À Béziers, le triomphe de l'extrême-droite n'est qu'une petite victoire aux points.
Robert Ménard, le reporter du front d'hier, n'a attiré que 2 biterrois sur 7.
Même dans cette ville où l'enjeu symbolique était élevé et où quatre listes se disputaient le second tour, un tiers des habitants a refusé le vote.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Béziers (Hérault)

Abstentionniquement votre

Références et compléments
- Les graphiques et pourcentages ont été déterminés à partir des chiffres officiels du ministère de l'intérieur français.

lundi 31 mars 2014

Lettre ouverte à Barack Obama sur le rattachement de la Crimée de l'Isère aux USA

Très cher Barack Obama

Vous l'ignorez probablement mais dans la banlieue nord-est de Grenoble, la petite commune de Montbonnot Saint Martin pratique une anglophonie et une américanophilie du meilleur aloi.
À l'instar des citoyens de Crimée qui se sont auto-rattachés à leur mère-patrie russe avec l'assistance musclée et bienveillante de Vladimir Poutine, les bonimontains aimeraient rallier vos glorieux États-Unis d'Amérique et devenir leur quatorzième territoire non incorporé.

Je vous propose de découvrir en images cette étonnante enclave.
À peine franchi le chemin des Chartreux qui marque la limite avec Meylan, les langues latines chères à Saint Bruno s'effacent pour laisser place à l'idiome d'Alan Turing et de John Von Neuman.

 

  
   
  

Afin de répondre à l'appel pressant de la majorité anglophone de Montbonnot cernée de toute part par d'agressifs et minoritaires francophones, je vous suggère de parachuter quelques GIs pour prendre possession de la base militaire française située au cœur de l'enclave.
Vos soldats ne devraient guère rencontrer d'opposition. À part un feu d'artifice annuel, les troupes qui occupent Montbonnot ne font guère montre d'esprit belliqueux.


Vos régiments devraient être accueillis en libérateurs par une très forte majorité de bonimontains. Néanmoins, vos hommes devront rester attentifs à ne pas succomber aux provocations de rares éléments asociaux très minoritaires.
Quelques crypto-basques risquent de faire de la résistance passive et les fameux Tatars de Saint Martin pourraient bien hisser encore plus haut leur vert étendard. Dès que votre autorité sera clairement établie sur Montbonnot, ces trublions rentreront dans le rang ou s'exileront à Meylan et Grenoble.


Afin de limiter les risques de réactions diplomatiques défavorables, les chancelleries raffolant du poisson, je vous suggère d'intervenir dès demain 1er avril.
Pour faire bonne mesure, un référendum le week-end de Pâques démontrerait la ferveur populaire vis à vis de l'Amérique et entérinerait définitivement la situation.

Je sais pouvoir compter sur votre détermination ainsi que sur votre sens des responsabilités et espère vous saluer très bientôt sur l'ex-avenue de l'Europe, rebaptisée USA avenue, lors de votre triomphal défilé marquant la fusion de la Crimée du Dauphiné avec le pays de Georges Washington.

Annexiquement votre

Références et compléments
- Billet spécialement dédié à Jean de Bayonne et de Montbonnot réunis.
- Les photos (non retouchées) ont toutes été réalisées par l'auteur samedi 29 mars 2014 dans la zone d'activités "Inovallée" de Montbonnot Saint Martin.
- Dans la même veine, voir aussi mon reportage photo aux confins de l'Union Européenne.
- Le drapeau de l'Arabie Saoudite n'est qu'à quelques encablures de ce prytanesque pensionnat militaire.

samedi 29 mars 2014

Fréquence brouillée à la SNCF

Aventurier dans l'âme, j'ai effectué récemment un aller-retour Grenoble-Paris en TGV.

J'ai voyagé en l'heureuse compagnie de la titulaire d'une carte d'abonnement plaisamment baptisée Fréquence qui fournit des réductions substantielles en échange d'une somme forfaitaire. Ce système devient avantageux à partir de 5 voyages par an.

Lors d'un achat de billet sur internet, le tarif fréquentiel ne s'obtient qu'après avoir dûment décliné son identité et un numéro tout aussi fréquentiel aussi long qu'un jour sans même le pain d'un sandwich SNCF.

Touchée par l'inadvertance ou par ma présence - on ne sait - ma camarade de grande vitesse avait, à l'insu de son plein gré, omis d'emporter le précieux petit sésame en carton prouvant sa fréquentialisation.

À l'aller, le contrôleur, soucieux de jouer à fond le rôle de composition d'agent commercial qu'il venait manifestement d'apprendre, a souri et passé l'éponge sur cet oubli.

Au retour, nos titres de transport ont subi l'examen scrupuleux d'un chef de bord.
Faisant montre de l'autorité conférée par sa fonction, cet ersatz de sous-officier a décidé d'appliquer illico au billet fréquentiel non sésamisé le prix le plus élevé possible.
Devant nos mines déconfites, le lider maximo de la rame a fini par se fendre d'un "de toute façon, vous pourrez vous faire rembourser à n'importe quel guichet moyennant une retenue de 10 €".
Comme quoi, être chef de bord n'empêche nullement de pratiquer l'oxymore !

Cette anecdote, semblable à des milliers d'autres vécues quotidiennement par les usagers du rail, montre que la Société Nationale des Chemins de Fer français est une des très rares entreprises qui réussit, de manière permanente, le double exploit de minimiser simultanément son empreinte carbone et son empreinte commerciale.

Vive le train !

Déficitiquement votre

lundi 24 mars 2014

Pompiers vs ministre : dialogue de sourds à Grenoble

De l'avis général, à défaut d'être unanime, notre beau pays de France souffre, depuis au moins trois décennies, de maux récurrents qu'il ne parvient pas à soigner : chômage important, pauvreté croissante, désagrégation d'une partie du tissus social, faible efficacité de pans entiers du secteur public.

Les nombreux talents et atouts dont dispose la patrie de Pasteur et de Molière ne parviennent pas à se mobiliser collectivement pour résorber ces difficultés. Et pourtant, nous possédons en nous-même de suffisamment de ressources pour nous sortir de la grisâtre mouise où nous aimons nous complaire.

Pendant ce temps, nos politiques de tous poils et de toutes obédiences, au lieu de comporter en aiguillon, voire en leader, s'embourbent dans leur marigot avec notre bénédiction électorale.
Manque d'imagination, déconnexion de la réalité tangible, faible souci de l'intérêt général, soupçons d'irresponsabilité et, parfois, bouffées de malhonnêteté intellectuelle ou pécuniaire se conjuguent dans une spirale délétère.
Nos élus préfèrent s'écouter plutôt que d'écouter le pays.

Parmi les dernières illustrations en date, la récente visite de Manuel Valls, présentement ministre de l'intérieur, à Grenoble.

Depuis environ 6 mois, beaucoup de sapeurs-pompiers de l'Isère sont en opposition ouverte avec leur hiérarchie au sommet de laquelle se trouvent plusieurs édiles du conseil général.

Je n'ai pas bien compris les raisons de ce conflit et n'ai aucune opinion à son sujet.
Il n'empêche, depuis l'automne dernier, casernes et véhicules de secours sont couverts de tags revendicatifs. Une manifestation devant la préfecture a même dégénéré et un jeune pompier y a perdu un œil.

