mardi 18 août 2015

La frontière et la mer

À Kelibia, au nord-est de la Tunisie, lorsque la météo est de la partie, l'île italienne de Pantelleria, montagne dressée en Méditerranée, est visible depuis le littoral.
Sur l'horizon, depuis une plage de Kelibia, au coeur de la brume maritime et numérique, l'île de Pantelleria et sa Montagna Grande

De même, sur la colline du fort et sur certaines plages, il est possible de capter des opérateurs téléphoniques transalpins.

L'opérateur téléphonique italien TIM reçu à Kelibia

Pourtant, faisant fi de la liberté des ondes - aux deux sens du terme - quelque part en mer passe une invisible mais bien réelle frontière entre le pays du jasmin et celui de la pizza, entre l'Afrique et l'Europe.
Des milliers de migrants, au péril de leur vie, sur des embarcations de fortune payées à prix d'or à des mafieux, se jettent à l'assaut de cette limite mythique.

Même si ma tête me rappelle que les frontières sont des éléments - si j'ose m'exprimer ainsi - incontournables de real politik, mon cœur ne peut s'empêcher de souhaiter leur disparition.
Ces lignes arbitraires de démarcation accentuent, en pratique, les différences entre des personnes aux nombreux points communs.

Peut-être, devrions-nous nous souvenir que Méditerranée se disait en latin mare nostrum, notre mer ...
À quand une Schengen-Méditerranée devenue un lac intérieur ?
Mosaïque d'Ulysse du musée du Bardo de Tunis, symbole d'une Méditerranée unie
Humainement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
Images réalisées par l'auteur à Kelibia et au musée du Bardo en août 2015

dimanche 16 août 2015

"Muse dis-moi les raisons" - Musée du Bardo, 5 mois après l'attentat

L'auteur latin Virgile est, sans conteste, le poète du musée du Bardo à Tunis.
Son œuvre majeure, l'Énéide, se déroule en bonne partie sur l'actuel territoire de la Tunisie et relate les amours impossibles entre Énée, héros troyen, et la reine phénicienne Elyssa Didon, fondatrice légendaire de Carthage.

Le huitième des 10 000 vers de l'Énéide figure sur une mosaïque représentant Virgile qui accueille, au Bardo, le visiteur en haut du premier escalier :
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons
Bien qu'écrite il y a plus de 2 000 ans, cette phrase entre en résonance avec les tragiques événements qui ont ensanglanté ce musée en mars 2015.

Virgile entouré de Clio la muse de l'histoire à sa droite et de Melpomène la muse de la tragédie à sa gauche - Mosaïque du IIIème siècle exposée au Bardo et découverte à Hadrumète à proximité de Sousse (image David Bjorgen / Wikimedia Commons)

Abattre de sang froid des personnes, choisies au hasard, avec pour seule justification leurs supposées religions, nationalités, ethnies, opinions ou occupations est l'archétype de la barbarie.
Les grandes religions, spiritualités et philosophies n'enseignent-t-elles pas le respect de la vie et de la personne humaine ?
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons



Mémorial en mosaïque exposé dans le hall d'entrée du musée du Bardo en hommage aux 22 victimes de l'attentat du 18 mars 2015

Perpétrer cette tuerie dans un musée consacré à 2 500 ans de civilisations méditerranéennes entrelacées et à leurs expressions artistiques est - si cela est possible - encore plus ignoble.
Ces œuvres immémoriales ne constituent-elles pas le patrimoine de toute l'humanité ?
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons


Une des nombreuses mosaïques romaines du musée du Bardo

La charge émotionnelle des traces de balles sur les murs et vitrines est à l'exact opposé du plaisir esthétique que l'art suscite.
Les lieux de culture ne devraient-ils pas être des sanctuaires ?
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons


Impact de balle sur une vitrine du musée du Bardo

Visiter presque seul un musée majeur en pleine saison touristique est un déprimant privilège.
La liberté n'est-ce pas aussi de pouvoir être très nombreux à profiter, sans entraves, des endroits d'exception ?
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons


Affiche "Musa, mihi causas memora" de Fabiola Napoli

Toutefois, finir par rencontrer, dans ce musée martyr, plusieurs groupes d'enfants et d'adolescents tunisiens, beaucoup arborant des t-shirts "I love Tunisia", parcourant les salles dans les éclats de rire et une certaine pagaille, réconforte.
La Tunisie touchée ne s'est pas couchée !
L'insouciance de la jeunesse n'est-elle pas la meilleure réponse à la terreur ?
Muse, dis-moi les raisons d'espérer ...

Groupe d'enfants venant du sud de la Tunisie en visite au musée du Bardo. Au premier plan, le baptistère paléochrétien de Gightis dans l'île de Djerba datant du VIème siècle.

No pasaran
Humainement et tunisiquement votre

Références et compléments
Sur le même thème tragique, voir aussi les chroniques :

Quelques explications additionnelles :
  • Dans la mythologie grecque, les 9 muses sont les filles de Zeus, le dieu en chef, et ont le rôle de gardiennes des arts.
    Le mot musée découle directement de muse.
  • Le vers latin de Virgile "Musa, mihi causas memora / Muse dis-moi les raisons" figure sur une affiche d'une jeune artiste italienne Fabiola Napoli reproduite ci-dessus et exposée au musée du Bardo dans la salle la plus atteinte par les tirs.
    Cette oeuvre, très forte par sa simplicité, représente des fragments de mosaïque criblés de balles. Elle est lauréate du concours organisé en juin dernier par l'Académie des Beaux Arts de Florence en soutien aux victimes et au musée.
  • La direction du musée du Bardo, en hommage aux victimes et en rappel silencieux de la barbarie, a choisi de ne pas réparer les murs et vitrines endommagés par des projectiles.
    Ces traces d'armes de guerre, totalement incongrues parmi les mosaïques et statues, sont extrêmement poignantes.
  • Les attentats successifs du Bardo et de Sousse ont, à ce jour, eu raison de la fréquentation touristique en Tunisie. A titre d'exemple, le principal hôtel de Kelibia est fermé au cœur du mois d'août.

Les photos ont été prises par l'auteur le 14 août 2015 au musée national du Bardo de Tunis à l'exclusion de l'image de la mosaïque représentant Virgile et les deux muses qui provient de Wikimedia Commons et qui a été réalisée par David Bjorgen.
L'affiche "Musa, mihi causas memora" de Fabiola Napoli figure aussi sur le site de l'Académie des Beaux Arts de Florence.

Pour aller plus loin :

jeudi 13 août 2015

Ces gouttes qui font déborder la vase : incuries tunisiennes

Je me rends en Tunisie depuis plus de 30 ans et - les colonnes de ce blog s'en font régulièrement l'écho - je nourris une vraie passion vis à vis de ce territoire et de ses habitants.
Toutefois, comme n'importe où ailleurs, les nombreux bons côtés avoisinent des aspects moins sympathiques.
Aussi, une fois n'est pas coutume, je voudrais piquer un coup de gueule à l'encontre de mon pays de coeur.

Le 12 août 2015, plusieurs petits orages se sont abattus sur Kelibia, dans le Cap Bon.
Bien que ce soit un peu tôt dans la saison, ces pluies drues et brèves n'ont rien d'exceptionnel. Elles sont même caractéristiques du bassin méditerranéen, le crachin tant breton que britannique n'ayant guère droit de cité dans l'antique Carthage.

Le résultat de ces courtes averses ne s'est pas fait attendre.
À chaque pluie, plusieurs centimètres d'eau envahissent les rues transformées en ruisseaux.
Le retour du soleil illumine ensuite flaques et plaques de boue. Les voies non asphaltées ressemblent alors à des fondrières.

