samedi 23 mai 2015

J'accuse Émile Zola de brouiller notre vision économique

Plus d'un siècle après sa mort, l'auteur de Germinal, dont les romans sont très présents dans l'imaginaire collectif français, biaise nos perceptions de l'économie d'aujourd'hui.

À son époque, lors de l'essor de l'industrie, les objets manufacturés étaient essentiellement constitués de matériaux et de travail manuel réalisé au coeur d'usines par des cohortes d'ouvriers mal payés.
Depuis, la part d'information incorporée dans les différents biens n'a cessé d'augmenter exponentiellement.

Concevoir, fabriquer et vendre un produit a toujours demandé de l'information à chacune des étapes.
  • Les bureaux d'études manipulent des plans, des programmes et des calculs.
  • Une usine reçoit des commandes, en transmet d'autres à ses fournisseurs et définit ce qui est effectué sur chaque poste de travail, à quel moment et en quelles quantités.
  • Toute la chaîne logistique piste et flèche livraisons et stocks.
  • La commercialisation suppose d'informer et de séduire les clients potentiels sur les prix et les spécificités du produit que ce soit par le design, la publicité, la documentation ou encore le bouche à oreille.
Toutefois, depuis le XIXème siècle, les perfectionnements et diversifications successifs ont accru la quantité d'information agrégée dans nos achats.

Si une Renault Twingo coûte moins cher à l'achat, consomme moins de carburant et nécessite moins de matières premières qu'une 4 CV de la même marque, c'est avant tout le résultat de la manipulation de beaucoup plus d'informations tout au long du cycle de vie des voitures.
Ainsi un fiacre, dont la conception n'avait guère évolué depuis les romains et qui était fabriqué et vendu dans sa ville d'utilisation, requérait moins d'informations qu'une Ford T.
Cette dernière, peu complexe, était moins avide en bits qu'une Citroën DS, désormais totalement dépassée sur ce plan par une Smart ou une Audi.

Et que dire des appareils électroniques et informatiques qui peuplent désormais notre quotidien ?

En un gros demi-siècle, l'équation économique entre matériel et intangible s'est quasiment inversée.
Vers 1950, sur 100 Francs d'achats d'objets manufacturés grand public, 65 Francs rémunéraient des matériaux et du travail manuel et seulement 35 Francs étaient consacrés à de l'information.
Aujourd'hui, 100 € d'achats similaires se répartissent en 60 € d'information et 40 € de matériel.
Dans beaucoup de services, dans les biens à destination des entreprises ainsi que dans les ordinateurs, smartphones et autres gadgets électroniques, la part d'information est plus élevée.

Proportion de coûts liés à l'information et de coûts matériels dans les objets manufacturés grand public, en France, en 1950 et en 2015.
Ces changements sont porteurs de conséquences que nous peinons à appréhender.

Le lent, mais inexorable, déclin de la classe ouvrière au profit des "manipulateurs de symboles" en est un.
L'usine et le champ ne sont déjà plus les lieux privilégiés de la production économique et de l'emploi.
Dans ces conditions, le salariat pourra-t-il perdurer ? La question mérite d'être posée. Les réponses sont loin d'être évidentes et confortables.

Une autre mutation insuffisamment mise en valeur est que la croissance économique, qui reste le meilleur antidote au chômage, est de plus en plus immatérielle.
C'est une excellente nouvelle pour la planète. Personnellement, je préfère l'informatique à la décroissance, au plan philosophique mais aussi - surtout ? - au niveau pécuniaire.

Info-zolaïquement votre

Références et compléments
- Les chiffres sur la valeur en information de nos achats découlent de ratios que j'ai publié dans mon livre "Développer un produit avec les méthodes agiles" (Éditions Eyrolles). Ils étaient eux-même issus de travaux de Daniel Cohen.

- Voir aussi les chroniques
. Le prix de l'essence et des voitures en forte baisse

- L'expression "manipulateurs de symboles" est de Robert Reich.

mercredi 20 mai 2015

La vraie réforme du collège : une bonne tranche quotidienne de rosbif au curry

When you select, you reject!
Choisir c'est renoncer !
Les débats actuels, en France, à propos de la réforme des collèges me paraissent surannés, voire surréalistes.
Ministres et députés en tête, tenants et opposants du latin, du grec ancien, de l'allemand et, dans une moindre mesure, de l'italien et du chinois s'écharpent ex cathedra pour savoir si l'apprentissage de ces magnifiques idiomes doivent débuter à 12, 13 ou 14 ans.

Malgré l'adage ancestral contra factum non datur argumentum (contre un fait, il n'est point d'arguties), nos bons esprits semblent ignorer l'anglais est, nolens volens, devenu, de facto, la lingua franca mondiale et que nos chères têtes blondes, même 5 ans après le bac, continuent d'ânonner la langue de Steve Jobs.

Le système éducatif hexagonal fait semblant d'enseigner l'anglais.
Pour ne fâcher aucun lobby, les heures de cours au collège et en primaire sont saupoudrées sur de trop nombreuses matières.
A contrario, les concentrer sur 3 indispensables basiques - français, mathématiques et anglais - serait plus efficace, tant pour les bons que pour les mauvais élèves.
Ainsi le parler des deux derniers prix Nobel de la paix, n'est enseigné que 3 à 4 heures par semaine aux gamins d'une douzaine d'années. C'est insuffisant pour acquérir des bases solides en y prenant du plaisir et de l'intérêt.

Grosso modo, 6 à 8 heures par semaine sont indispensables.
Le nec plus ultra serait que d'autres disciplines relaient l'apprentissage de l'anglais.
E.g. un prof de sport, à la place d'une initiation à la lutte gréco-romaine, pourrait effectuer une sensibilisation aux méfaits du dopage avec les mots et les intonations de Lance Armstrong.

Bien entendu, cet accroissement horaire doit s'accompagner d'une réorientation géographique.
Oxford, son accent et sa pureté grammaticale doivent s'effacer au profit de la pragmatique Californie et de la créative Bangalore. Bref, laisser tomber le pudding pour le curry !
A fortiori, l'apprentissage d'une seconde langue ne pourrait débuter qu'après avoir acquis une maîtrise correcte de l'anglais.

Effectuer ex abrupto ce changement serait une véritable réforme, utile socialement et économiquement, mais qui nécessiterait beaucoup de courage politique, face aux conservatismes et aveuglements de tout poil.
Imposer la réduction des horaires des matières non indispensables ainsi que mettre en branle un vaste plan de reconversion des professeurs non anglophones - via des formations et des reclassements ad hoc - suppose un gouvernement et un parlement à l'image de Churchill et de la Chambre des Communes de 1940.

Le modus operandi de ce bouleversement ne sera pas facile à mettre au point et à appliquer.
In fine et in petto, je crains que, pour longtemps encore, nous préférions le latin à l'emploi et le grec au rosbif.
Heureusement, nulla tenaci invia est via, nulle route n'est infranchissable ...

Latiniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Rosbif au curry : le charme de l'anglais en Inde"
- E.g. est l'abréviation du latin exempli gratia plus usitée en anglais qu'en français. Elle signifie par exemple.

vendredi 15 mai 2015

Un destin français : Françoise Arbenne-Reinier migrante

Seulement 4 générations me séparent de la grand-mère de mon grand-père paternel qui naît à Chambéry, en Savoie, le 28 juillet 1837.
Elle est alors un des 5 millions de sujets de Sa fort peu libérale Majesté Charles-Albert de Savoie-Carignan, monarque turinois, autoritaire et multi-cartes, duc de Savoie, prince du Piémont et roi de Sardaigne, aux possessions s'étendant sur les deux versants des Alpes.
L'histoire de mon aïeule, aux résonances étonnamment actuelles, permet d'apprécier l'amplitude de beaucoup de mutations survenues depuis cette époque.

Une vie démarrée sous de bien mauvais auspices

À peine son accouchement termié, Suzanne Lieutaz, 24 ans, n'a que le temps de donner un prénom, Françoise, et un nom de famille, Arbenne, à son bébé.
Aussitôt, la môme est soustraite à sa mère par des religieuses catholiques qui la baptisent et la placent dans une famille que l'on n'ose qualifier d'accueil.

En effet, Suzanne est ce qu'on appelle au XIXème siècle une "fille-mère". C'est à dire une jeune femme qui a eu la malchance d'être mise enceinte par un garçon refusant le mariage ou, à défaut, la légitimation de l'enfant.
Le sort semble s'acharner sur Suzanne. Elle est elle-même née en 1813 d'une “fille-mère”, Georgine Vallier, originaire de Saint Alban Laysse, commune limitrophe de Chambéry.

Les naissances hors mariage, bien que représentant plusieurs pourcents de la population savoyarde, attirent une forte réprobation sociale.
Les nouveau-nés sont qualifiés du vocable infamant "d'enfants naturels".
Comme il n'est pas question que des familles monoparentales troublent l'ordre naturel cher à Joseph de Maistre, l'Église organise le placement systématique de ces enfants, traités encore plus rudement que les orphelins, chez des paysans en montagne.

Le seul privilège de ces malheureux est que leur mère, juste avant de les quitter définitivement, peut choisir pour eux le nom de famille qui remplacera celui du père "non dénommé".
Beaucoup d'enfants "naturels" tirent ainsi leur nom du village d'origine de leur mère. Ainsi Arbenne a de fortes chances d'être lié au village d'Arbin, dans la vallée de l'Isère, à 20 kilomètres de Chambéry.
Parfois, le pseudo-patronyme est plus original comme Banquette ou Martyre.

Toutefois, l'état-civil sarde, tenu par les curés, n'étant pas un chef d'oeuvre de rigueur, de nombreux enfants "naturels" changent de nom, et parfois même de prénom, au cours de leur vie, à l'instar de la mère de Françoise, tantôt Suzanne Lieutaz, tantôt Suzanne Reinier.

Le jour même de sa naissance, Françoise Arbenne est ainsi fourguée à Françoise Mermet, sa marraine de circonstance, qui vit dans le hameau du même nom au coeur du massif des Bauges surplombant Chambéry.

Acte de naissance de Françoise Arbenne (source archives départementales de Savoie)

La montagne est certes belle mais surtout rude

Les Mermets sont un des nombreux hameaux du village savoyard répondant au nom peu engageant des Déserts.
Située en moyenne montagne, à environ 1 000 m d'altitude, au pied du Mont Margeriaz, cette commune dépend du “mandement de Chambéry”.

Les Déserts sont, à vol d'oiseau, à seulement une dizaine de kilomètres du chef de lieu de la "Savoie Propre".
Toutefois, aucune véritable route carrossable - au sens étymologique - ne traverse le massif des Bauges. Les 700 mètres de dénivelé depuis Saint Alban Leysse dans la vallée s'effectuent à pied ou mule en deux bonnes heures.
En hiver, la neige tient au sol plusieurs mois d'affilée et rend ces sentiers plus difficiles à pratiquer.

1 500 personnes environ habitent aux Déserts.
En un petit demi-siècle, depuis la Révolution, cette population a été multipliée par 1.5. Les premiers maigres progrès sanitaires, agricoles et techniques ont accru la longévité sans pourtant changer notablement les conditions d’existence sur ces ingrates terres de montagne.

Les registres d'état-civil sont d’une implacable régularité. La plupart des jeunes femmes ont une grossesse par an et l'essentiel des naissances se concentre en début d’année.
Ce rythme témoigne de familles luttant pour leur subsistance.
Chaque hiver, les hommes quittent leur village pour exercer des activités saisonnières loin de leur domicile : colportage, ramonage et autres petits métiers de services dans les grandes villes.
À leur retour, au début du printemps, les retrouvailles avec leurs épouses sont faciles à imaginer.
L'avantage de ce calendrier est que durant le pic des travaux agricoles en été les grossesses ne sont pas suffisamment avancées pour empêcher les futures mères de trimer aux champs.
Les accouchements et les débuts d’allaitement ont lieu en hiver, entre femmes, alors que les maris sont loin du village.
Ce cycle infernal est désastreux sur le plan sanitaire. La mortalité féminine et infantile est élevée, quoique plus faible qu’au siècle précédent.
Lors du recensement de 1848, les Déserts comptent 48.5% de femmes et 51.5% d’hommes, une proportion inverse de celle de la France de 2015.

Les conditions de vie difficiles, l'alimentation peu diversifiée et la forte consanguinité pèsent sur l'état de santé.
Environ une personne sur 20 est atteinte de "crétinisme" - terme initialement médical tombé en désuétude désignant de graves retards de développement physique et mental - ou de goitre à cause de carences en iode et d'anomalies génétiques.
L'espérance de vie de Françoise Arbenne à sa naissance avoisine 35 à 40 ans.

Pour survivre malgré l'explosion démographique, les paysans des Alpes déboisent à grande échelle pour accroître les terres cultivables ou pâturables et tirer un revenu additionnel des coupes de bois.
Les conséquences de ces défrichements sont catastrophiques. Glissements de terrains, avalanches - mot savoyard désormais passé en français - et inondations se multiplient.
Face à cette montée des risques, en 1860, puis en 1882, des mesures législatives draconiennes obligeront à reboiser, parfois manu militari, et créeront le service public de Restauration des Terrains de Montagne.

Malgré l'accroissement des champs et des prés, cette population en croissance peine à se nourrir. Aussi l'émigration, traditionnellement saisonnière, tend à devenir définitive. Métropoles et usines possèdent des attraits auxquels il est difficile de résister, nous y reviendrons.

L'entrée du hameau des Mermets aux Déserts et le mont Margeriaz (mai 2015).