Bien évidemment, lors de la venue de leur tuteur ministériel, les soldats du feu s'étaient rassemblés devant la préfecture pour l'accueillir. L'échange verbal enregistré en vidéo par le Dauphiné Libéré est consternant.
Un mur d'incompréhension sépare le ministre et les pompiers.

Visuellement, chacun porte sa tenue tenue de travail, les uns des treillis bleus à bandes fluo, l'autre et sa suite des costumes-cravates dignes d'une première communion.

Un pompier ayant refusé de lui serrer la main, droit comme un I et mâchoires serrées, le n°1bis du gouvernement en appelle, avec des trémolos dans la voix, au respect des Valeurs de la République et donne des leçons de morale au petit personnel.

Ce piteux spectacle se termine quand un leader des pompiers s'interpose et apaise la situation.

À aucun moment, Manuel Valls, apparemment plus soucieux de photographies que de résolution de problèmes, n'aborde, ne serait-ce que pour les réfuter, les raisons du conflit persistant des soldats du feu.

Les camions rouges isérois risquent d'être encore longtemps couverts d'inscriptions blanches. Dans ces conditions, comment s'étonner que les urnes soient brunes et désertées ?

Tristement votre

Références et compléments
- La vidéo du face à face entre Manuel Valls et les pompiers de l'Isère peut être vue sur le site du journal Le Dauphiné Libéré.

dimanche 16 mars 2014

Quel risque de rouler dans Paris pollué avec une plaque paire ?

Le gouvernement français a décidé, pour tenter de venir à bout d'un pic tenace de pollution, d'imposer, lundi 17 mars 2013, la circulation alternée dans la première couronne parisienne. Seule les voitures arborant une plaque d'immatriculation impaire auront le droit de rouler.

Pour faire respecter cette mesure de parité, la préfecture de police a annoncé haut et clair que 700 policiers seraient mobilisés "sur le terrain" pour effectuer des contrôles qui puniront les contrevenants d'une amende de 22 € et d'une injonction à rebrousser chemin, probablement parce que les véhicules retournant à leur point de départ n'émettent aucune pollution.
Ce dispositif écolo-répressif est-il aussi impressionnant qu'il en a l'air (pollué) ?
Examinons ensemble quelques ordres de grandeur.

La première couronne de Paris compte 4.4 millions d'habitants, un français sur 14.
Le parc automobile national regroupe 38 millions de véhicules.
Donc, grosso modo, 3 millions de voitures sont concernées par la mesure.

En supposant que trois quarts de ces autos roulent chaque jour et parcourent un trajet moyen de 45 minutes, on obtient, sensiblement, qu'à chaque heure de la journée 225 000 voitures arpentent Paris et sa proche banlieue.
Si l'ensemble des automobilistes s'avèrent parfaitement respectueux des consignes ministérielles, ce nombre devrait être ramené demain à 125 000.

En supposant la productivité policière au mieux de sa forme, chacun des pandores placés au bord des rues devrait être capable de verbaliser environ 1 automobiliste récalcitrant toutes les 5 minutes, soit 12 par heure.
Au total, à chaque tour d'horloge, 8 400 PV pourraient être dressés, pour un chiffre d'affaire de 185 000 €, soit 1/700ème des dépenses publiques nationales, pas de quoi boucher le déficit.

Si, demain, un automobiliste parisien muni d'une plaque paire décide de braver l'interdiction, il aura moins d'une chance sur 15 d'être pincé par les brigades de Valls, s'il est quasiment le seul à braver la loi.
Bien entendu, si son manque de conscience civique et écologiste est partagé par beaucoup de ses congénères, la probabilité de se faire gauler pourrait descendre à une chance sur 30.

L'utilisation des technologies modernes, avec des applications comme Waze qui indiquent la position des contrôles de police, diminue drastiquement les possibilités d'être pris en infraction en changeant légèrement d'itinéraire.

Probabilo-inciviquement votre

samedi 15 mars 2014

Un désagréable fumet de XIXème siècle

À la fin des années 1700, la Grande Bretagne, les USA, la Corse et la France inventèrent, sous l'influence du mouvement dit des Lumières, la démocratie représentative et libérale moderne.

Cette incontestable avancée a presque aussitôt été accompagnée de son coté obscur, le nationalisme.
À peine l'encre du Congrès de Vienne eut-elle fini de sécher que, partout en Europe, des peuples se sont soulevés pour obtenir une nation bien à eux, le plus souvent au détriment d'autres ethnies et religions que les systèmes féodaux avaient négligemment entrelacées.
Au XXème siècle, la décolonisation, à son tour, a propagé les fièvres nationales à l'ensemble du globe.

Cette face détestable de nos systèmes politiques modernes est responsable, depuis deux siècles, d'innombrables massacres et contre-massacres. Écrasement du printemps des peuples de 1848, guerres balkaniques et les deux conflits mondiaux ne sont, hélas, que les plus saillants.

L'expansion du communisme et la guerre froide entre USA et URSS a, un temps, gelé les passions nationales.
L'écroulement du mur de Berlin en 1989 a sifflé le début de la seconde mi-temps.
Ex-Yougoslavie, ex-Tchécoslovaquie, Flandres, Écosse, Catalogne, Pays Basque, Irlande, Italie du Nord ... Rien qu'en Europe, la liste est longue des territoires où les velléités indépendantistes ou régionalistes ont (re)surgi.
Même dans les démocraties les plus établies, France en tête, des mouvements populistes et xénophobes occupent durablement le paysage politique avec des accents qui rappellent Déroulède, voire Mussolini.

Dernier épisode en date, l'Ukraine où deux légitimités historiques et linguistiques s'affrontent sans recherche de compromis.
Le pouvoir provisoire issu de la révolution de la place Maidan, au mépris de sa profession de foi européenne, s'est empressé, à peine en place, de bloquer l'usage du russe comme langue officielle.
Dans le même temps, le pouvoir et l'armée de Poutine préparent tranquillement l'annexion de la Crimée majoritairement russophone.
Le référendum prévu ce week-end par les autorités fantoches de Simferopol n'est pas sans rappeler celui qui permit à la France de Napoléon III d'annexer impunément en 1860 la Savoie et Nice. Le score d'approbation dépassa 99% et, dans plusieurs localités, les votants excédèrent les inscrits.

Le plus choquant dans la résurgence des nationalismes est que 2014 n'est ni 1848, ni 1922. Le monde actuel est beaucoup plus instruit, petit et interconnecté que naguère.
Partout, les niveaux d'enseignement n'ont jamais été aussi élevés et massifs.
Hommes et marchandises peuvent rejoindre n'importe quel point de la planète en moins de deux jours à des coûts de plus en plus abordables.
Télécommunications et informatique, à tout instant, nous relient les uns aux autres et donnent un accès immédiat à des océans de connaissance.
Comme le dit Michel Serres, le lointain a disparu, nous n'avons plus que des prochains.

Dans un tel contexte, combien de temps allons-nous encore tolérer que l'anachronique tentation de Verdun hante les esprits de nombreux dirigeants ou militants et que des personnes se sacrifient pour défendre quelques arpents du territoire soit-disant sacré d'une amère patrie ?