Pluie le 12 août 2015 à Kelibia
Je dois constater, amèrement, que l'écoulement des eaux pluviales et, plus généralement, la voirie restent un des talons d'Achille de la Tunisie.
La situation s'est même aggravée car l'urbanisation grandissante et le goudronnage des rues réalisé sans aucune évacuation accroissent singulièrement le ruissellement.

Malgré les successions politiques - Bourguiba, Ben Ali, un gouvernement révolutionnaire puis deux démocratiques - et la croissance économique soutenue, délivrer des services publics basiques de qualité acceptable semble être le cadet des soucis des administrations tunisiennes et de leurs dirigeants.

Pourtant les routes sont - au moins en ce qui concerne la maîtrise d'ouvrage - franchement du ressort de la sphère publique.
Comment une somme d'intérêts individuels pourrait s'accorder pour les tracer et les entretenir ?

Une des causes des inondations récurrentes est la construction anarchique qui laisse tout un chacun bâtir ou agrandir sa maison sans véritable contrainte, en se souciant peu des autres et en dirigeant allègrement les eaux pluviales vers les caniveaux, voire directement sur les trottoirs.

Au même titre qu'une surveillance résolue et punitive de la très meurtrière circulation routière, une amélioration durable des voiries et des écoulements ainsi qu'une police des constructions sont indispensables.
Les gouvernements en place et à venir gagneraient à se préoccuper efficacement de l'intendance. Un état se rend respectable en s'intéressant au quotidien de ses citoyens.

Mais, d'abord et avant tout, dans la vie courante, chaque tunisien pourrait et devrait faire montre d'un chouïa plus de - osons ce gros mot plus viking que gaulois - civisme.
La sécurité et le bien-être collectifs proviennent plus des efforts de tous que des décisions "d'en haut".
Comme le chantait le regretté Serge Reggiani, "il suffirait de presque rien" ...

Humidement votre

Références et compléments
- Voir aussi mes autres chroniques sur la Tunisie, notamment le billet sur la violence routière.

mercredi 12 août 2015

Avons-nous cessé de manger : quelle est notre vraie consommation ?

Nombre d'analyses de la consommation en France se focalisent exclusivement sur les pourcentages.
Leurs auteurs peuvent ainsi nous expliquer doctement que nos dépenses d'alimentation et d'habillement s'écroulent alors que celles consacrées aux télécommunications et aux loisirs explosent.
À les croire, les entreprises de victuailles ou de textile devraient dare-dare se reconvertir dans l'internet ou, à défaut, mettre la clef sous la porte.

La réalité est plus subtile. Je propose que nous l'examinions ensemble.

En 50 ans, notre consommation a doublé

Vers 1960, la génération de mes parents - une fois soustraits impôts et épargne - dépensait en moyenne mensuelle un peu moins de 600 € (valeur 2007) par personne.
Actuellement, nous approchons des 1 200 € par français.
Hors inflation des prix, en moins de deux générations, nous avons multiplié par 2 nos achats.

Dépenses mensuelles de consommation en France en euros constants (valeur 2007) par personne

La bouffe toujours largement en tête

Un quart de notre consommation est consacré à manger, boire et fumer, 300 € mensuels par bouche à nourrir.
En 1960, 210 € suffisaient. À l'époque, cela équivalait à un gros tiers des dépenses des ménages. L'expression "gagner son pain" conservait alors tout son sens.
Un demi-siècle plus tard, nous ne mangeons pas plus mais notre alimentation est devenue plus élaborée et plus diverse.

Avoir un toit nuit gravement à son portefeuille

Juste après le couvert, le gîte est le second adversaire de nos comptes en banque.
Un cinquième de nos dépenses, 220 € par mois et par personne, sert à nous abriter de la pluie et des embruns.
En 1960, s'abriter coûtait 80 € mensuels, mais le confort actuel et d'alors sont-ils comparables ?

De plus en en plus mobiles

Aujourd'hui, comme durant les trente glorieuses, les transports en tous genres constituent le troisième poste de nos dépenses.
Un sixième de nos achats sert nous transbahuter, 200 € par mois et par tête de pipe.
Soit le triple qu'en 1960, l'automobile mais aussi aux transports collectifs nous ont donné la bougeotte.

Habillement et loisirs progressent gentiment

Vers 1960, un français consacrait de l'ordre de 60 € mensuels à chacun de ces deux types de consommations.
Actuellement, ces valeurs ont presque doublé. Pas si mal pour des montants soit-disant en recul !

Télécommunications et informatique arrivent de nulle part

Lorsque la moitié de la France attendait sa ligne téléphonique et l'autre moitié la tonalité, les dépenses de communication se limitaient à l'achat de timbres et de papier à lettre, soit à peine 1 € mensuel par personne.
En 2007, téléphonie mobile, ordinateurs et internet obligent, cette somme s'était envolée à 70 €.
Depuis la progression n'a pas cessé et ne semble pas décidée à stopper.

De plus en plus de services

Santé, éducation, assurances, finances ... toutes ces activités contribuent à trouer notre porte-monnaie de 180 € chaque mois. Deux fois et demi plus qu'en 1960.
Toutes catégories confondues, un petit tiers de nos achats est devenu immatériel.

Toujours plus ?

N'en déplaise aux prophètes grisâtres, malgré les vicissitudes et surtout les inégalités, en moyenne, notre consommation ne cesse de croître.
De toutes les rubriques détaillées suivies par la comptabilité nationale française, une seule a diminué en volume depuis 1960, la réparation des biens de consommation courante. Nous préférons désormais jeter plutôt que de retaper.

Toutefois, certains produits ou services tirent mieux leur épingle du jeu que d'autres. Même avec beaucoup de bonne volonté, il est vraiment difficile de manger deux fois plus, par contre notre soif d'information - au sens étymologique - est potentiellement illimitée.
La stratégie des entreprises doit s'adapter à cette donne.
Ainsi, le secteur agro-alimentaire doit rechercher l'augmentation de la valeur de ses productions alors que télécommunications & informatique ont intérêt, pour l'instant, à être obsédées par les volumes.

Consumériquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- L'idée de cette chronique m'a été soufflée, il y a très longtemps, par le twittonaute @gael2010

- Tous les valeurs proposées dans ce billet sont issues, directement ou après recalcul, du dossier de l'INSEE, l'institut français de statistiques économiques, "la consommation des ménages depuis 50 ans" publié sur la base de données de 2007.
Ce sont, malheureusement, les chiffres détaillés les plus récents que j'ai réussi à dégoter.
Les valeurs sont exprimées, hors inflation, en euros constants de 2007.
Il s'agit de la consommation et non pas des revenus. Impôts, cotisations sociales et épargne viennent s'intercaler entre ces deux agrégats.
La catégorie santé recouvre exclusivement les cotisations aux mutuelles ainsi que les dépenses non remboursées.
Les chiffres ont été arrondis pour faciliter la compréhension.

lundi 10 août 2015

L'Amazon des médocs ou comment uberiser les pharmacies

Comme le montre l'exemple caricatural des taxis, aucune activité économique n'est à l'abri d'une attaque de la "nouvelle économie".

Les clients sont des êtres versatiles capables, du jour au lendemain, d'un simple clic, de changer des habitudes d'achat établies depuis des lustres.
Les règlements protégeant certaines professions ne sont pas plus fiables car ils dépendent du politique soumis à la triple pression des électeurs, des contraintes budgétaires et des lobbys.

Face à ces menaces, plutôt que, résigné, attendre Uber en espérant que ce soit le plus tard possible, chaque business serait bien inspiré de se transformer de et par lui-même.