Un village en autarcie

Malgré sa proximité de Chambéry, les Déserts sont une commune exclusivement paysanne et quasi-tribale.

Lors du recensement de 1848, seules 7 personnes sur 1526 ne sont pas notées "laboureur" ou "cultivateur" : un "maréchal" (ferrant), deux ecclésiastiques et leur “servante”, deux personnes dont la profession est illisible sur le registre et une étonnante "repasseuse" célibataire de 32 ans vivant seule dans sa maison.

L'endogamie est très forte. L'essentiel de la population du village se répartit sur à peine une trentaine de patronymes.
L'entremêlement familial est tel que parfois les noms sont dotés de suffixes - à l’instar de Mermet dit Soldat, Mermet dit Monsieur, Mermet-Potage ou encore Mermet-Plottu - dont on ne sait s'ils facilitent le pistage administratif et fiscal ou, au contraire, le brouillent.

Presque tous les habitants des Déserts y sont nés.
Outre les deux curés, originaires de Saint Pierre d'Albigny et “des Bauges”, et six femmes venues de Saint-Jean d’Arvey ou de Saint François de Sales à une dizaine de kilomètres, les seules exceptions sont les “enfants naturels”, natifs de Chambéry.

Chaque lieu-dit regroupe une ou deux familles étendues.
Ainsi, en 1848, les trois quarts des 176 habitants des Mermets, s'appellent Mermet et se répartissent en 39 maisonnées situées à un bon kilomètre de l'église du village.

Il va sans dire que l'ensemble de la population du village, sans exception, est listée comme "catholique".

Une des rares maisons non rénovées (à l'exception du toit en tôle) du hameau des Mermets. Françoise Arbenne et Victor Mermet vivaient dans de tels logis (mai 2015).

Un système éducatif déficient

En Savoie, la scolarisation est irrégulièrement assurée par l'Église catholique qui rémunère maigrement des instituteurs épisodiques qui assurent la classe lorsque les travaux des champs le permettent, c'est à dire surtout l'hiver.

Cet enseignement en pointillé est inefficace. Aux Déserts, en 1848, 121 personnes savent lire et écrire et 87 seulement lire.
Au total, à peine un septième des habitants, surtout des hommes, possède un microscopique bagage scolaire.
Aucun “enfant naturel”, ni aucun “domestique” ne fait partie de ces privilégiés.
Preuve de son peu de maîtrise linguistique, Françoise n'a laissé dans les archives qu'une unique trace écrite de sa main : la signature très malhabile de son seul prénom sur son acte de mariage de 1869.

Le français est la langue officielle de la Savoie depuis la Renaissance.
Ainsi, l'idiome de Molière, très parlé à Chambéry et à Annecy, est employé pour les actes d'état-civil ou le cadastre mais aussi pour les prêches à l’église, ce qui lui vaut son surnom de “langue du dimanche”.

Au quotidien, les habitants des Déserts utilisent un des patois savoyards, variantes de langue francoprovençale, appelée aussi arpitan.
Françoise Arbenne ne se frottera véritablement au français qu'après son départ de Savoie. Jusqu'à la fin de sa vie, elle conservera un accent caractéristique de sa région d'origine.
Voici quelques exemples d'expressions prononcées et entendues durant son enfance :
  • É son tô t aronmwé : ils sont tous ensemble
  • Al t arvâ justo kan on modâve : il est arrivé lorsque nous partions
  • D'ichè lé, y a bin l'tin d'passâ d'éga dzo lô pon : avant que cela n’arrive, beaucoup d’eau aura passé sous les ponts
  • Se vrî lô peuzho : se tourner les pouces (ce que Françoise a du très rarement faire durant sa vie)
Extrait du registre de recensement de 1848 des Déserts (source archives départementales de Savoie).

Une enfance de quasi-esclave

Les “enfants naturels” placés dans des familles paysannes constituent environ un trentième de la population des Déserts. Ils sont une main d'oeuvre corvéable à merci dès leur plus jeune âge, sans aucun statut.

Les registres de recensement conservent la trace de leur condition de parias.
La plupart d’entre eux sont listés “enfant naturel domestique” sans autre mention.
Quelques autres, plus chanceux, sont indiqués par leur prénom suivi de “naturel” mais sans nom de famille.
Les âges relevés sont beaucoup très approximatifs, nettement plus que pour les enfants légitimes.
Du fait de l'absence d'informations fiables concernant les "enfants naturels", la trace de Françoise Arbenne n'a pas pu être attestée formellement dans les registres de recensement des Déserts.

L'opprobre jetée sur les enfants “naturels” perdure toute leur vie.
Par exemple, une dénommée Benoîte, bien qu'âgée de de 78 ans en 1848, malgré son mariage à un certain Joseph Chaboud-Briquet, “laboureur” né aux Déserts, lui aussi septuagénaire, est pour l'administration et l'église savoyardes toujours une "fille naturelle" et sans aucun nom de famille.

Extrait du registre de recensement savoyard de 1848 des Déserts (source archives départementales de Savoie).

Émigration vers Paris

La rudesse de la vie en montagne et la réprobation sociale poussent les “enfants naturels" à fuir leur famille pseudo-adoptive dès que possible.
En 1848, seuls trois ou quatre “naturels” de plus de 20 ans habitent les Déserts.

À partir de mi-1860, à peine l'annexion de la Savoie par la France de Napoléon III bouclée, l'émigration savoyarde en direction de Paris et, dans une moindre mesure, Lyon s'intensifie. Comment résister à l'attraction du dynamisme et des conditions de vie urbaines de la France industrielle ?
En une cinquantaine d'années, les Déserts vont perdre la moitié de leurs habitants.

Françoise n'échappe pas à cette double tendance.
En 1860, elle quitte les Bauges pour l'actuel Val de Marne, alors Seine et Oise, avec son compagnon, Victor Mermet, un des très nombreux jeunes du hameau éponyme.
Le trajet a lieu en train depuis Chambéry. 24 heures sont nécessaires pour relier en omnibus la Savoie à la capitale française.
Nos deux tourtereaux aboutissent dans le village alors très rural de Périgny sur Yerres, mais toutefois situé à proximité de la gare PLM de Combs la Ville.
Paradoxalement, les emplois agricoles sont nombreux en Ile de France car beaucoup de paysans franciliens se sont fait embaucher dans les usines. Victor devient “manouvrier” et Françoise est officiellement “sans profession”.

Le motif exact de leur départ des Déserts n'est pas connu.
Aux raisons économiques, peuvent s'ajouter l'impossibilité sociale d'une union entre un “cultivateur” et une “fille naturelle” ou encore une grossesse non désirée.
Toujours est-il que Victor et Françoise “demeurent ensemble” à Périgny sans être passés devant Monsieur le Maire et encore moins devant un curé.
Françoise accouche de son premier fils, Théophile Mermet, le 2 février 1861 et de son second enfant, Auguste Victor Mermet, le 28 avril 1863.
À l'été 1865, elle devient enceinte pour la troisième fois.