Il est grand temps que nos démocraties passent à l'age adulte et se débarrassent de leurs sombres oripeaux.
La nationalité est un concept éculé et délétère que la citoyenneté devrait remplacer. L'usage des fanions patriotiques n'a de sens que lors des manifestations folkloriques appelées rencontres sportives.

Fort heureusement, les mutations en cours ont, bon an mal an, de bonnes chances de nous aider à franchir rapidement ce cap nécessaire.
Par exemple, la belle initiative numérique "Israël loves Iran" de Ronny Edry démontre que les colombes peuvent maintenant court-circuiter les faucons (et aussi les vrais).

Mondialo-numérico-métissiquement votre

Références et compléments
- Le site histoirepostale.net relate la montée et les déchirements des nationalismes européens au XIXème siècle. Les pages consacrées à Nice et à la Savoie rappellent l'annexion française de 1860 au cours du Risorgimento italien.
- La conférence "l'innovation et le numérique" donnée par Michel Serres à la Sorbonne en 2013.
- La vidéo publiée par TED de Ronny Edry qui proclame "Israël loves Iran".
  

mercredi 5 mars 2014

Berceuse pour une petite loupiote

Chère P***

Vos parents ayant eu l'extrême obligeance de me faire part simultanément de votre naissance dimanche dernier et de votre toute neuve adresse mail p***.***@gmail.com, je me permets de vous adresser tous mes vœux de bonheur et de liberté pour votre vie qui commence.

J'en profite pour vous offrir, non pas de la myrrhe et de l'encens, la saison est passée, mais une petite berceuse afin de tenter de procurer quelques moments de répit à vos parents.
Pour ce faire, je me suis fait aider par le regretté Jean Ferrat auquel j'ai emprunté et remanié sa berceuse pour un petit loupiot.


Ma marmousette, ma nouvelle née
Tu mériterais qu'on te gronde
Tu brailles comme une forcenée
T'as pas l'air contente d'être au monde
T'as le minois tout chiffonné
Mais tu devrais pas faire la gueule
Avec ton mail enfariné
Pour engraisser Monsieur Google

Fais dodo P*** ma petite sœur
Fais dodo ma petite loupiote

Si tu savais combien que c'est doux
De vivre et puis comment que c'est rose
Tu boirais ton biberon d'un coup
Pour engraisser Monsieur Guigoz
Car si tu bois bien ton lolo
Si tu veux la mettre en sourdine
On te paiera bientôt des petits pots
Pour engraisser Monsieur Blédine

Fais dodo P*** ma petite sœur
Fais dodo ma petite loupiote

On fera ton éducation
Ça m'étonnerait pas qu'on te donne
Les mémoires du roi des cons
Pour engraisser Monsieur Amazon
T'auras pas le phylloxéra
Grâce aux vaccins systématiques
Pour engraisser des scélérats
De l'industrie pharmaceutique

Fais dodo P*** ma petite sœur
Fais dodo ma petite loupiote

T'auras plus tard ta limousine
Pour engraisser Monsieur Mittal
Alors t'achèteras de la benzine
Pour engraisser Monsieur Total
T'auras ton coin de serpolet
On t'y permettra des culbutes
Avec ta tente et ton ARVA
Pour engraisser Monsieur Lafuma

Fais dodo P*** ma petite sœur
Fais dodo ma petite loupiote

Puériculto-marketinguo-chansonniquement votre

Références et compléments
- La chanson originale de Jean Ferrat peut être écoutée en suivant ce lien.
- Pour les non montagnards, ARVA est un Appareil de Recherches de Victimes d'Avalanches

mardi 25 février 2014

L'adieu au papier

Sous le double effet du réchauffement climatique et de prochains travaux, le dernier week-end a été consacré à un nettoyage de printemps à grande échelle.

La tâche s'est avérée digne d'Hercule.
À l'insu de notre plein gré, étagères, placards et recoins se sont ingéniés, en une vingtaine d'années, à se bourrer à bloc de papiers divers et, souvent, avariés. Livres, bien sur, mais aussi cours, cahiers et polycopiés de tous niveaux académiques, lettres, factures, cartes routières, photos. Ne manquait à l'appel de la poussière qu'un raton-laveur en origami.

La tentation première fut de tout conserver ou presque.
Tel ouvrage mériterait assurément d'être relu ... un jour ... lorsque j'aurais un peu de temps ...
Telle carte d'Auvergne ornée d'un splendide Bibendum rappelait un voyage 20 ans auparavant dans la patrie des frères Michelin ...
Tel livret scolaire remémorait la scolarité de nos chérubins ...

Toutefois très vite, la nécessité de faire place nette se coupla à un constat déprimant. Ces documents s'entassaient depuis des années sans aucune consultation. Beaucoup d'entre eux étaient même carrément sortis de l'horizon radar familial. Sans notre prochain réaménagement, ils auraient tranquillement continué à susciter la convoitise de quelques mites et autres insectes papivores.

En pratique, la situation s'avéra encore plus terrible qu'elle n'apparaissait au premier abord. Les évolutions techniques ont rendu l'essentiel de cette pile de paplards parfaitement inutile. Jugez sur pièces.

Les cartes routières, surclassées par le GPS et ses déclinaisons, ont rejoint la règle à calcul au magasin des accessoires.

Les cours et autres documents pédagogiques possèdent un intérêt à court terme durant la scolarité ou les études. Ils n'en ont plus aucun dans la vie professionnelle ou personnelle ultérieure.
Toute personne mue par un désir irrépressible de flirter avec l'équation de Schrödinger, la phénoménologie de Husserl ou les déclinaisons germaniques se situe à quelques clics sur son ordinateur ou son téléphone de ces savoirs irremplaçables.
Internet surclasse même mon ancien prof de philo puisqu'il nous apprend, ce que le pédagogue du lycée de Saint Germain en Laye de la fin des années 1970 avait omis de transmettre, que le regretté Edmund Husserl était marié à Malvine Steinschneider et qu'il avait suivi, à Vienne, l'enseignement de Franz Brentano sur l’intentionnalité chez Thomas d’Aquin ...

Mêmes les livres ont perdu de leur splendeur.
Comment se rappeler de l'existence de bouquins relégués derrière deux rangées d'autres ouvrages ?
À l'inverse, les versions numériques permettent des recherches rapides dans tout le texte, ne prennent aucune place, ne pèsent rien, se transportent et se transmettent facilement, préservent les forêts, et ne jaunissent ni ne moisissent.
Une estimation rapide évalue la totalité des livres absorbés durant une quarantaine d'années de lecture frénétique à sensiblement 1 à 2 Gigaoctets, quelques pourcents de la capacité de mon téléphone ...

Avec tout de même un petit, et même un gros, pincement au cœur, nous avons pris la décision de nous débarrasser d'une très grande part de ces monceaux de papier.

Il est très probable que, dans le futur, nous n'aurons pas à réitérer un tel grand nettoyage.
La numérisation progresse sans cesse et l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère devrait nous garantir le printemps, voire l'été, perpétuel.