Pour ce faire, deux familles d'interrogations sont indispensables :
  • Qu'est-ce qui ne satisfait pas, énerve, exaspère les clients actuels ? Si on leur confiait une baguette magique, que choisiraient-ils de changer ?
    Spécialement les clients les plus jeunes encore plus fantasques que leurs anciens.
  • Comment un parfait inconnu, ne connaissant rien à notre activité mais féru de nouvelles technologies, résidant à Saint Chély d'Apcher, La Houaria ou Kuala Lumpur et décidé à expédier notre business aux oubliettes s'y prendrait-il ?
Des scénarios peuvent être construits à partir de ce questionnement qui, ensuite, aident à définir les transformations à enclencher.

Je vous propose que nous faisions ensemble l'exercice pour les pharmacies françaises.

Des commerces devenus inefficaces

Les pharmacies ne sont pas un modèle d'horaires flexibles.
Ces boutiques sont rarement ouvertes tôt le matin, souvent fermées pendant midi, pratiquent peu les nocturnes et respectent scrupuleusement le jour du Seigneur.
Certes, en dehors des heures de bureau, des tours de garde sont assurés. Mais l'officine de permanence est, comme par hasard au moment où vous en avez besoin, à l'autre extrémité de l'agglomération ou du canton.
Bref, le strict contraire des drugstores américains ou brésiliens.

Bien que ces magasins soient généralement peu bondés, obtenir des antibiotiques ou un collyre requiert a minima 10 à 15 minutes.
L'essentiel de ce temps est consacré à regarder passivement le vendeur exécuter des actions administratives sans rapport direct avec la vente. À croire que l'apothicaire se plait à faire ses comptes en public.
Bref, le strict contraire des hypermarchés où le traitement des bons d'achat est très automatisé et surtout masqué au client.

Le fameux conseil qui, paraît-il, serait la véritable valeur ajoutée du pharmacien et qui sert à justifier son monopole, se limite - quand il survient - à réciter votre ordonnance.
Lorsque les médecins étaient d'abord des producteurs de hiéroglyphes manuscrits, cela était d'un grand secours.
Maintenant que logiciels et imprimantes ont vaincu les gribouillis, cette tirade soporifique ralentit un peu plus la transaction.
Bref, le strict contraire des épiceries où le caissier, plutôt que de vous débiter le ticket de caisse, s'acharne à débiter votre carte bancaire.

Fréquemment, la totalité de votre besoin en médicaments n'est pas disponible, rendant indispensable une seconde visite.
Un vrai plaisir ! Beaucoup des clients des pharmacies étant, par essence, malades.
Bref, le strict contraire d'un magasin "drive" avec commande en ligne et information réactualisée sur d'éventuelles indisponibilités.

Amazonifier les médocs

Une entreprise qui souhaiterait remédier à ces insatisfactions pourrait utiliser le business model d'Amazon : commander ses médicaments en ligne depuis tout type de terminal et se les faire livrer à l'adresse ou au relais de son choix.
En zone urbaine, les remèdes urgents seraient fournis sous quelques heures, les autres en environ une journée.

Outre le classique suivi de commande, des services additionnels spécifiques seraient offerts gratuitement pour satisfaire et fidéliser les clients :
  • Scan et lecture automatisée de l'ordonnance.
  • Traitement simplifié au maximum du remboursement et du tiers payant.
  • Insertion automatique de rappels dans votre agenda électronique des heures de prise de médicaments.
  • Vérification automatique des posologies et des incompatibilités entre molécules.
    Le client qui aurait accepté de renseigner sur le site ses principaux paramètres médicaux (âge, poids, allergies, maladies chroniques ...) bénéficierait d'un surcroît de contrôles et de conseils réellement personnalisés, y compris en dehors du strict champ médical, par exemple sur la diététique.
    Les conseils concernant les médicament en vente libre pour l'automédication seraient particulièrement soignés.
  • En fonction des affections et traitements, un message quelques heures ou jours après le début du traitement permettrait de s'assurer de l'absence d'effets indésirables.
  • Possibilité de dialoguer par chat ou par téléphone avec de véritables pharmaciens, voire des médecins, dûment diplômés pour aplanir toute interrogation supplémentaire.
Bien entendu, histoire de dorer un peu plus la pilule, à l'instar de ses concurrents en officine, "l'Amazon des médocs" proposerait aussi de la parapharmacie et de la parfumerie avec toutes les techniques promotionnelles de l'e-commerce et des prix attractifs.

Se mettre dans la poche les acteurs de la santé

Les pharmaciens, profession séculaire, constituent un groupe de pression retranché sur ses positions monopolistiques.
La meilleure manière de s'affranchir de cet obstacle serait de le contourner en transformant la plupart des parties prenantes de la santé en alliés objectifs de "l'Amazon des médocs".

Afin de ne pas attendre un hypothétique changement de réglementation mais plutôt de le provoquer, le moyen le plus aisé de démarrer "l'Amazon des médocs" serait de s'associer avec quelques pharmaciens volontaires, déjà propriétaires d'une boutique physique et ayant donc légalement le droit de vendre des remèdes.
En quelque sorte, trouver une petite minorité prête à donner le baiser de la mort au reste de ses confrères.

Pour vendre des prescriptions, rien de tel que de se faire aider par le prescripteur, c'est à dire le médecin.
Dans un pays où les garagistes facturent plus cher que les toubibs, proposer aux thérapeutes un surcroît de rémunération fonction du chiffre d'affaire qu'ils généreraient chez "l'Amazon des médocs" peut en convaincre plus d'un.
Afin de respecter les convenances, la réglementation, voire la déontologie, la manière indirecte est recommandée.
Par exemple, en payant des frais de facilitation de saisie à tout docteur qui imprimerait sur ses ordonnances des QR codes aidant le scan.
Le format de ces QR codes pourrait même être libre et ouvert afin de ne pas prêter le flan aux accusations de pratiques déloyales et pour faciliter leur intégration dans les logiciels médicaux. Les éditeurs complaisants de logiciels devraient, bien entendu, recevoir aussi leur petite obole.
En quelque sorte, transformer les médecins en commerciaux.

Les systèmes de livraison rapide "à la Amazon" - même si cela peut paraître contre-intuitif - sont moins chers à opérer qu'un réseau de magasins. Les coûts fonciers sont minimaux, les différentes tâches y sont très industrialisées et la somme des stocks est réduite.
Désormais, plusieurs sociétés proposent des services logistiques clefs en main aux e-commerçants dont l'augmentation des volumes livrés abaisse continûment tarifs et délais.
Aussi, il serait parfaitement possible d'être rentable en vendant sur internet de la pharmacie tout en diminuant d'au moins 10% à 20% le prix des médicaments, c'est à dire en rétrocédant aux clients une sérieuse part de la marge brute de l'apothicaire.
En quelque sorte, du médicament discount.

Dans ces conditions, la sécurité sociale et les mutuelles - qui sont les véritables acheteurs de nos remèdes - seraient soumises à des sirènes dont le chant sonnant et trébuchant serait quasi irrésistible.
Une approche relationnelle et commerciale sur mesure pourrait transformer les "complémentaires santé" en excellents promoteurs de "l'Amazon des médocs".
A l'autre bout de la chaîne, nos politiques, coincés par les déficits, pourraient bien ne pas défendre très longtemps le monopole des officines face aux économies proposées.
En quelque sorte, provoquer ses adversaires sur leur terrain de prédilection : le lobbying.