Acte de naissance de Théophile Mermet (source archives départementales du Val de Marne).

Drame familial et fraude à l'état-civil

“Coup de tonnerre dans un ciel serein” aurait dit Napoléon III, le 20 octobre 1864, Victor Mermet décède accidentellement d'une chute.

Françoise, au milieu de son malheur, aidée par un garde champêtre ami du couple, a un réflexe de génie et se fait passer pour veuve alors qu'elle n'a jamais été mariée avec Victor.
Cela lui permet le 1er avril 1865, à l'issue de la naissance à Périgny de son troisième fils Louis Honoré Mermet, de rompre la malédiction familiale et d'obtenir l'enregistrement de ce dernier à l'état-civil comme enfant légitime posthume de Victor Mermet.
Françoise loge alors “chez le sieur Louis Etienne Robert” ce qui explique probablement le prénom de son fils.

Acte de décès de Victor Mermet (source archives départementales du Val de Marne).

Véritable mariage avec un enfant trouvé devenu soldat de Napoléon III

La trace de Françoise se perd durant quatre ans.

On retrouve notre vraie fausse veuve en 1869, blanchisseuse à Maisons-Alfort, dans la première couronne de Paris, 20 kilomètres au nord de Périgny sur la même ligne ferroviaire.
Elle choisit désormais de se faire appeler Françoise Reinier ou Reynier, l'un des deux noms de sa mère qu'elle n'a pourtant pas connu.

Le 5 juillet à 11 heures, elle se marie - officiellement cette fois - avec Sylvain Beaujardin qui vient juste de terminer un engagement militaire d'une dizaine d'années au 7ème régiment d'infanterie de ligne stationné au fort de Charenton. Son lieutenant, Jean-Philippe Lambert, lui sert de témoin.

Sylvain Beaujardin a une biographie familiale similaire à celle de son épouse.
Il a été abandonné à sa naissance en janvier 1834 devant l'hospice civil d'Avranches, dans le département de la Manche, en Normandie.
Nous ne savons rien de son enfance qui se conclut par son incorporation dans l'armée française.
Entre 1853 et 1856, Sylvain a participé à la guerre de Crimée. Sa brigade a notamment pris le fort de Malakoff, près de Sébastopol, qui a donné son nom à une commune de banlieue à quelques encablures de Maisons-Alfort.
Peut-être Sylvain a-t-il aussi pris part à la désastreuse campagne du Mexique mais les certitudes manquent à ce sujet.
Démobilisé, Sylvain Beaujardin devient ouvrier “journalier”, notamment à l'usine de levures Springer qui deviendra “l'Alsacienne”.

Trois ans après le mariage, le 18 avril 1870, vient au monde Constance Honorine Beaujardin, mon arrière-grand-mère.
Un trimestre plus tard se déclenche la guerre entre la Prusse et la France qui mettra à bas le Second Empire français, créera le premier Reich allemand et provoquera l'avènement définitif de la République.

Françoise Arbenne-Reinier et son mari Sylvain Beaujardin, vers 1900, probablement à Maisons-Alfort. On notera le chien au premier plan, la casquette sur le mur et le pavillon de banlieue en arrière-plan.

Une vie de banlieusards

À l'instar de dizaines de milliers de migrants provinciaux et étrangers fuyant la misère des champs pour venir travailler à Paris - l'une des 3 métropoles mondiales les plus dynamiques - les époux Beaujardin passent le restant de leur vie à Maisons-Alfort, rue Chabert, le long de voie ferrée PLM qui a amené Françoise depuis sa Savoie natale.

Le sort continue hélas à s'acharner sur cette famille.
Dans la nuit de la Saint Sylvestre 1892, pris de boisson, Auguste Victor Mermet, devenu maçon, décède, comme son père, d'une chute.
Sylvain Beaujardin se charge des formalités d'état-civil où il est indiqué comme “son père”.

Le fils aîné de Françoise, Théophile Mermet, connaît une trajectoire bien plus heureuse.
Manifestement doté d'un sens aigu du commerce et des affaires, après avoir été sommelier et distillateur, il possède une vingtaine de cafés en région parisienne, ce qui lui confère une véritable aisance financière dont il fait profiter sa famille.
Ainsi, il place sa demi-soeur Constance Beaujardin et son mari Joseph Pierre Lebouc, après leur mariage en 1893, à la tête d'un de ses bistrots, rue de Vaugirard à Paris.

Par contre, la trace de Louis-Honoré Mermet n'a pu être retrouvée.

Sylvain Beaujardin s'éteint à 75 ans en 1909. Françoise Arbenne-Reinier fait de même en 1922 à l'âge de 85 ans.
La dernière partie de son existence a vu l'arrivée, tour à tour, des réverbères, de l'eau courante, du gaz de ville, des poubelles, de l'électricité, du téléphone, du métro, des automobiles, de l'aviation et de quelques autres inventions qu'elle aurait été bien en peine d’imaginer lors de son enfance dans les montagnes des Bauges.

Portrait au fusain de Françoise Arbenne-Reinier, à la fin de sa vie vers 1920.

Généalogiquement votre

Post Scriptum
Le village savoyard des Déserts dans le massif des Bauges a vu sa population décliner de 1860 à 1975 où il n'y avait plus que 455 habitants.
Désormais, presque 800 personnes y résident grâce à l'attrait de la vie en montagne dans des maisons dotées de tout le confort et de chauffage, de la proximité de Chambéry et de la station de ski de la Féclaz.
Françoise Arbenne-Reinier et Victor Mermet auraient bien du mal à reconnaître le hameau de leur enfance.

Panneaux solaires sur le toit d'une maison rénovée du hameau des Mermets (mai 2015).

Références et compléments
- Cette chronique, même si elle est écrite sur le ton du récit, repose presque exclusivement sur des faits attestés.
Seule la date d'émigration depuis la Savoie de Françoise Arbenne et Victor Mermet ainsi que leur trajet vers Paris ne sont pas connus avec exactitude.
Leur départ des Déserts peut être antérieur à 1860 et le couple a éventuellement effectué des étapes entre les Déserts et Périgny sur Yerres.
Il est même possible qu'ils n'aient pas émigré en même temps.
Toutefois, ils n'ont laissé aucune trace dans les registres d'état-civil des principales villes situées sur la ligne de train PLM.
Plus de détails sur mon site généalogique.
Toute information généalogique ou historique venant compléter ou même infirmer ce récit est par avance bienvenue.
Merci de me contacter via ce lien.


- Principales sources :
- Mes remerciements au twittonaute @JB94700 qui m'a (re)donné le déclic pour rédiger cette chronique qui me trottait depuis longtemps dans la tête.

- Voir aussi les autres chroniques traitant de généalogie ou d'histoire notamment :
- Les expressions en savoyard proviennent du Dictionnaire Français - Savoyard publié en 2013 par Roger Viret.