Forestiquement votre

Références et compléments
- Chronique dédiée à M. la reine du paplard entassé.
- Les supporters du regretté Edmund Husserl pourront soigner une éventuelle amnésie grâce à Wikipedia.
  

jeudi 20 février 2014

À Kiev on meurt pour rejoindre une Europe qui s'ingénie à broyer du noir

Depuis plus de deux mois, de dizaine de milliers d'ukrainiens bravent sans discontinuer la police anti-émeute et le froid pour réclamer le rapprochement de leur pays avec l'Europe ainsi que la mise en place d'un gouvernement plus propre et moins connivent avec Moscou.

Hier et, surtout, ce matin les événements ont pris un tour très sanglant.
À Kiev et dans plusieurs autres villes, de multiples tirs à balles réelles ont eu lieu et des dizaines de morts sont à déplorer. Les risques que la situation dégénère encore plus sont réels.

Pendant ce temps, au cœur de la vieille Europe, et tout particulièrement en France, nous sommes grisâtres et nous nous efforçons à cultiver notre dépression.
Notre crise est autant, voire plus, morale et psychologique qu'économique.
Nous conspuons et rejetons l'Union Européenne qui, pourtant, nous a assuré un demi-siècle de paix, de liberté et, en moyenne, de développement. Notre neurasthénie collective nous conduit à confondre symptômes et causes.

Les ukrainiens nous démontrent courageusement et tragiquement que nos pays sont incroyablement attractifs. Sur nos flancs est et sud, nombreux sont ceux qui envient nos modèles économiques, mais aussi politiques et sociétaux.

Alors de grâce, secouons-nous !
Sortons de notre torpeur, réparons ensemble notre machinerie socio-économique et soutenons fermement ceux qui à moins de 3 heures d'avion de Paris luttent pour leur liberté et leur dignité !

Européo-ukrainiennement votre


Références et compléments
- Pour suivre les évènements d'Ukraine, je recommande le fil Twitter @EuromaidanPR ainsi que la page web Maidan hotspot regroupant plusieurs flux vidéos en direct.
- La photo ci-dessus circule beaucoup sur Twitter aujourd'hui.

lundi 17 février 2014

Mon nouveau livre Humeurs Tunisiennes

La Tunisie, sans crier gare, a fait irruption dans ma vie en 1979 et, depuis lors, a oublié d'en repartir.

Au fil du temps et de nombreux séjours, j'ai appris à connaitre et à aimer ce territoire attachant et, surtout, les tunisiennes et tunisiens.
Petit à petit, j'ai noué un tissu familial, amical et social dont j'ai partagé des tranches de vie, des joies, des peines ...

À l'été 2010 - prémices de la révolution ? - l'envie de restituer par écrit une petite partie de ce que ma patrie de cœur m'avait donné est devenue trop pressante. À l'issue d'un extravagant après-midi chez Marthe, j'ai commencé à alterner satires, récits, analyses et anecdotes. Rapidement, l'antique Carthage est devenue un sujet de prédilection de ce blog.

J'ai regroupé avec plusieurs inédits et remanié quatre ans de chroniques dans un livre intitulé Humeurs Tunisiennes qui vient de paraître chez Leanpub, éditeur en ligne particulièrement innovant.

Humeurs Tunisiennes - Didier Lebouc

J'espère que ces Humeurs Tunisiennes, multiples et variables, vous donneront l'envie de connaître et d'aimer encore plus le pays mosaïque qu'elles ne se lassent pas d'évoquer.

Tahia Tounes !

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Un après-midi chez Marthe, le début de l'aventure de l'écriture sur la Tunisie
. L'édition s'industrialise, making of du précédent bouquin, réalisé chez Leanpub comme celui-ci

- L'autre ouvrage publié chez Leanpub : Humeurs Économiques
   

mercredi 29 janvier 2014

Combien de salaires et d'impôts dans 100 € d'achats ?

Les récentes déclarations de François Hollande ont ranimé le débat jamais éteint entre partisans de la politique de l'offre et de celle de la demande.

Les tenants de la première clament sur l'air des lampions que la baisse des coûts est le meilleur moyen de tonifier une croissance anémique.
Les supporters de la seconde chantent en chœur que seules des hausses de salaire et de prestations sociales peuvent faire tourner la machine à plein régime.

La polémique entre ces deux camps est aussi vieille que la théorie économique et ressemble souvent aux querelles théologiques de l'antique Byzance sur le sexe des anges ou le nombril d'Adam et Ève.

D'ailleurs, à l'issue de la conférence de presse présidentielle, les adeptes de l'offre ont accueilli le changement de pied du leader social-libertin avec le mélange d'enthousiasme et de scepticisme réservé aux nouveaux convertis.
Dans le même temps, les disciples de la demande commençaient à instruire un procès en hérésie, voire en apostasie.

Ne prisant guère les chapelles et les sectes, cette chronique est consacrée à résumer quelques ordres de grandeur afin que chacun puisse se forger sa propre opinion.
Pour ce faire, nous allons prendre, tour à tour, la position des responsables d'entreprises puis celle des consommateurs.

Point de vue d'un chef d'entreprise
En France, une PME moyenne emploie sensiblement 30 personnes et le total de ses ventes annuelles avoisine 6 millions d'euros hors taxes.
Les entreprises plus conséquentes étant généralement très décentralisées, chaque secteur autonome peut être assimilé à une petite société.

Les achats effectués par notre PME type - 4 millions d'euros par an - représentent les deux tiers de son chiffre d'affaire
Vient ensuite la rémunération nette des salariés, un gros sixième de ses ventes, 900 000 €.
Les cotisations sociales, celles des employeurs additionnées à celles des employés, s'élèvent à 600 000 €, un dixième du chiffre d'affaire.
Enfin, la fameuse "marge brute" n'atteint que 500 000 €, 8% des ventes. Cet "excédent d'exploitation" finance à parts sensiblement égales les investissements, la rémunération des actionnaires et l'impôt sur les sociétés.

Répartition du chiffre d'affaire annuel d'une PME française type
Une entreprise qui veut abaisser ses prix pour séduire ou conserver ses clients face à la concurrence, a d'abord intérêt à améliorer ses achats.
Pour vendre 5% moins cher, elle peut, en théorie :
- soit trouver des fournisseurs en moyenne 7.5% meilleur marché,
- soit baisser ses salaires de 30%,
- soit stopper ses investissements et, dans le même temps, cesser de verser des dividendes à ses actionnaires.

Cette équation explique en grande partie, l'ampleur des délocalisations et des fermetures en cascade de nombreuses usines.
Chaque société se tourne vers des fournisseurs moins chers, souvent dans des pays à bas salaires, et, par voie de conséquence, assèche le carnet de commande de ses partenaires traditionnels.
Actuellement, environ un quart de ce qui est consommé en France est importé.

Point de vue d'un consommateur
Les produits plus ou moins périssables et les services plus ou moins utiles que nous achetons proviennent de la production des entreprises décrite ci-dessus à laquelle il faut adjoindre les taxes sur la consommation, essentiellement la TVA et la fiscalité des carburants.