Pour pousser la sphère publique à évoluer, rien de tel que de s'approprier l'opinion publique avec l'aide des médias et des réseaux sociaux.
Les méthodes de communication d'Apple, de Leclerc ou de Free, qui réussissent à passer pour des chevaliers blancs défenseurs de la veuve et de l'orphelin, sont des modèles à imiter.
De surcroît, vendre en ligne des médicaments génère naturellement des myriades de données d'une grande valeur pour la santé publique et la recherche. Le chevalier, pour renforcer sa blancheur éclatante, pourrait, grand seigneur, en faire cadeau aux épidémiologistes et économistes de la santé friands d'en disposer. Bien entendu, en le faisant délicatement savoir urbi et orbi.
En quelque sorte, se faire offrir sa publicité.

Une fois ses premiers volumes de vente établi, "l'Amazon des médocs" commencera à disposer d'une capacité de négociation forte auprès des laboratoires pharmaceutiques. Ses équipes d'achat pourront s'en donner à coeur joie et abaisser ses coûts.
A l'instar du véritable Amazon qui vend de la connectique et des liseuses sous sa propre marque, les médicaments génériques pourraient être proposés sous la marque du distributeur qui mettrait en concurrence plusieurs fabricants.
Pour ne pas casser la dynamique, une partie de ces gains seraient rétrocédés à la clientèle.
En quelque sorte, des médicaments toujours plus discount.

Si vous doutez encore ...

Je souligne pour les lecteurs qui estiment que l'analyse et le scénario développés ici sont une aimable fiction un brin cynique que je n'ai pas été inventif.
La santé n'étant pas mon domaine de prédilection, je me suis contenté de proposer un cocktail d'éléments tous existants actuellement.

Je leur propose aussi d'aller fureter sur le site web de l'entreprise Point Vision.
Cette startup française, bien réelle et aux investisseurs prestigieux, industrialise - au sens étymologique du mot - les ophtalmologistes afin de faire baisser les délais d'attente des clients et mieux rémunérer les professionnels de santé adhérant à son système, tout en restant strictement dans les tarifs conventionnés de la Sécurité Sociale ...

Mutationnellement votre

Références et compléments
Je tiens à préciser que, pas plus qu'envers les pédicures ou les bouchers, je ne nourris d'inimitié ciblée ou de ressentiment personnel vis à vis des apothicaires.
Une telle chronique pourrait être répétée pour chaque profession traditionnelle ou réglementée.
Les colonnes de ce blog sont ouvertes aux pharmaciens, mais plus généralement à toute personne, qui souhaiteraient proposer un scénario alternatif.

vendredi 7 août 2015

La troisième révolution industrielle va-t-elle créer des emplois ?

Comment, à l'instar des taxis ou des libraires, ne pas être inquiet des mutations générées par internet et ses comparses ?
Des "barbares" - c'est à dire quelque poignées d'informaticiens, marketeurs et investisseurs - réussissent à mettre à mal des métiers ancestraux.
Les intermédiaires et les professions régulées se voient, du jour au lendemain, exposés à une compétition farouche, pour le plus grand plaisir de leurs bientôt ex-clients, mais aussi pour la plus grande crainte de leurs salariés.
Allons-nous pouvoir, individuellement et collectivement, sortir notre épingle du jeu devient une question lancinante.
Je vous propose d'examiner ensemble quelques éléments de réponse.

Les révolutions industrielles ont jusqu'ici carburé au mélange

Le moteur des deux précédentes révolutions industrielles - celle de la vapeur et de l'acier, puis celle de l'automobile et de l'électricité - a été l'alliance du capital et du travail.
Mines, usines et transports ont nécessité simultanément des investissements gigantesques et de très nombreux ouvriers.

L'amélioration des rendements agricole a été le déclencheur de ce mouvement.
Les  propriétaires fonciers ont obtenu les moyens de devenir industriels.
Dans le même temps, les travaux des champs ont fait appel à moins de bras qui ont fini, non sans mal, par être employés dans les nouvelles activités.

Internet réussirait à se passer du travail

D'après certains analystes, la révolution d'internet diffère de ses devancières.
Elle aurait besoin uniquement de capital - et encore en quantité nettement plus modérée que l'industrie traditionnelle - et de fort peu de travail.

Uber et Airbnb en seraient les exemples les plus flagrants : à peine quelques milliers d'employés, une activité mondiale, un chiffre d'affaire en croissance exponentielle, une valeur boursière démesurée et la vampirisation de pans entiers de l'économie (dans nos deux exemples, respectivement le transport de personnes et l'hôtellerie).

Pour les tenants de cette école de pensée, internet apporte une immense productivité mais peu de véritables nouveautés.
Selon eux, avec les logiciels et les smartphones, nous ferions sensiblement les mêmes choses que dans les années 1970, mais avec moins d'investissement et surtout nettement moins de travail.

Cette vision conservatrice et pessimiste de la "nouvelle économie" suggère des destructions massives d'emplois ainsi qu'une polarisation croissante de la société entre, d'une part, des élites minoritaires, ultra-formées, riches et cosmopolites et, d'autre part, une majorité sérieusement déclassée.

Chauffeur Uber serait donc un loisir ?

Il est exact que les maisons-mères Uber et Airbnb ont très peu de personnel direct et font - a minima jusqu'au prochain krach - le bonheur sonnant et trébuchant de capitalistes aventureux.

Toutefois, leur succès repose sur des centaines de milliers de chauffeurs et de logeurs qui proposent leurs services - c'est à dire, pour l'essentiel, du bon vieux travail traditionnel - grâce à ces plateformes.

L'alliance du capital et du travail a bien lieu actuellement, comme au dix-neuvième siècle.
On y retrouve d'ailleurs des effets pervers de monopole et de subordination caractéristiques des bouleversements économiques.
Le mineur journalier de Germinal dépendait de sa "compagnie" à peu près autant que le chauffeur auto-entrepreneur d'aujourd'hui est lié à Uber.

Les luttes sociales et politiques ont, petit à petit et souvent dans la douleur, atténués les déséquilibres délétères issus des premières révolutions industrielles par des législations toujours en vigueur.
Malheureusement, les transformations actuelles les rendent de plus en plus inopérantes.

Internet est profondément disruptif

Les débuts du chemin de fer ont été accueillis par une vague d'hostilité et de scepticisme.
Beaucoup de personnes - le nez sur le guidon ou plutôt sur le tender - ne comprenaient ni l'intérêt, ni le potentiel de transformation de cette innovation radicale.

Ne voir uniquement que de la productivité dans la troisième révolution industrielle procède du même type de biais. C'est ignorer les ruptures en devenir.

Accéder à toute l'information du monde en quelques clics et accroître continûment la quantité de données disponibles ne peut être sans conséquences structurelles.
Le regretté Gutemberg a fait beaucoup plus que doper l'efficacité des moines copistes ...

Le gisement d'emplois est immense

Envisager les mutations en cours comme de nature relativement similaire aux précédentes est encourageant vis à vis du volume d'emplois.

Les besoins et envies actuellement non satisfaits sont gigantesques.
Certains anglo-saxons les ont regroupé sous le terme générique de "care" (littéralement prendre soin) : éducation, santé, sécurité, divertissement, socialisation ...

Comme l'agriculture au dix-neuvième siècle, les gains de productivité procurés par internet permettront de financer une bonne part de ces nouveaux jobs.

Quel degré d'inégalité souhaitons-nous ?

Si ces améliorations de productivité sont entièrement recyclées au sein de circuits privés - pour faire simple "à l'américaine" - les transformations se feront très rapidement mais les inégalités sociales grandiront.