- Les photos du hameau des Mermets ont été faites par mes soins le 12 mai 2015. La totalité des photos est consultable en suivant ce lien.

jeudi 7 mai 2015

Je suis un crétin des Alpes catholique et islamophobe

Cette semaine, grâce à deux vedettes médiatiques paradoxales, que je remercie, j'en ai plus appris sur ma personnalité profonde qu'au cours des 54 premières années de mon existence.

Prénom catholique = religion catholique

Tout d'abord, Robert Ménard - maire d'extrême-droite de la ville de Béziers après avoir été le défenseur de la liberté d'expression "sans frontières" - nous a doctement expliqué que "les prénoms disent les confessions" et "qu'affirmer l'inverse c'est nier une évidence".
Ainsi, avec cette technique anthropométrique dernier cri, ce brillant édile a pu mesurer que 68.1% des enfants de sa bourgade pratiquaient les rites de la Musulmanie.

Mes parents m'ayant appelé Didier, je suis, en vertu de la méthode Ménard, indéniablement catholique.
En effet, ce prénom est celui du saint très catholique Didier, évêque de Vienne en Isère, canonisé pour être malencontreusement décédé d'un accident de travail dans l'exercice de ses fonctions aux alentours de l'an 608.
En effet, Brunehaut, alors reine des Francs, pourtant convertie au catholicisme, appréciait peu que son management du royaume, belliqueux et brouillon, soit critiqué par un ecclésiastique volubile.
Telle Daech, elle a embauché des repris de justice qui ont cloué le bec du prélat trop bavard en le lapidant.

Il y a juste un détail qui m'échappe dans la manière biterroise de ficher la religiosité de la population.
Comme sensiblement deux tiers des français se déclarent hors religion, je n'ai pas compris comment détecter un prénom athée.
Si le très savant Robert Ménard souhaite nous éclairer sur ce point, je me ferai un devoir de reproduire ses prescriptions éclairées.

Je suis Charlie = je discrimine les musulmans

Ensuite, Emmanuel Todd - autrefois analyste subtil des structures familiales, désormais défenseur autoproclamé de l'esprit de Valmy face aux hordes germano-libéralo-cosmopolites - a, tout aussi doctement que son confrère Ménard, démontré que le catholicisme de mon prénom couplé à mon lieu de résidence avait des influences délétères sur mon comportement et mon libre-arbitre.

Au début de cette année, comme de millions d'autres français, j'ai eu le grand tort d'être "Charlie" et d'avoir manifesté les 7 et 11 janvier.
Ce faisant, je me suis "menti à moi-même". Je n'ai pas réagi à une attaque barbare contre nos libertés et valeurs mais, au contraire, j'ai affirmé haut et fort mon appartenance à une oxymorique "oligarchie de masse" et fait la promotion d'une "domination" de la "France blanche".

Tout cela parce que j'habite dans une région "périphérique" où "perdure une subculture catholique".
Cette dernière a le même effet sur moi que le dopage sur le peloton cycliste.
À l'insu de mon plein gré, je suis, comme beaucoup trop d'habitants de Rhône-Alpes, un "catholique zombie".
D'après le distingué anthropologue, la proximité de Notre-Dame de la Salette et du Saint-Suaire de Turin, les ondes telluriques alpines et le manque d'iode réunis me pousseraient à revêtir un masque d'apparence laïque et libertaire pour mieux mettre en avant mes véritables sentiments "religieux", "vichyssois et anti-dreyfusards" et ainsi opprimer sans vergogne les "musulmans minoritaires".

Au vu du diagnostic du docteur Todd, les membres de mon entourage avec qui j'ai arpenté les rues de Grenoble le 11 janvier dernier gagneraient à annuler leurs prochains pèlerinages, à consulter rapidement un spécialiste de la thyroïde ou encore à songer sérieusement à transférer leur domicile dans une région de subculture républicaine.

Çà aurait pu être pire !

Pour conclure, une petite lueur d'espoir dans mon malheur : je suis né un dimanche.
Si j'étais venu au monde un Jedi, j'aurais avec moi une Force sans limite pour décupler les effets islamophobes de mon crétinisme alpestre.

Iodiquement votre (Yodiquement votre ?)

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
- Tentative d'explication de la laïcité française à mes amis hors de l'Hexagone
- Les musulmans en France, combien de divisions ?
- Les religions, combien de divisions ? Statistiques de la foi

lundi 4 mai 2015

La batterie Tesla Powerwall va-t-elle bouleverser l’électricité ?

Au moment où je rédigeais ma précédente chronique sur le coût de nos consommations énergétiques quotidiennes, le sémillant Elon Musk, dirigeant et fondateur de Tesla Motors, annonçait en fanfare le lancement commercial de Powerwall, une batterie domestique design et installable, comme son patronyme l'indique, sur un mur.

L'objectif affiché de ce nouveau produit est de faire de chaque foyer le gestionnaire, voire le producteur, de sa propre électricité.
Le multi-entrepreneur a mis en avant la simplicité et le design de son dernier bébé et annoncé trois usages à Power Wall :
  • La continuité d'alimentation électrique en cas de panne du réseau.
  • L'autoproduction individuelle d'électricité par le biais essentiellement de panneaux solaires, la batterie faisant le tampon entre la production aux heures les plus ensoleillées et l'utilisation le plus souvent en décalage.
  • Le stockage de l'électricité du réseau en heures creuses pour un usage en heures pleines.
Le modèle capable de stocker 7.5 kWh est tarifé à 3 000 $ et celui de 10 kWh à 3 500 $.

Batterie Powerwall de Tesla
La plupart des gazettes s'étant contentées de reproduire béatement l'argumentation promotionnelle de Tesla, j'ai cherché, fidèle aux habitudes de ce blog, à évaluer concrètement Powerwall.
Pour ce faire, j'ai fait l'hypothèse - raisonnable - que cette batterie lorsqu'elle sera disponible tiendra effectivement ses promesses de simplicité d'installation et d'utilisation et me suis focalisé sur les ordres de grandeur économiques.

Les pannes d'électricité sont trop rares en France

La fourniture d'électricité en France, et d'une manière générale en Europe, est d'excellente qualité.
La durée moyenne de panne s'établit en moyenne autour de 100 minutes par an, toutes causes confondues. Dans les zones urbaines, ce chiffre s'effondre.
Dans ces conditions, investir 3 000 Euros pour gagner 1 à 2 heures annuelles d'électricité n'a de sens que pour des entreprises avec des processus ne supportant aucun arrêt.

Il en est tout autrement dans les pays - comme l'Inde, mais aussi la Californie - où les investissements dans les centrales de production et le transport d'électricité sont à la traîne par rapport à la demande.
Dans de telles situations, se prémunir contre les coupures fréquentes n'est pas un luxe et améliore notablement sécurité, productivité et confort.