Reprendre les comptes de notre PME type et décomposer ses achats en importations, salaires et prélèvements sociaux ou fiscaux permet de déterminer où va notre argent à chaque fois que nous sortons 100 € de notre poche pour payer des achats.
Ce sont évidemment des chiffres moyennés qui regroupent la totalité de notre consommation : nourritures, logements, coiffures, informatiques, meubles, services bancaires, loisirs, voitures, vêtements, énergies, livres, maquillages, vacances, téléphonies, boissons alcoolisées ou non, assurances, scooters, casques, presse people, que sais-je encore sans oublier le raton-laveur de Jacques Prévert.

Le ruban bleu est aisément remporté par la fiscalité. Cotisations sociales, impôts sur les sociétés et taxes payés en France atteignent 40 €.
Suivent les salaires et les importations qui s'élèvent chacun à un quart de nos achats, 25 €.
Bon derniers, les investissements, c'est à dire la préparation du futur, et la rémunération des actionnaires ferment la marche avec 5 €.

Répartition moyenne de 100 € d'achats de consommation en finale en France
Ces ordres de grandeur facilitent l'évaluation rapide des propositions et contre-propositions des politiques de tout poil.
Bizarrement, ceux-ci oublient trop souvent l'usage de la règle de 3 et de la preuve par 9 que l'École de la République s'est pourtant échinée à nous enseigner grâce aux impôts de nos parents ...

Économiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Le pacte de responsabilité de François Hollande peut-il réussir ?".
- Les chiffres proviennent des statistiques officielles de l'INSEE et ont été arrondis par mes soins pour plus de lisibilité.
  

lundi 27 janvier 2014

Révolution de Tunisie : la fin du commencement

Ce matin, lors de la promulgation de la nouvelle constitution tunisienne par le parlement, la fille du député Mohamed Brahmi, lâchement abattu en juillet dernier, occupait symboliquement le fauteuil de son père.

La fille de Mohamed Brahmi devant une photo de son père à l'assemblée nationale constituante tunisienne le 27 janvier 2014.
Cette image forte est emblématique de la situation ambivalente de mon pays de cœur.

Les trois dernières années, depuis la révolution et la chute de Ben Ali en janvier 2011, ont connu quelques hauts et beaucoup de bas.

L'économie stagne et la sécurité s'est durablement dégradée.
Deux figures politiques, Chokri Belaïd puis Mohamed Brahmi, ainsi que de nombreux militaires et policiers ont payé de leur vie l'implantation de noyaux terroristes.
Les élus du scrutin de fin 2011 ont fourni un pitoyable spectacle qui a déçu beaucoup de tunisiens.
Le débat public, qui aurait du se concentrer sur les questions sociales et économiques, a beaucoup trop porté sur des thèmes religieux.
Les islamistes d'Ennadha ont été incapables d'assumer leur large victoire électorale et la charge gouvernementale. Les deux petits partis  qui s'étaient allié avec eux ont démontré leur inconsistance.
Dans le même temps, l'opposition n'a pas su s'entendre, dépasser les petites ambitions personnelles et proposer des projets crédibles.

Toutefois, cette épaisse grisaille est trouée par quelques lueurs ténues d'espoir.
Les élections ont été bien organisées et honnêtes.
La constitution, insuffisamment libérale et libertaire à mon goût personnel, est le fruit d'un long et filandreux mais réel processus de compromis politique. Malgré ses imperfections, elle stabilise beaucoup d'acquis.
Pendant toute la législature, l'association Al Bawsala (la boussole) a organisé un suivi minutieux des travaux parlementaires et les a retranscrit sur les médias électroniques. Cette action a été remarquable et mérite d'être soulignée.
Les tunisiens et les tunisiennes ont démontré dans cette période troublée leur capacité à s'auto-administrer et ne pas se laisser imposer l'inacceptable. Partout, la parole, naguère sous le boisseau, est libérée.

La fille de Mohamed Brahmi représente cette réalité complexe.
Elle voisinait ce matin des personnages qui ont, si ce n'est commandité l'assassinat de son père, a minima encouragé ses tueurs et échoué à le protéger.
Par ailleurs, son sourire et sa jeunesse sont le capital le plus précieux de la Tunisie.
Puissent les jeunes générations retrouver l'esprit du 14 janvier, remiser leurs aînés de toutes obédiences au magasin des accessoires, prendre le manche de l'acte II de la révolution et emmener leur nation vers l'avenir qu'elle mérite !

Tahia Tounes !
Tunisiquement votre

Références et compléments
- Les autres chroniques sur la Tunisie
- Merci à Jean le tunisophile de m'avoir encouragé à écrire cette chronique tunisienne.
- Un clin d'œil amical au tuniso-twittonaute Habib Sayah @Habsolutelyfree qui ne partage peut-être pas totalement mon optimisme.
- Retrouvez Al Bawsala sur le web et sur Twitter @AlBawsalaTN.

dimanche 19 janvier 2014

Quelles sont les professions menacées par la 3ème révolution industrielle ?

Libraire, agent de voyage, taxi sont quelques uns des métiers à être durablement affectés par la troisième révolution industrielle en cours ou, à tout le moins, à sentir le vent du boulet.

5 tendances lourdes et interconnectées sont à l'oeuvre et vont plus bousculer nos sociétés qu'Adam Smith, James Watt, Thomas Edison et Henry Ford réunis ne l'ont fait.

1) L'affaissement des coûts et la croissance échevelée des performances de l'informatique et des télécommunications rend le traitement et le stockage massif de l'information peu onéreux et à la portée de chacun.
Partout ou presque, l'efficacité s’accroît grâce à la manipulation d'informations, y compris dans les petites structures et au sein des familles.

2) Internet, place d'échanges et agora planétaires, est une formidable machine à supprimer les intermédiaires de tout poil.

3) La dématérialisation, ainsi que la connexion d'objets divers à Internet, escamotent beaucoup d'opérations physiques et, incidemment, de consommations d'énergie et de matières premières.

4) La logistique moderne ne ressemble plus aux transports d'antan.
Les coûts se sont écroulés et l'informatisation a bousculé la chaîne de valeur.
Il est désormais possible de transbahuter rapidement et pour 3 francs 6 sous des marchandises d'un bout à l'autre de la planète, de les faire livrer très près de chez soi, voire chez soi, et même de les suivre en temps réel.

5) Notre niveau d'éducation et de connaissances, certes lentement et avec des imperfections, s'améliore sans cesse. Nous disposons ainsi de plus en plus d'autonomie et de discernement par rapport aux professions "sachantes".
Ce progrès, couplé aux tendances précédentes, pousse à la fin des monopoles et des activités réglementées, de moins en moins légitimes et aisément contournables.