Si, à l'inverse, une partie d'entre elles, via l'impôt, est redistribuée par la puissance publique - "à la rhénane" pourrait-on dire - l'égalité pourrait être mieux assurée.
Toutefois cela suppose que le lobbying format ligne Maginot des professions menacées ne préempte ou ne grippe le système politique. Si cela survenait, nous obtiendrions les inconvénients des deux systèmes et aucun avantage.
En France, le récent et difficile parcours parlementaire de la timide loi dite Macron n'augure rien de bon sur ce point.

Nos choix collectifs seront sociaux

Demain, comme hier, le modèle social que nous souhaitons restera la question prédominante.
C'est moins la quantité que la qualité des emplois futurs ainsi que la protection sociale qui y sera associée qui devraient nous préoccuper.

Mutationnellement votre

Références et compléments
Voir aussi sur des thèmes voisins, les chroniques :
Le déclic de cette chronique est venu d'un épisode diffusé en juillet 2015 de l'émission de radio de France Culture "l'esprit public" dont l'invité principal était l'économiste Daniel Cohen.
Merci aussi à Jean qui me pousse depuis de longs mois à écrire ce billet.

Pour comprendre de l'intérieur comment fonctionnent les "barbares", je recommande le blog anglophone de Tomasz Tunguz "venture capitalist" (traduit littéralement dans la chronique par capitaliste aventureux) dans la Silicon Valley.

mercredi 5 août 2015

La Tunisie vivante ! - Récit d'un week-end au Kef

La peur n'empêche pas de mourir, elle empêche de vivre.
Naguib Mahfouz (écrivain égyptien, prix Nobel de littérature)

Le week-end dernier, nous nous sommes rendus, en famille, au Kef, au nord-ouest de la Tunisie, à 160 km de la capitale, pour des fiançailles.

Dans cette région, des djihadistes sont retranchés au coeur des montagnes frontalières avec l'Algérie.
Les combats entre l'armée et les terroristes y sont devenus réguliers depuis plus de deux ans. Les forces tunisiennes peinent à rétablir la situation sécuritaire et ont subi de lourdes pertes.
Sur le strict plan militaire, les fauteurs de troubles n'ont été jusqu'ici que fort peu inquiétés.
Samedi encore, aux dires officiels du ministère tunisien de la défense, une "action d'envergure" et une "chasse à l'homme" étaient en cours à 25 km environ à l'est du Kef.
Nous avons d'ailleurs croisé des transports de troupes et un blindé léger avec des soldats en armes en transit vers et depuis les lieux d'affrontement.

Pendant ce temps, les fiançailles se sont déroulées comme n'importe où ailleurs en Tunisie.
Les ingrédients habituels d'une telle fête familiale étaient réunis et réussis : assistance nombreuse, musique assourdissante, danses, pâtisseries, jus de fruits, hommes endimanchés et femmes rivalisant d'élégance, innombrables poignées de mains et embrassades ...
L'ensemble enrobé de bonne humeur et de politesse.

Bref, tout, absolument tout, ce que détestent les djihadistes.
Quand on souhaite ne voir qu'une seule barbe ou qu'un seul voile confits en dévotion et tremblants de peur, des personnes libres qui s'apprécient, se respectent et prennent ensemble du bon temps sont proprement insupportables.

Il peut paraître choquant de faire la fête à quelques mètres d'une route empruntée par des militaires partant au combat.
Mais comment définir le périmètre où toute réjouissance devrait être suspendue ? à moins de 10 km des zones militaires ? au Kef même ? à l'ouest de Medjez el Bab ? à Tunis ? sur tout le territoire tunisien ?
Les terroristes ont pour objectif que nous cessions de nous comporter normalement et que nous commencions à les craindre.
Si nous suspendons nos activités sociales, nous leur offrons, sur un plateau normalement réservé pour les pâtisseries et le thé, une première victoire à peu de frais.
Respecter et honorer les victimes, c'est d'abord ne pas dévier.

Les familles des fiancés ont eu raison d'organiser cette fête. Nos vies ne peuvent être prises en otage par des barbares armés.
Ces tunisiens - ma famille, mes amis - montrent ainsi qu'ils sont, plus que jamais et comme toujours, debout, accueillants et tolérants.
Ils expriment aussi de cette façon que la religion pratiquée assidûment par une grande majorité d'entre eux, n'est pas l'infâme caricature dévoyée que les terroristes propagent.

Merci pour cette belle soirée keffoise.

Tunisiquement votre

Références et compléments
J'ai beaucoup hésité à publier cette chronique car je la trouvais très personnelle et avais des scrupules à revenir publiquement pour la énième fois sur le terrorisme en Tunisie.
De fidèles lecteurs, que je remercie, m'ont convaincu de changer d'avis.

lundi 3 août 2015

Le monde n'est pas encore foutu, la pizza va le sauver

J'ai passé mon enfance en Picardie à une centaine de kilomètres au nord de Paris. À cette époque - années 1960, début des années 1970 - la pizza y était totalement inconnue.

Ma mère n'en cuisinait jamais et les rares restaurants du village de Ribécourt n'en proposaient pas.
Les surgelés étant à leurs balbutiements, le plat napolitain ne se déclinait pas non plus en version esquimau.
Je n'ai pas de souvenir précis mais je suis presque certain de ne pas avoir mangé de pizza avant, au moins, l'âge de 15 ans.

Pareillement, lorsque je suis venu pour la première fois en Tunisie en 1981, aucune pizzeria n'existait dans la bourgade de Kelibia, pourtant située juste en face de la Sicile et de l'île de Pantelleria.

Depuis lors, notre alimentation s'est mondialisée. La pizza est devenue planétaire.
J'ai personnellement expérimenté, avec des fortunes diverses, cette tarte italienne en Inde, en Egypte, aux USA, à Dubaï et en Chine.
Pizzaïolo est devenu une profession courue tant en France qu'en Tunisie. Les pizzerias sont désormais si nombreuses à Kelibia que je ne sais les dénombrer.
Menu de la pizzeria "La Siciliana" à Kelibia en juillet 2015
Nous avons tellement l'habitude de focaliser sur ce qui va de travers et nous divise que nous oublions, trop souvent, de relever ce qui nous rapproche.
Silencieusement mais irrémédiablement, la pizza - et aussi le yaourt - sont en train d'unir le monde.
Détester quelqu'un qui mange comme soi est un exercice difficile.

Marguerite de Savoie, reine d'Italie, en popularisant la pizza à la fin du dix-neuvième siècle, a contribué, sans le vouloir ni le savoir, à rendre notre Terre plus vivable.
Aussi, l'UNESCO serait bien inspirée en répondant positivement à la demande de 2011 du gouvernement italien qui souhaitait l'inscription de "l'art traditionnel des pizzaiuoli de Naples" au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité.

Margheritalement votre

vendredi 31 juillet 2015

10 citations contre le terrorisme et la barbarie

Depuis la recrudescence des attentats et atrocités qui ensanglantent la Tunisie, la France et une trop grande part de notre planète, plusieurs fidèles lecteurs m'ont suggéré de rédiger une chronique sur les motivations des terroristes et sur la manière, au delà de la nécessaire répression policière, de lutter contre leur barbarie.
Craignant de produire une pâle copie, plutôt que de disserter sur ce thème, je vous propose, comme le disait Bernard de Chartres, de "grimper sur les épaules des géants" en (re)découvrant 10 citations d'auteurs nettement plus qualifiés que votre serviteur.

Le mal peut être à la fois banal et extrême.
C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.

Seul le bien est radical. 
Hannah Arendt

Résister, c'est d'abord ne pas s'arrêter à la persécution, ni à la calomnie, ni à l'injure.
C'est rester semblable à ce qu'on est jusque dans la défaite.