Le solaire photovoltaïque est cher et peu abondant dans notre bel Hexagone

En France, installer 10 m2 de panneaux photovoltaïques sur le toit d'une maison coûte actuellement aux alentours de 8 000 €.
Ces plaques de silicium produisent en moyenne 3 à 4 kWh quotidiens, soit entre 1 000 et 1 500 kWh annuels.
Cela représente de l'ordre de 250 € par an au tarif français des heures dites pleines.

En plus des panneaux, il faut ajouter une batterie à environ 3 000 €, soit un total de sensiblement 11 000 €.
Avec ces prix, l'investissement mettrait 45 ans à être rentabilisé !

La présence massive du nucléaire et de l'hydraulique dans la production électrique d'EDF rend l'électricité française très compétitive et donc le solaire et l'éolien difficiles à s'imposer sans subventions.

Toutefois dans de nombreux pays l'électricité est notablement plus chère. Ainsi le kWh est 2 à 4 fois plus coûteux en Californie qu'en France, avec des écarts élevés entre les tranches horaires.

De surcroît, plus un lieu est ensoleillé et proche de l'équateur, plus la production photovoltaïque augmente.
Un panneau implanté en Tunisie ou en Californie délivre annuellement environ un tiers de kWh en plus qu'à Grenoble.
De ce fait, le Powerwall s'amortit dans la Silicon Valley entre 8 et 15 ans, un ordre de grandeur loin d'être stupide.

Les heures pleines au tarif des heures creuses : on y est presque !

Actuellement, mon logement est “tout électrique”. Chauffage, eau chaude, cuisson, électroménager, éclairage et autres usages sont assurés exclusivement par EDF.

Ma consommation annuelle est de l'ordre de 10 000 kWh, dont seulement 40% en heures creuses.
En moyenne, ma famille consomme donc quotidiennement une quinzaine de kWh en heures pleines.

Une, voire même 2 ou 3, batteries de 10 kWh répondraient donc correctement à l'usage d'effacement des heures pleines au profit d'une électricité stockée durant les heures creuses.
Ce faisant j'économiserais de l'ordre de 300 € par an. L'achat d'un Powerwall serait amortie en une douzaine d'années.
Un investissement pas délirant à défaut d'être complètement sexy...

Il y a toutefois un très léger hic. Les batteries lithium-ions utilisées par Tesla sont capables aujourd'hui d'environ 1 000 cycles de charge et décharge.
Avec les performances actuelles, Powerwall serait bon pour la casse entre le tiers et la moitié de sa vie économique. Le site de Tesla est curieusement muet sur ce sujet crucial.

D'ici moins de 10 ans, la situation devrait être nettement plus favorable à Powerwall

Elon Musk prévoit que l'augmentation du nombre de batteries produites et vendues par Tesla permettra de d'abaisser les coûts d'un tiers dans la décennie à venir.
De surcroît, de nombreuses équipes de recherche travaillent sur la chimie du stockage de l'électricité aussi une augmentation du cyclage est raisonnablement envisageable.

Dans le même temps, le photovoltaïque est en pleine ébullition technique et industrielle.
À horizon de 10 ans, une amélioration du rendement d'un facteur 1.5 à 2 et une baisse de coût de fabrication du même ordre sont imaginables, même si ces performances ne sont pas encore acquises.

En supposant que ces percées auront effectivement lieu, vers 2025, l'amortissement d'une installation solaire ou l'effacement des heures creuses s'obtiendrait en environ 8 ans.
Une combinaison des deux usages serait encore plus économique, avec un retour sur investissement autour de 5 à 6 ans.

De plus, les rivières françaises étant déjà presque toutes équipées de barrages et le nucléaire ainsi que les lignes haute tension n'ayant plus très bonne presse, il est très probable qu'EDF va être contraint de relever ses prix, notamment ceux des heures pleines. Toute hausse de tarif accroît mécaniquement l'intérêt de Powerwall.

Ces rentabilités raisonnablement rapides ouvrent la porte à généralisation de Powerwall et de ses concurrents à une échéance rapprochée à l'échelle industrielle. Nous assisterions à la première véritable rupture depuis plus d'un siècle dans la production et l'acheminement de l'électricité.

Les distributeurs traditionnels d'électricité ainsi que les fabricants de matériels gagneraient à intégrer fissa dans leurs stratégies cet avis de tempête.

Tesla - jeune entreprise venue de nulle part - fait clairement le pari de rafler le gros de la mise en créant ce nouveau marché et capitalisant l'expérience acquise auprès des premiers utilisateurs.
Il n'est toutefois pas trop tard - même si le chrono tourne déjà - pour qu'un Microsoft de la batterie décroche un pompon plus gros que celui d'Elon Musk.

Electriquement votre

Post Scriptum du 5 mai 2015
Un fidèle lecteur me fait remarquer qu'actuellement l'électricité photovoltaïque est rachetée en France grâce à des subventions aux particuliers presque au double du tarif des des heures pleines, à environ 0.25 € le kWh.

Je n'ai pas intégré cette valeur majorée dans mon calcul pour trois raisons :
  • Tesla se situe délibérément dans une perspective d'autoproduction énergétique et de moindre dépendance au réseau électrique.
    C'est une des clefs de la simplicité annoncée de Powerwall.
    C'est aussi exactement l'inverse de "l'usine à gaz" du rachat subventionné du photovoltaïque par EDF et de son double comptage.
  • Si le photovoltaïque devient moins coûteux, les subventions disparaîtront.
  • Au tarif actuel subventionné de l'électricité photovoltaïque, le Powerwall s'amortirait en 7 ans.
    Toutefois cette batterie ne servirait à rien puisque EDF est obligé réglementairement de racheter les kWh solaires quelle que soit le moment de leur production.
     
Post Scriptum du 8 mai 2015
Dans une conférence de presse donnée hier, Elon Musk a apporté des précisions intéressantes.
  • Le lancement en fanfare de Powerwall semble réussi puisque les précommandes enregistrées en ligne représentent un an de capacité de production de Tesla.
  • Par contre, en termes de simplicité, Powerwall ne semble pas être au rendez-vous de ces promesses.
    En effet, batteries et cellules photovoltaïques nécessitent de l'électricité dite continue (en anglais DC) alors que nos usages quotidiens sont en électricité alternative (AC).
    Pour passer d'un mode à l'autre, il existe des appareils plaisamment baptisés convertisseurs AC/DC qui transforment le courant alternatif en continu et vice versa.
    Elon Musk a indiqué que Powerwall n'intégrait pas de convertisseur.
    Pour faire fonctionner la batterie, les clients de Tesla doivent donc se procurer un tel engin et réaliser l'installation du système complet.
    La concurrence de Tesla bénéficie donc d'une opportunité gigantesque si elle réussit à développer des combinés batterie-convertisseur "plug and play".
    Les calculs économiques présentés ci-dessus n'intègrent pas le coût du convertisseur AC/DC.
     