Ces 5 tendances permettent de dresser une liste indicative de professions qui seront durablement modifiées, et pour certaines supprimées, dans moins de 5 à 15 ans.
Pour certaines d'entre elles, ces transformations sont déjà presque achevées.
  • Avocats & conseils juridiques, a minima pour le droit civil
    [information, intermédiaires, monopole]
     
  • Auteurs en tous genres (livres, musique, films ...)
    [information, dématérialisation]
     
  • Banquiers, assureurs & autre professions financières
    [information, intermédiaires, dématérialisation]
     
  • Commissaires-priseurs
    [information, intermédiaires, dématérialisation, logistique, monopole]
     
  • Commerçants de détail, y compris dans la grande distribution
    [information, intermédiaires, dématérialisation, logistique]
     
  • Critiques en tous genres (cinéma, gastronomie, livres ...)
    [information, intermédiaires, dématérialisation]
     
  • Éditeurs & producteurs en tous genres (livres, musique, films ...)
    [information, intermédiaires, dématérialisation, logistique]
     
  • Enseignants
    [information, intermédiaires, dématérialisation]
     
  • Fabricants de biens en tous genres
    Les mutations de leurs clients finaux et de leurs intermédiaires de commercialisation ne peuvent rester sans conséquences.
    [information, intermédiaire, dématérialisation, logistique]
     
  • Grossistes & distributeurs de clientèles professionnelles
    [information, intermédiaires, dématérialisation, logistique]
      
  • Huissiers, a minima pour la partie constat de leur activité
    [information, intermédiaires, dématérialisation, monopole]
     
  • Journalistes
    [information, intermédiaires, dématérialisation]
     
  • Juges, a minima pour le droit civil
    [information, intermédiaires, dématérialisation, monopole]
     
  • Médecins, a minima pour les soins courants non urgents ou répétitifs
    [information, dématérialisation, monopole]
     
  • Municipalités & collectivités locales, pour au moins une partie de leurs activités
    [information, intermédiaires, dématérialisation, logistique, monopole]
     
  • Notaires
    [information, intermédiaires, dématérialisation, monopole]
     
  • Pharmaciens
    [information, intermédiaires, dématérialisation, logistique, monopole]
     
  • Politiques
    [information, intermédiaires, monopole]
     
  • Prestataires de services en tous genres
    Les mutations de leurs clients finaux et de leurs intermédiaires de commercialisation auront des conséquences similaires à celles affectant les fabricants de biens.
    [information, intermédiaire, dématérialisation, logistique]
     
  • Syndicalistes
    [information, intermédiaires, monopole]
     
  • Syndics de copropriété & administrateurs de biens
    [information, intermédiaires, dématérialisation]
     
  • Transporteurs de marchandises
    [information, logistique]
     
  • Transporteurs de personnes y compris transports en commun et taxis
    [information, logistique, monopole]
     
  • Vendeurs de prestations de service, à l'instar des agents immobiliers
    [information, intermédiaires, dématérialisation]

Plusieurs métiers énumérés ci-dessus ont probablement du vous faire tiquer.
Une réaction naturelle est de se dire "on ne pourra jamais se passer de ...", "on ne pourra jamais faire autrement que ...".
Ainsi en 1990, et même en 2000, je n'imaginais pas, qu'un jour proche, je puisse acheter, sans intermédiaire, des voyages, que le magazine américain Newsweek cesserait de paraître ou que des librairies emblématiques mettraient la clef sous la porte.
Ces évolutions sont cumulatives et s’enchaînent en spirale. Commander un billet en train sur internet met le pied à l'étrier à d'autres achats dans le e-commerce qui, à leur tour, poussent à lire la presse en ligne, et ainsi de suite ...

Les changements en cours sont quasi-irréversibles.
Bien entendu, la plupart des activités évoquées ne vont pas disparaître. Nous allons continuer à acheter des biens et des services, et tous ne seront pas high tech. Néanmoins, les manières de produire, distribuer, commercialiser et consommer vont se transformer radicalement.
La seule défense imaginable pour les métiers menacés est l'attaque.
Chaque profession et chaque professionnel concernés devraient, sans délai, repenser, de fond en comble et sans tabou, leurs façons de faire et d'être dans le contexte de la troisième révolution industrielle.

Se comporter l'autruche ou se croire durablement protégé par des réglementations serait suicidaire.
N'importe où sur la planète, un seul barbare, plaisamment baptisé innovateur, et quelques sans-cœur, ses premiers clients, peuvent provoquer, sans demander l'avis à qui que ce soit et en se fichant des législations locales, une avalanche difficilement arrêtable.

Révolutionnairement votre

Références et compléments
- Voir aussi sur le même thème :
. Mon dernier livre "Humeurs Économiques - Déchiffrages et mutations" qui rassemble plusieurs réflexions sur ces sujets.
. Les chroniques "Taxis ? Hôtels ? Pharmacies ? Quelle sera la prochaine victime d'internet ?""J'ai été le spectateur d'un suicide économique" et "J'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble".

- Bien entendu la liste de professions ci-dessus est loin d'être exhaustive. Toutes vos suggestions sont les bienvenues et pourront éventuellement donner lieu à une autre chronique.
  

vendredi 17 janvier 2014

François Hollande sera l'unique sujet du baccalauréat 2014

Les paparazzi employés par Humeurs Mondialisées ont réussi, au risque d'un contrôle fiscal et après de longues heures de planques et de mauvais sandwiches, à se procurer les sujets du baccalauréat 2014.

Ceux-ci viennent, en effet, d'être totalement réécrits suite à la dernière conférence de presse de François Hollande.

À peine sorti de la salle des fêtes de l'Élysée, Vincent Peillon, soucieux de mettre en application immédiate le pacte du président social-libertin, a illico enclenché une vague d'économie de dépenses publiques au ministère de l'éducation nationale française.

« Pourquoi - s'est-il exclamé devant son cabinet et ses chefs de service - payer grassement des jurys pléthoriques de professeurs agrégés pour mettre au point les futurs sujets du bac quand l'actualité fournit gratuitement de quoi interroger les élèves ?
La pensée illuminatrice et les directives éclairées de François Hollande doivent inspirer la moindre de nos actions, y compris l'organisation des examens ! »

Recteurs et inspecteurs d'académie se sont aussitôt attelés à l'élaboration de sujets hollandais et low cost pour le prochain baccalauréat.
Voici donc, en exclusivité, les questions sur lesquelles nos chères têtes blondes auront à plancher en juin prochain.

Philosophie
Les échecs économiques conduisent-ils aux succès amoureux ?

Mathématiques
Résoudre l'équation suivante :
-35 G€ de charges ± 20 G€ =
600 M€ de lutte contre la fraude sociale -1 Mchômeurs ± 1 Mchômeurs
L'emploi des nombres imaginaires est vivement recommandé.

Physique
À partir du principe d'Archimède, de la relation d'incertitude d'Heisenberg, du théorème d'échantillonnage de Nyquist-Shannon et de la théorie de la relativité générale d'Einstein, démontrez pourquoi un casque plongé dans un océan d'information provoque un déplacement de masses d'air et de volumes de papier sans commune mesure avec le contenu du casque.

Économie
Par souci, justement, d'économie(s), cette épreuve est supprimée.
Son coefficient est réparti à parts égales entre philosophie et mathématiques.

Histoire - Géographie
2 sujets au choix :
. Retracez l'histoire des deux roues motorisés en France du XIXème siècle à 2014.
. Dressez une synthèse comparative historique entre Henri IV, Louis XV, Napoléon Bonaparte, Félix Faure et François Hollande.

Sciences de la Vie et de la Terre
Rédigez une synthèse commentée et argumentée sur les failles, leurs causes et leurs évolutions.