André Chamson

L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, la haine conduit à la violence.
Averroès

Ceux qui suivent leur conscience sont de ma religion et je suis de la religion de ceux qui agissent bien.
Henri IV

Il faut donc nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d'autres voix que celle de la raison.
Primo Levi

Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés.
Hannah Harendt

Un religieux croit que son dieu le protège.
Un fanatique se croit obligé de protéger son dieu.

Anonyme

Nous avons un projet dans lequel ils ont leur place.
Ils ont un projet dans lequel nous n'en avons aucune.

Chokri Belaïd

We shall never surrender, never, never!
Ne jamais se rendre, jamais, jamais !
Winston Churchill

Il est grand temps de rallumer les étoiles.
Guillaume Apollinaire.

Humainement votre

Références et compléments
- Hannah Arendt (1906 - 1975) philosophe allemande d'origine juive, naturalisée américaine.
Une grande partie de son œuvre est consacrée au totalitarisme et à la "banalité du mal", suite à son expérience personnelle des persécutions nazies et à ses reportages au procès d'Adolf Eichmann.

- André Chamson (1900 - 1983) écrivain, conservateur de musée et résistant français.
Protestant engagé, il prit plusieurs fois la parole lors de l'Assemblée annuelle du Désert dans les Cévennes. La citation est issue d'un de ces discours.

- Averroès ou Ibn Rochd (1126 - 1198) philosophe, juriste, médecin et mathématicien andalou né à Cordoue.
Son ouverture d'esprit et sa modernité déplaisaient aux autorités politiques et religieuses musulmanes de l'époque, qui l'exilèrent comme hérétique et ordonnèrent que ses livres soient brûlés.
Commentateur éclairé d'Aristote, il est parfois vu comme un des pères de la pensée laïque moderne.

- Henri IV, né Henri de Bourbon (1553 - 1610) roi de France.
Initialement protestant, devenu catholique pour monter sur le trône de France, il mît fin aux guerres de religion en promulguant en 1598 une législation de tolérance très moderne dans son essence, l'édit de Nantes (voir sur ce point la chronique sur la laïcité en France)..

- Primo Levi (1919 - 1987) écrivain italien et un des plus célèbres survivants de la Shoah.
Juif italien de naissance, chimiste de formation, il devint écrivain afin de transmettre et expliciter sa tragique expérience dans le camp de d'extermination d'Auschwitz.
Son ouvrage le plus marquant est "Se questo è un uomo / Si c'est un homme".

- Chokri Belaïd (1964 - 2013) avocat et homme politique tunisien, lâchement assassiné par des djihadistes.

- Winston Churchill (1874 - 1965) homme politique britannique.
Premier ministre de 1940 à 1945, il mena la lutte de la Grande Bretagne contre les dictatures allemandes, italiennes et japonaises.
La citation date de juin 1940, juste après la demande d'armistice de la France auprès de l'Allemagne nazie.

- Guillaume Apollinaire (1880 - 1918) poète français d'origine polonaise et italienne, décédé des suites d'une blessure contractée au combat lors de la première guerre mondiale.

- Mes remerciements à Afef qui m'a signalé plusieurs des citations.

- Les notices biographiques ont été réalisées avec l'aide toujours précieuse de Wikipedia.

mercredi 29 juillet 2015

Cochonou vs éleveurs : dans le cochon tout est bon mais tout n’a pas la même valeur

Ces dernières semaines, en France, les manifestations chroniques de colère des éleveurs de porc et de bœuf contre la précarisation de leur situation ont repris de l'ampleur.
Dans le même temps, les 2CV à damiers rouges et blancs de la marque de charcuterie Cochonou continuaient à connaître un franc succès populaire au coeur de la caravane publicitaire du Tour de France.
Ces faits concomitants illustrent, à la limite de la caricature, les rouages de l’économie concurrentielle.
Voyons cela de plus près.

La viande c'est surtout du service

Qu'on le regrette ou non, le mode de vie rural a beaucoup perdu de son attrait et de sa démographie. Désormais, peu d'entre nous ont encore le temps et surtout l'envie de mettre à mort, découper et charcuter un cochon ou un bœuf.

Par voie de conséquence, la valeur de la préparation et de la distribution de la viande est beaucoup plus élevée que celle qui revient à l’éleveur.
Nos choix collectifs débouchent sur un rapport de 1 à 10 entre le cochon entier vendu en masse et aux enchères autour de 1.30 €/kg et le saucisson prêt à l’usage disponible au détail dans mon hypermarché préféré le mercredi 29 juillet à 18H47 tarifé autour de 12 à 16 €/kg.

En dépit de la vision romantico-écologique que nous pouvons avoir, 90% de la valeur d'un steak réside dans les services qu'il incorpore.
Cela signifie aussi que les entreprises situées en aval de l'élevage emploient nettement plus de personnes que l'agriculture.

La viande c'est aussi de l'image

Bien que piètre amateur de charcuterie, je suis prêt à parier le bob rouge et blanc glané sur le Tour de France que, lors d'un test en aveugle, rares sont les personnes qui préfèrent, sans hésitation, les charcuteries labellisées Cochonou à leurs concurrentes vendues dans les mêmes rayons de la grande distribution.

Pourtant, les sauciflards à damiers rouges et blancs sont, d'après mon dernier pointage, vendues sensiblement 10% au dessus de la moyenne des prix pratiqués.

Les actions promotionnelles de Cochonou atteignent apparemment leur cible et accroissent la valeur d'une charcuterie banale en lui ajoutant un supplément, si ce n'est d'âme, a minima d'image.
Des réminiscences d'années 1960 alliées à une vague aura d'authenticité et de convivialité valent autant pour les clients de Cochonou que le travail de l'éleveur.

Citroën 2CV de Cochonou lors de la caravane publicitaire du Tour de France 2013

La viande c'est avant tout du libre choix

Chaque année, mes étudiants à qui je présente ce type de faits me rétorquent que "le marketing nous force à acheter" et que personnellement ils ne cèdent jamais aux stupides sirènes des marques.

Le premier argument est proprement anti-démocratique.
Si nous ne possédons ni la volonté, ni le libre-arbitre pour résister à la séduction vendeuse d'une tranche de jambon, il faut d'urgence nous empêcher de succomber au racolage politique de Hollande, Sarkozy, Mélenchon et Le Pen réunis.
De la même manière, la pratique du mariage arrangé doit redevenir la norme.

La seconde objection ne survit généralement pas à une observation attentive de l'objecteur.
Il est rare qu'il n'ait pas sur ou avec lui plusieurs objets siglés d'un logo.
La justification fuse aussitôt. Ces chaussures particulières ou ces vêtements ou ces stylos ou ces téléphones ou ces lunettes ou que sais-je encore, c'est ... différent !
Quelques questions complémentaires permettent de vérifier que, sauf très rares exceptions, l'achat de ces objets de marque n'est pas le fruit de tests comparatifs détaillés ou d'études de marché approfondies.

La réalité est plus prosaïque. Nous achetons tout simplement ce qui nous plait et que nos moyens nous permettent d'acquérir.

Ce mécanisme - plaisamment baptisé libre choix - est simultanément conscient et inconscient et fait appel, en proportions très variables, à nos connaissances, valeurs et croyances, indépendamment de leur véracité factuelle.
Certes, le marketing cherche à nous influencer mais nous n'y cédons que lorsque cela nous chante, c'est à dire trop peu souvent au goût  des marques.
Le rêve de Cochonou, que nous mangions du cochon rouge et blanc matin, midi et soir, 7 jours sur 7, n'est guère exaucé.
Pire même, ces deux dernières décennies, en France, à l'instar du reste de l'Europe et même des USA, la consommation de viande par personne a diminué sensiblement d'un cinquième.
Collectivement, nous avons librement décidé de manger autrement.