Références et compléments
- La page (en anglais) consacrée à Powerwall sur le site de Tesla d'où j'ai extrait l'image de la batterie.

- Le post de blog de Philippe Siberzahn sur le même sujet “Pourquoi la batterie PowerWall de Tesla est vraiment disruptive ?” qui traite ce sujet sous un autre angle, mais avec les mêmes conclusions.

- La précédente chronique “Combien d'énergie contient une pièce de 1 Euro ?”

- Pour les lecteurs n'ayant pas l'immense bonheur d'être abonnés à l'électricité en France, EDF signifie Électricité De France. Cette entreprise étatique, autrefois monopolistique, est le producteur-distributeur historique d'électricité dans l'Hexagone.

vendredi 1 mai 2015

Combien d'énergie contient une pièce de 1 Euro ?

Des siècles, voire des millénaires, d'éclairage à la bougie, de cuisson au bois et de chauffage au charbon ont durablement biaisés notre perception de l'énergie.
Souvent, nous confondons allègrement ce concept, aussi vital qu'impalpable, avec température ou puissance.
Aussi, nous peinons à attribuer une valeur économique à nos consommations énergétiques habituelles.

Afin d'y voir un peu plus clair - sans pour autant dépenser trop d'éclairage - j'ai calculé ce qu'un Euro permet de s'offrir en électricité, eau et gazole.

image Banque Centrale Européenne

  • 11 jours de fonctionnement d'un réfrigérateur-congélateur de 300 litres
  • 10 fournées de lave-vaisselle
  • 20 lessives à 30°C, mais seulement 9 à 60°C
  • 165 litres d'eau chaude domestique, soit une agréable douche de 20 à 30 minutes permettant de cogiter tranquillement une chronique d'ampleur moyenne
  • 65 litres d'eau bouillante
  • L'éclairage durant 2 mois de longues soirées d'hiver avec une ampoule dite économique de 20 watts
  • Trois poulets et demi rotis au four électrique
  • 9 heures de four à micro-ondes, grosso modo 500 bols tièdes de café au lait
  • Un tiers de marathon, soit 14 km, dans une voiture citadine diesel
  • 17 jours de fonctionnement d'un PC de bureau
  • Un an et demi de recharge de smartphone
  • Un petit millier d'expressos italiens sortant serrés et brûlants d'un vrai percolateur tout aussi italien. À ce tarif économique, il devient urgent de refuser le jus de chaussettes américain nettement plus dispendieux !
  • Sensiblement de quoi fabriquer une grosse centaine de pièces de 1 Euro, de l'extraction des minerais à la frappe.
Éco-énergétiquement votre

Références et compléments
- Merci à Benoît de m'avoir soufflé le dernier item de la liste.

- Les références économiques sont celles de mes dernières factures :
  • Électricité en heures creuses : 0.10 Euro / kWh
  • Électricité en heures pleines : 0.15 Euro / kWh
  • Eau : 0.61 Euro / m3
  • Gazole : 1.20 Euro / litre
- Pour les consommations des appareils électroménagers, je me suis référé aux valeurs des modèles les plus vendus sur le site de Darty, en recoupant avec des observations effectuée à mon domicile.

- La citadine diesel est supposée consommer 6 litres de gazole pour 100 km.

- La longue soirée d'hiver dure 5 heures.

- Un poulet et même le demi-poulet se rôtissent au four en une heure et quart. Le bol de café au lait tiédit sensiblement 1 minute dans un four à micro-ondes du meilleur aloi.

- L'ordinateur de bureau possède un écran de 23 pouces et une alimentation de 150 W. Il fonctionne sensiblement 10 heures par jour.

- Un smartphone à la marque fruitée refait le plein en environ en une heure avec un chargeur de 10 W.

- Les calculs n'intègrent ni l'amortissement des appareils, ni les différents consommables.

- Pour faciliter le calcul, la pièce de 1 Euro a été approximée à 80% de cuivre et 20% de Nickel. Les valeurs énergétiques proviennent du site Ecoinfo CNRS et le kilowatt-heure électrique industriel a été shooté à 5 centimes.

- L'image de la pièce de 1 Euro provient du site de la Banque Centrale Européenne

samedi 25 avril 2015

Pourquoi ne pas confier les clefs de la Justice à des industriels ?

Le quartier japonais de Grenoble est injustement méconnu.
Pourtant, les numéros pairs de la rue Pierre Semard abritent un immense bâtiment digne de Tokyo.
À l'instar des bureaux nippons, beaucoup de fenêtres de ce building sont plaisamment décorées par des piles de papiers et de dossiers que le passant peut admirer à loisir. Ce spectacle de feuilles prenant nonchalamment le soleil de fin d'après-midi serait pittoresque s'il n'était financé par nos impôts.

En effet, ce splendide édifice de verre et de béton n'est autre que le Palais de Justice de la capitale des Alpes et la paperasse visible au dehors un petit échantillon des procédures en cours.
À l'heure où nous gérons notre compte en banque en ligne, où la prise en charge par l'assurance de la réparation d'une voiture gravement accidentée ne requiert ni formulaire, ni signature et où même le percepteur tient boutique sur internet, la basoche reste désespérément accro à la cellulose.

Malgré les reflets, les dossiers apparaissent derrière les fenêtres du Palais de Justice de Grenoble
Cette déforestation pénale ne serait qu'un péché véniel si elle n'était le symbole d'une justice de la vie courante totalement enlisée.
Un litige de permis de construire ou les conflits entre locataires et propriétaires mettent plusieurs mois, voire années, à être tranchés.
Quant aux procédures de divorce, elles laissent largement le temps aux futurs ex-conjoints de recomposer plusieurs fois leurs cellules familiales.

Magistrats et, parfois même, avocats se disent totalement débordés.
Or, paradoxalement, ils ne consacrent à chacun de ces dossiers que quelques heures à quelques jours cumulés de travail.

L'on retrouve ici un phénomène connu et analysé dans l'industrie depuis la seconde guerre mondiale. Les organisations peu efficientes ont généralement un "temps de traversée" très notablement supérieur au "temps ouvré".

Les piles de papier derrière les fenêtres du Palais de Justice de Grenoble
Le temps de traversée est la durée que met un objet - matériel ou immatériel - à être traité par un système.
Par exemple, dans une usine produisant des pièces en plastique, le temps de traversée sépare le moment où la matière première est livrée de celui où les produits finis sont expédiés.

Le temps ouvré est la somme des temps où de la valeur a été ajoutée à l'objet.
Dans notre illustration, le temps ouvré regroupe la fabrication sur une presse à injection, l'emballage, l'étiquetage, les différentes manutentions ainsi que les contrôles indispensables.

La différence entre temps de traversée et temps ouvré est constituée de périodes où la valeur de l'objet ne progresse pas, voire régresse : attentes, réparations et reprises, actions mal synchronisées car trop précoces ou trop tardives ou encore documentations et contrôles inutiles.