Éducation physique et sportive
Une seule épreuve possible, toujours par souci d'économie(s), le 150 mètres départ arrêté en scooter.
La Présidence de la République s'est engagée à prêter son parc de deux roues aux différents lycées qui organiseront un roulement.

Français
2 sujets au choix
. Commentez, en la plaçant d'abord dans son contexte historique, puis en envisageant son application contemporaine, la phrase de Georges Clemenceau "il voulut être César, il ne fut que Pompée".
. Commentez ce poème de Paul Verlaine "Si tu le veux bien, divine ignorante". Vous relèverez notamment les points de résonance avec l'actualité de la France de 2014.
Si tu le veux bien, divine ignorante,
Je ferai celui qui ne sait plus rien
Que te caresser d'une main errante,
En le geste expert du pire vaurien,

Si tu le veux bien, divine ignorante.

Soyons scandaleux sans plus nous gêner
Qu'un cerf et sa biche ès bois authentiques.
La honte, envoyons-la se promener.
Même exagérons et, sinon cyniques,

Soyons scandaleux sans plus nous gêner.

Surtout ne parlons pas littérature.
Au diable lecteurs, auteurs, éditeurs
Surtout ! Livrons-nous à notre nature
Dans l'oubli charmant de toutes pudeurs,

Et, ô ! ne parlons pas littérature.

Jouir et dormir ce sera, veux-tu ?
Notre fonction première et dernière,
Notre seule et notre double vertu,
Conscience unique, unique lumière,

Jouir et dormir, m'amante, veux-tu ?
Anglais
Commentez en anglais ce passage de "the Taming of the Shrew" / "la Mégère Apprivoisée" de William Shakespeare. Vous relèverez notamment les points de résonance avec l'actualité de la France de 2014.
GREMIO
To cart her rather: she's too rough for me.
There, There, Hortensio, will you any wife?


KATHARINA
I pray you, sir, is it your will
To make a stale of me amongst these mates?


HORTENSIO
Mates, maid! how mean you that? no mates for you,
Unless you were of gentler, milder mould.


KATHARINA
I'faith, sir, you shall never need to fear:
I wis it is not half way to her heart;
But if it were, doubt not her care should be
To comb your noddle with a three-legg'd stool
And paint your face and use you like a fool.

Humeurs Mondialisées, désormais ouvert au sponsoring, rappelle aux lycéens que le magasine Closer est idéal pour les révisions du bac !

Ségolèno-valériano-juliettiquement-françoisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Quand François exposait sa vie privée en entretien d'embauche" et "le pacte de responsabilité de François Hollande peut-il réussir ?".

- Felix Faure est, à ce jour, le seul président de la république française à être décédé au palais de l'Élysée, qui plus est, dans les bras de la sulfureuse Marguerite Steinheil, sa maîtresse attitrée.
La citation de Clemenceau à propos de César et Pompée fut le lapidaire éloge funèbre que rendit le Tigre à ce politicien volage et cardiaque.

- Si, comme votre serviteur, vous comprenez mieux l'anglais de Bob Marley ou de Yasser Arafat que la langue du XVIème siècle de William Shakespeare avec ses tournures surannées et son orthographe phonétique, la traduction française de l'extrait de la Mégère Apprivoisée a été mise en ligne par le projet Gutenberg.

- Je tiens à présenter mes excuses aux lecteurs qui, comme moi, sont lassés des frasques concubiniques de François Hollande. Un certain Jean de Bayonne, mécontent de mon précédent opus, m'a contraint et forcé à en rédiger un second sur ce thème éculé (si j'ose m'exprimer ainsi).
  

mercredi 15 janvier 2014

Quand François exposait sa vie privée en entretien d'embauche

Les (més)aventures de François Hollande, président social-libertin, avec ses concubines successives, voire simultanées, m'ont remémoré une anecdote survenue dans ma vie professionnelle il y a une petite vingtaine d'années, au siècle dernier, avant la survenue des téléphones portables et d'internet. 

Travaillant dans une grande entreprise, j'étais alors responsable hiérarchique d'une équipe de 15 personnes.
L'activité étant en augmentation, le recrutement d'un ingénieur supplémentaire fut décidé.
Après analyse de multiples CV, je rencontrais, ainsi que le RH de mon secteur, trois candidats.

L'un d'entre eux, appelons-le François, crevait littéralement l'écran.
Il possédait exactement les compétences et l'expérience que nous recherchions, semblait dynamique et parlait avec passion et talent du poste qu'il occupait dans une petite société située à plus de 500 km.

Au cours de notre échange, je posais à François deux questions traditionnelles en entretien d'embauche.
Pourquoi recherchait-il un nouvel emploi ?
Le changement de domicile n'allait-il pas lui poser de problèmes familiaux ? (Son CV mentionnait marié, 2 enfants).

Très à l'aise, François expliqua souhaiter évoluer tant du point de vue des responsabilités que du salaire, ce que la PME qui le salariait ne lui permettait plus.
De surcroît, il venait d'hériter d'une grande maison familiale à proximité et désirait s'y installer durablement.
Spontanément, il ajoutait même que sa femme étant infirmière, elle ne devrait pas avoir de difficulté à retrouver un travail et que ses fils étaient suffisamment jeunes pour supporter un déménagement.

À l'issue des entretiens, mon collègue RH, mon patron de l'époque et votre serviteur, prirent, sans état d'âme, la décision d'envoyer une proposition d'embauche écrite à François.
Celui-ci nous téléphona deux jours plus tard et demanda 1 à 2 semaines de réflexion car il hésitait entre nous et une autre entreprise mieux située géographiquement par rapport à son nouveau domicile.
Le délai lui fut accordé, en lui laissant même sous-entendre qu'un petit coup de pouce sur sa rémunération n'était pas complètement impossible.
François promit de nous contacter avant 15 jours pour nous faire part de sa décision, quelle soit positive ou négative.

Au bout de 3 semaines, n'ayant reçu aucune nouvelle de François, nous appelâmes le numéro de téléphone indiqué, sans autre mention, dans son CV.
Une voie féminine décrocha et se présenta comme Valérie, l'épouse de François.
Elle réagit à l'explication de notre appel par un grand silence suivi de sanglots !
Nous venions de lui apprendre les démarches, qu'elle ignorait, de son mari pour décrocher un nouveau job à 6 heures d'autoroute du domicile familial.
Manifestement, comme aurait dit Brassens, François couvrait copieusement Valérie de safran.

À peine avions nous raccroché que les interrogations se firent jour.
Qu'allions nous faire si François répondait positivement à notre proposition ? Allions-nous maintenir notre offre ou pas ?
François nous avait volontairement donné de nombreux détails personnels et familiaux que nous n'avions pas sollicité. Était-ce pour crédibiliser sa candidature ou bien fallait-il rechercher une explication plus freudienne ou même lacanienne ?
Devions-nous tenir compte des mensonges ou dissimulations de François concernant se vie privée pour une embauche à caractère strictement professionnel ?

Fort heureusement pour nos consciences, nous n'eûmes plus jamais de nouvelles de François.
D'ailleurs, si au détour d'internet, ce dernier se reconnait et souhaite effectuer un rectificatif, il peut contacter le magazine culturel Closer qui transmettra.