La viande, pour en vivre, c'est d'abord de la stratégie

Face à ces réalités du comportement des clients, seuls les éleveurs capables de réviser de fond en comble leur stratégie se sortiront du mauvais pas actuel.
Les autres, irrémédiablement, continueront à souffrir, voire à disparaître.

Une stratégie gagnante doit d'abord être centrée sur les clients.
La question essentielle est comment différentier positivement la viande de la ferme X ou du groupe d'élevages Y à leurs yeux ? Comment les amener à acheter ce produit plutôt qu'un autre ? Comment les conduire à payer plus ?

Cela peut provenir de meilleures productions de type bio ou appellation d'origine, de création de marques à forte image comme ce que fait Cochonou ou encore de modes innovants de distribution incluant beaucoup des services que les agriculteurs ne rendent pas actuellement.

Une stratégie efficace peut aussi chercher à peser sur les coûts par un grossissement des exploitations voire, osons le mot, une plus grande industrialisation ou bien aussi par la création de groupements d'achat, notamment de nourriture animale.

Les éleveurs peuvent, en outre, s'associer ou, mieux, fusionner en groupements de vente de bétail pour changer en leur faveur le rapport de négociation avec industriels et distributeurs.

Les voies de rebond sont nombreuses.
Toutefois, aucune ne passe par le maintien d'exploitations d'élevage de taille modérée, produisant, sans autre valeur ajoutée, de la viande indifférenciée de qualité banale.

Cochonniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique Tour de France carnaval des transgressions

vendredi 10 juillet 2015

Malgré l'asphyxie de la Grèce la Commission Européenne est au meilleur de sa forme

Alors que 400 millions d'européens s'ingénient à s'engluer dans le conservatisme, l'égoïsme national, le manque de hauteur de vue et les tentations populistes, la Commission Européenne reste l'unique aiguillon cherchant à remettre simultanément notre économie en marche et nos oreilles dans le sens du vent.

Le sémillant Martin Selmayr - ci-devant chef de cabinet du non moins sémillant président-commissaire Jean-Claude Juncker - en a donné une brillante illustration hier soir.

Alors que le gouvernement de Grèce peinait à ficeler un plan budgétaire à la fois crédible, satisfaisant les créanciers et ne déglinguant encore plus ce pays en chute libre, le brillant eurocrate indiquait tranquillement sur Twitter que la proposition d'Aléxis Tsipras n'étant pas signée n'était pas recevable.

Tweet authentique publié par Martin Selmayr le 9 juillet 2015 vers 21:30
À bien y réfléchir, je trouve que ce sympathique rond de cuir est beaucoup trop accommodant.
Il aurait du exiger, sous peine de grexit immédiat, que le gouvernement d'Athènes ressuscite les coureurs de Marathon, les habille de fustanelles et les envoie à travers les Balkans en direction de Bruxelles avec des papyrus dûment scellés à la cire.

Alors que le téléphone avoisine les 150 ans et qu'internet triomphe, cela aurait - si j'ose dire - un cachet fou.

Aiguilloniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Grèce & Europe : si nous rouvrions nos livres d'histoire ?"

lundi 6 juillet 2015

Grèce & Europe : rouvrir nos livres d'histoire ! Vite !

Les derniers rebondissements autour de la Grèce, de sa dette et de son maintien dans l'Euro, voire dans l'Union Européenne, ont une détestable odeur de dix-neuvième siècle et d'années 1930.

Tous autant que nous sommes, au sud comme au nord, politiques comme citoyens, nous aurions meilleure part à nous remémorer l'histoire afin d'éviter d'énormes bévues collectives.

Voici trois points que nous devrions tous avoir en tête.
  • La baisse massive de niveau de vie a des effets dévastateurs qui effacent rapidement tous les souvenirs de croissance.
    Presque à chaque fois qu'un pays a connu une décroissance persistante, les conséquences politiques ont été délétères.
    L'Italie de Mussolini et l'Allemagne de Hitler sont d'abord le fruit d'économies en panne.
    Souhaitons-nous un état failli voire fasciste au sud des Balkans ?
    Ne sommes-nous pas en train de rejouer, une fois de plus, une fois de trop, le funeste scénario du Congrès de Versailles de 1919 affirmant qu'un pays dit coupable doit payer, à tous les sens du terme ?
  • Un appareil étatique efficace et une saine administration ne se décrètent, ni ne se pilotent, durablement, de l'extérieur.
    Hormis de très courtes périodes de transition à l'issue d'un conflit armé, je ne connais pas de précédent historique ayant porté ses fruits.
    Les récentes, et non résolues, sottises américaines en Irak et en Afghanistan en sont les derniers exemples en date.
    La construction d'un état réellement moderne et performant ne peut être qu'une oeuvre de très longue haleine, s'étalant sur, au moins, une génération, et recueillant l'assentiment tacite, à défaut d'être explicite, d'une majorité.
    Pour preuve, la difficulté actuelle de la France à se réformer.
  • Un référendum avec une question ambiguë portant sur un texte incompréhensible et inapplicable n'est pas un exercice démocratique mais, à proprement parler, populiste.
    Cela s'appelle un plébiscite et a pour seul but de recharger les batteries anémiées du pouvoir en place.
    En France, les Napoléon premiers et troisièmes du nom - splendides démocrates devant l'Éternel - en ont beaucoup usé.
    Le goût immodéré de Charles de Gaulle pour ce mode électoral ternit le bilan de ce grand bonhomme.
La résolution des problèmes grecs et européens suppose de trouver des compromis raisonnés et raisonnables évitant ces trois écueils que pourtant toutes les parties prenantes - Grèce, France et Allemagne en tête - ont allègrement percuté au cours de leur histoire moderne.

Mnémoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Malgré l'asphyxie de la Grèce la Commission Européenne est au meilleur de sa forme"
- Mes remerciements à Maxime et Alain dont les réflexions ont partiellement inspiré cette chronique grecque et européenne.
- Chronique remaniée le dimanche 12 juillet 2015 vers 13:45.

samedi 4 juillet 2015

Djihadiste difficile métier en mal de reconnaissance

Au risque de surprendre les plus fidèles lecteurs de ce blog, je dois confesser ma plus vive admiration pour les Combattants du Djihad.
Ces braves types - bizarrement cette belle profession compte peu de femmes dans ses rangs - exercent un métier compliqué, dans des conditions malaisées et sans recueillir le soutien qu'ils méritent.
Voyons cela de plus près.

Tout d'abord, être Djihadiste requiert une culture générale hors pair. La maîtrise de pans entiers du savoir universel est indispensable à l'exercice serein de cette activité salvatrice.
Il faut, par exemple, être incollable en théologie comparée. En effet, avant de déposer un colis piégé dans un édifice religieux, il convient d'être sélectif et de bien distinguer, d'une part synagogues, églises, temples hindous ou encore mosquées chiites et, d'autre part, mosquées sunnites. Sinon, c'est l'accident industriel assuré.
La lecture de plans et de cartes est tout aussi nécessaire.
Aucun chauffeur de taxi ou d'Uber n'est capable de vous mener sans hésitations et zigzags dans la microscopique rue Nicolas Appert à Paris, siège du très blasphématoire Charlie Hebdo.
Vous ne pouvez compter que sur vos propres ressources pour débusquer les endroits improbables où se terrent les ennemis de la Vraie Foi.