Concubiniquement votre

Références et compléments
- Les faits ci-dessus sont strictement authentiques. J'ai juste amendé quelques détails et, bien évidemment, utilisé des prénoms d'opérette afin que les protagonistes ne puissent être retrouvés.
- Ma gratitude à Jean et Laurence qui m'ont, par leur amicale pression, conduit à rédiger une chronique sur un thème qui ne m'inspirait guère.

lundi 13 janvier 2014

Le politburo du soviet suprême de Grenoble nouvelle nomenklatura

Vendredi 10 janvier 2014, le soviet suprême de Grenoble, pardon le conseil de la communauté de communes Grenoble-Alpes-Métropole alias "La Métro", pour fêter l'arrivée de 21 nouvelles municipalités, a renouvelé les cadres de son politburo.

Cet organisme, expression de la volonté populaire unanime, est dirigé par un secrétaire général, pardon président, et 40 secrétaires généraux adjoints, pardon vice-présidents, choisis parmi les plus estimables personnalités dauphinoises.

En échange de leur abnégation et de leur engagement sans limite pour l'essor de l'Y grenoblois, ces méritants citoyens-élus du peuple ne reçoivent qu'une microscopique indemnité de 1558 € mensuels.

Le scrutin municipal approchant à grands pas, le blog Humeurs Mondialisées, avant-garde toujours désireuse d'éclairer les masses, dresse ci-après la liste exhaustive de ces leaders inspirés afin que les citoyens de leurs communes leur assurent des scores électoraux à la hauteur de leurs valeureuses actions et dignes de la regrettée URSS.
Ce triomphe annoncé sera le signe indiscutable de l'attachement du peuple envers ses visionnaires dirigeants.

Habitants de Grenoble et des environs, voici l'héroïque et vaillante nomenklatura, essentiellement masculine, qui vous devez impérativement réélire massivement en mars prochain :

- Marc BAÏETTO, leader du soviet municipal d'Eybens et secrétaire général du soviet suprême de Grenoble (5845 €/mois)

- Jérôme SAFAR, leader désigné du soviet municipal de Grenoble et premier premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (7737 €/mois)

- Renzo SULLI, leader du soviet municipal d'Échirolles et deuxième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4979 €/mois)

- Daniel BROCARD, délégué du soviet municipal du Sappey-en-Chartreuse et troisième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Norbert GRIMOUD, leader du soviet municipal de Saint Georges de Commiers et quatrième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Yannik OLLIVIER, leader du soviet municipal de Saint Martin le Vinoux et deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3649 €/mois)

- Christophe FERRARI, leader du soviet municipal de Pont-de-Claix et troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4029 €/mois)

- Jacques NIVON, leader du soviet municipal de Champ-sur-Drac et quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Georges CLAVERI, délégué du soviet municipal de Vizille et cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Philippe MOTTE, délégué du soviet municipal de Grenoble et sixième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Christiane RAFFIN, leader du soviet municipal de Proveysieux et septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Yannick BOULARD, leader du soviet municipal de Fontaine et huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4979 €/mois)

- Gilles MOULIN, leader du soviet municipal de Murianette et neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Marcel REPELLIN, commissaire politique aux incendies, leader du soviet municipal de Seyssinet-Pariset et dixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gilles STRAPPAZZON, leader du soviet municipal de Saint-Barthélémy-de-Séchilienne et onzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel DOFFAGNE, commissaire politique pour le Sud Grenoblois, délégué du soviet municipal de Jarrie et douzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Olivier NOBLECOURT, délégué du soviet municipal de Grenoble et treizième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- René PROBY, leader du soviet municipal de Saint-Martin-d'Hères et quatorzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Morad BACHIR-CHÉRIF, délégué du soviet municipal de Grenoble et quinzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gérard CRET, leader du soviet municipal de Séchilienne et seizième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gérard DARCUEIL DREYFUS,  délégué du soviet municipal de Vaulnaveys-le-Bas et dix-septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel BAFFERT, délégué du soviet municipal de Seyssins et dix-huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Eric GRASSET, délégué du soviet municipal de Grenoble et dix-neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Catherine KAMOWSKI, leader du soviet municipal de Saint-Égrève et vingtième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble (4029 €/mois)

- François DIAZ, leader du soviet municipal de Saint-Paul-de-Varces et vingt-et-unième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Claude GABELLE, délégué du soviet municipal de Vaulnaveys-le-Haut et vingt-deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Francis CARRÉ, commissaire politique au tri sélectif, délégué du soviet municipal de Notre-Dame-de-Mésage et vingt-troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Guy JULLIEN, leader du soviet municipal de Veurey-Voroize et vingt-quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Christophe MAYOUSSIER, commissaire politique aux eaux pluviales, leader du soviet municipal du Gua et vingt-cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel DESTOT, commissaire politique aux relations avec les pays frères, membre du soviet suprême de la république française, futur-ex-leader du soviet municipal de Grenoble et vingt-sixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (9857 €/mois)

- Robert MEYER, leader du soviet municipal de Brié-et-Angonnes et vingt-septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Luc POULET, délégué du soviet municipal de Quaix-en-Chartreuse et vingt-huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Abderrahmane DJELLAL, délégué du soviet municipal de Grenoble et vingt-neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Pierre VERRI, leader du soviet municipal de Gières et trentième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Alberte DESSARTS, commissaire politique aux sentiers,  déléguée du soviet municipal de Gières et trente-et-unième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble

- Georges GADUEL, délégué du soviet municipal de Saint-Paul-de-Varces et trente-deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Pierre AMPHOUX, délégué du soviet municipal du Gua et trente-troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Fabrice HUGELÉ, commissaire politique à l'extension du territoire, leader du soviet municipal de Seyssins et trente-quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Françoise GERBIER, leader du soviet municipal de Venon et trente-cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Luc PUISSAT, leader du soviet municipal de Miribel-Lanchâtre et trente-sixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Françoise CLOTEAU, commissaire politique à la biodiversité, déléguée du soviet municipal de Champagnier et trente-septième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble

Résidant personnellement à Meylan, je suis profondément dépité que les délégués de la commune au soviet suprême ne soit pas assez méritants pour obtenir au moins un poste de secrétaire général adjoint.
J'exhorte donc solennellement le peuple à tirer, sans faillir, les conclusions qui s'imposent lors du prochain scrutin.

En conclusion, plusieurs maires du Dauphiné ont réussi l'exploit de s'octroyer une pension alimentaire et de se la faire payer rubis l'ongle.

Soviétiquement votre

Références et compléments
- Sur l'opacité budgétaire de "La Métro" voir aussi la chronique "Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble".

- La liste des membres du bureau de la communauté de communes Grenoble-Alpes-Métropole, dite La Métro, provient du site web de cette fringante et dépensière collectivité publique. Cette chronique est conforme à la liste en ligne le 13 janvier 2014.

- Les revenus issus de leurs activités électives des principaux politiques de la région grenobloise a été publiée par Capital entre le 12 et le 15 avril 2013.

- L'élection des quarante nouveaux vice-présidents de la Métro et leur copieuse indemnité ont été rendues publiques par le site GreNews Grenoble City Local News le 11 janvier 2014.