La méthodologie n'est pas moins essentielle.
Appliquer le fameux principe du remarquable Arnaud Amaury "tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !" suppose une rigueur d'exécution peu commune.
Un travail avec une qualité garantie oblige à s'assurer, par des processus et des check-lists, que tous, vraiment tous, sans exception, sont passé à la casserole. Dans ce domaine, le zéro défaut est encore plus difficile à approcher que dans l'industrie.

Un entraînement permanent limite les loisirs, déjà peu nombreux, du Djihadiste.
Paradoxalement, rafaler au Kalachnikov des touristes allongés sur le sable est un exercice ardu.
Ces mitraillettes soviétiques sont sujettes à un recul puissant.
Ainsi, le novice peu accoutumé a tendance, dès les premiers tirs, à laisser le canon de son flingue remonter, avec pour fâcheuse conséquence d'arroser le Ciel pour Lequel on combat.
De plus, le plagiste standard, preuve de son impiété, refuse de se redresser pour faciliter sa montée en express vers le Paradis.

La belle profession de Terroriste Djihadique est, malheureusement, affectée par un taux excessif d'accidents du travail.
Pour des raisons qui m'échappent, dans la plupart des pays, l'appareil d'état refuse d'édicter des règles de sécurité qui protégeraient l'intégrité physique des Combattants de la Vraie Foi.
Au lieu de rendre le port du casque et du gilet pare-balles obligatoire pour chaque Terroriste, les politiciens, gardiens de la corruption ambiante, transforment les Énergétiques Défenseurs de la Vérité en stands de tir ambulants et gratuits pour leurs sinistres policiers.

Le Djihadiste ne fait pas non plus recette auprès du grand public qui préfère se masser devant des pelotons de cyclistes dopés plutôt que sur les lieux des saines fusillades.
Pire même, presque chaque action terroriste est entravée par des spectateurs.
Derniers cafouillages en date, à Sousse, des tunisiens non armés se sont opposés au tireur de la plage et à Saint Quentin Fallavier, un pompier, outrepassant sa mission, a ceinturé le Martyr qui voulait faire exploser une usine après avoir décapité son employeur impie.

Face à ces difficultés croissantes d'exercice d'un des métiers parmi les plus beaux et les plus utiles, j'exhorte les lecteurs de ce blog de faire amende honorable et de soutenir, comme ils le méritent amplement, les Vaillants Artisans du Djihad.

No pasaran

Sarcastico-tristement votre

mardi 30 juin 2015

Taxis vs Uber, baroud d'honneur des fabricants de lampes à huile

Malgré un précédent historique funeste, un chômage stratosphérique, des attaques terroristes et une construction européenne en capilotade, la France s'offre le luxe de rejouer la ligne Maginot.
Le gouvernement, de plus en plus en mal d'inspiration, rétrécit la liberté économique et mobilise, toutes affaires cessantes, 200 policiers pour lutter contre l'influence pernicieuse des smartphones. Plus exactement, pour abriter les taxis derrière une illusoire répression des applications et des chauffeurs de la société Uber.

Il est vrai que la situation française du transport de personnes dans des automobiles est un chef d'oeuvre de clarté et de cohérence que le monde entier nous envie.
Je vous propose de l'admirer sur pièces.

Si je passe l'examen idoine et que j'achète plusieurs dizaines, voire centaines, de milliers d'euros à un futur confrère une licence distribuée gratuitement par l'état, j'ai le doit d'utiliser ma voiture pour y trimbaler des gens moyennant rétribution.
Heureux entrepreneur régulé par l'omnisciente administration, je suis le seul à pouvoir afficher taxi sur mon véhicule. Mes multiples tarifs sont strictement définis par les pouvoirs publics, pourtant garants de la concurrence libre et non faussée.
Je peux même allègrement balader des malades. La Sécurité Sociale, qui n'en est pas à un déficit près, ne cherche aucunement à faire baisser mes prix ou à rationaliser mes prestations.

Si, simultanément serviable et cupide, chaque week-end, je véhicule mes voisins dans leur maison familiale en échange de quelques discrets billets de banque, j'exerce une activité illégale mais ne court pratiquement aucun risque d'être repéré par les pandores et les gabelous.

Si, tout aussi soucieux de la planète que de mon portefeuille, je propose publiquement sur BlaBlaCar d'amener, moyennant finance, des personnes de Grenoble à Brive la Gaillarde demain soir à 18 heures, je suis un aimable et écologique covoitureur qui ne doit rien ni au fisc, ni aux assurances sociales.

Si, patient, j'attends tranquillement l'attribution selon le bon plaisir de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve d'une licence plaisamment affublée du bel acronyme de VTC, dès l'obtention du précieux sésame, je peux faire payer des prestations de transport et les déclarer au percepteur.

Si, souhaitant beurrer mes épinards, je m'enregistre très officiellement comme auto-entrepreneur, que je transbahute des clients consentants dégotés grâce à Uber Pop et que je paie mes charges et impôts, je suis un infâme salopard ultra-libéral destructeur de l'ordre social qu'il convient de pourchasser avec la plus grande fermeté.

Allez comprendre ...

Les taxis français - ainsi que nous gouvernants - gagneraient à se souvenir d'urgence que, dans de nombreux pays, leurs voitures sont jaunes, couleur des cocus.

Ubériquement votre

dimanche 28 juin 2015

Le niveau de la classe politique européenne en chute libre

L'imbroglio grec et l'incapacité - à l'heure où j'écris ces lignes - des différentes parties à trouver un compromis raisonnable illustre jusqu'à la nausée la dégradation du personnel politique partout en Europe.
18 gouvernements, 18 parlements et de multiples institutions dites communautaires sont incapables d'avancer sur un dossier où chaque pays a beaucoup à perdre si aucune solution viable n'émerge.

Un mélange délétère d'incompétence, d'impuissance bureaucratique, d'inexpérience, de cynisme, d'excès de communication et de manque de hauteur de vue caractérise désormais les politiciens de tous pays, bords et poils.
La médiocrité est devenue la règle.
Pour preuve, ce petit test : pouvez-vous citer les noms de 3 politiciens européens actuels avec lesquels vous auriez plaisir à partir en vacances ?

Même les partis récents ne relèvent pas le niveau.
L'irréalisme nationaliste de Syriza en Grèce ou les pantalonnades de Beppe Grillo en Italie sont la preuve que les "nouveaux" mouvements issus de la contestation populaire ne valent pas mieux que leurs aînés.

Désormais, partout en Europe, les meilleurs talents fuient la politique.
C'est simultanément un très bon et un très mauvais symptôme.

D'un coté, cela illustre que nos sociétés, sous l'effet des changements technologiques et sociaux, sont en voie "d'horizontalisation" et que les anciens processus "verticaux" ont de moins en moins de prise sur la marche du monde.

Mais, dans le même temps, cette transition est loin d'être achevée.
La phase turbulente dans laquelle nous sommes serait moins âpre si, comme le disait Rudyard Kipling, nous avions des dirigeants "sachant conserver leur courage et leur tête".

Deux menaces pèsent en permanence sur les démocraties libérales - les anciennes comme les plus jeunes - la tentation autoritaire mais aussi l'impuissance des démocrates.
Hitler a atteint le pouvoir autant par ses propres actes que par l'incapacité pathologique de la république de Weimar a surmonter la grande crise économique débutée dans les années 1920.
De même, "l'étrange défaite" de 1940 est moins une victoire de l'Allemagne nazie qu'un écroulement de la troisième république française.

Un sale fumet d'années 1930 flotte de manière persistante au dessus du Vieux Continent et nulle brise ne semble en vue pour le faire partir.

Tristement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "l'étrange défaite de Marc Bloch étrangement actuelle".
- Chronique rédigée le dimanche 28 juin 2015 vers 18:30