L'école de pensée dite du “lean manufacturing” - littéralement fabrication maigre, à ne pas confondre avec la production d'aliments “light” - se propose d'améliorer l'organisation des ateliers et, plus généralement, des entreprises.
Elle s'inspire des méthodes de production de Toyota, elles-mêmes mêmes hérités des pratiques mises au point au USA dans les années 1940 pour produire massivement des armements.

Le lean manufacturing consiste à repenser toute l'organisation pour une plus grande productivité, notamment en se donnant pour objectif de rendre le temps de traversée proche du temps ouvré.
De tels résultats s'obtiennent en repensant et en restructurant du sol au plafond toutes les opérations et non en accroissant les cadences de travail.
Ces dernières années, des magasins d'optique qui proposent de réaliser vos lunettes en 1 heure chrono ont popularisé auprès du grand public ces démarches jusqu'alors cantonnées aux ateliers, mais aussi aux bureaux, de l'industrie.

Une vraie réforme ambitieuse de la Justice menée par un ministre courageux et compétent cesserait de bricoler pour la énième fois l'arsenal pénal et de réclamer, en vain, une hausse budgétaire conséquente.
Au contraire, elle consisterait à mener une analyse lean fouillée des processus judiciaires et de s'acharner à rétrécir les temps de traversée. Quitte, si besoin, à se confronter aux conservatismes et corporatismes ambiants.

Il n'y a aucune raison qu'une séparation matrimoniale ou un conflit du travail ne puissent être jugés en une à deux semaines grand maximum, tout en respectant la loi et les droits de la défense.
Ce faisant, outre un bien meilleur service pour les citoyens et une dépense rationnelle d'argent public, les acteurs judiciaires, magistrats et avocats en tête, gagneraient aussi en sérénité et en reconnaissance publique.

Leaniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique japonaise “Tiens, voilà du muda !” ainsi que d'autres billets évoquant le lean manufacturing.
- Les 2 photos ont été prises par l'auteur le 20 avril 2015 aux alentours de 17 heures, devant le Palais de Justice, rue Pierre Semard à Grenoble.

dimanche 19 avril 2015

Que vaut vraiment le Big Data ? J'ai testé l'analyse de personnalité d'IBM Watson

À ma très courte honte, je dois confesser que, jusqu'alors, je n'étais guère convaincu par l'efficacité du “Big Data” pourtant vantée simultanément par de nombreux promoteurs et détracteurs.
À ce jour, les publicités ciblées sur internet sont affligeantes et la débauche de moyens déployée par la NSA et ses consorts fait un flop dans la lutte contre le terrorisme.

Toutefois, un petit test effectué cette semaine a commencé à modifier ma position.
J'ai essayé le service “Personality Insights” - littéralement aperçus de personnalité - d'IBM.

Cette application, basée sur le programme d'intelligence artificielle Watson de la firme d'Armonk, se propose d'obtenir les grandes lignes du caractère de quelqu'un à partir d'un texte écrit par lui.
Pour ce faire, il suffit d'envoyer quelques centaines ou milliers de mots au service qui retourne l'évaluation de 49 traits de personnalité ainsi qu'un portrait psychologique d'une huitaine de lignes.

Malheureusement, ce programme ne fonctionne actuellement qu'en anglais.
Aussi, pour mon essai, je lui ai soumis la version dans la langue de Bill Gates de la page sur l'innovation et l'agilité de mon site web personnel.
J'ai ensuite montré le résultat à une quinzaine de membres de mon entourage personnel et professionnel, sans révéler comment j'avais obtenu cette description de mon moi profond.
Tous, sans exception, ont estimé que mon portrait se situait dans un éventail allant d'assez concordant à très concordant.
Aucun n'a jugé que le copain virtuel de Sherlock Holmes était à coté de la plaque.

Soucieux d'accroître la statistique, j'ai ensuite donné à disséquer au logiciel d'IBM des compilations de mails professionnels rédigés par des collègues nativement anglophones.
Les résultats ont été du même acabit. Les portraits tirés par Watson sont grosso modo en phase avec ma perception des mes cobayes involontaires.

IBM explique sur son site que “Personality Insights” n'est pas un élémentaire exercice de divination mais repose sur des recherches très sérieuses en psycho-linguistique.
Pour faire simple, les mots que nous employons, même lorsque nous traitons de sujets arides ou très spécialisés, diffèrent en fonction de notre caractère et notre personnalité.
Les développeurs de Watson lui ont fait ingurgiter de nombreuses études expérimentales sur ce thème afin qu'en disséquant un texte, il puisse lever le voile sur son auteur.

Si la démonstration en ligne que j'ai utilisée est gratuite, “Personality Insights” est proposé de manière payante aux créateurs d'applications informatiques pour qu'ils l'incorporent dans leurs futurs produits.
IBM suggère de nombreuses utilisations, dont certaines soulèvent des interrogations éthiques et politiques.

Au rayon inoffensif, le marketing arrive en bonne place.
Par exemple, une chaîne de magasins pourrait proposer à ses clients de s'inscrire sur son site web à l'aide de leur compte Twitter ou Facebook.
Il serait ensuite aisé de récupérer les billets postés sur ces réseaux sociaux, de demander à ce cher Watson d'en déduire la personnalité de l'utilisateur et d'adapter en conséquence messages commerciaux et promotions.
En quelque sorte, l'automatisation et la systématisation de ce que tout bon vendeur réalise intuitivement en face à face.

Les usages en ressources humaines sont plus problématiques.
Watson pourrait scanner CV et lettres de motivation afin d'éliminer les candidats aux penchants non souhaités par le recruteur.
De même, ce docte programme pourrait, en analysant les écrits professionnels d'une personne, renseigner son manager sur sa psychologie.

Étonnamment, IBM conseille aussi un usage inverse.
“Personality Insights” pourrait m'aider à rédiger des textes laissant apparaître un profil psychologique particulier, différent du mien et sensé complaire à mes correspondants.
IBM va encore plus loin que Conan Doyle en imaginant que Watson puisse duper Watson, sans l'aide de Sherlock.

D'autres applications sont envisageables où le pire peut voisiner le meilleur.
Un professeur pourrait donner les copies de ses élèves à digérer à Watson afin de recueillir des suggestions pour mieux adapter et personnaliser son enseignement.
Cette technologie possède aussi un vrai potentiel de surveillance policière, voire politique, par le ciblage d'individus à la personnalité favorisant des comportements jugés déviants ou dangereux.
Orwell se cacherait-il derrière Watson ?

Élémentairement votre

Références et compléments
- Tous mes remerciements aux acteurs plus ou moins volontaires de cette expérimentation.

- Voir aussi les chroniques


- Pour en savoir plus sur IBM Watson et “Personality Insights”


- La page sur l'innovation et l'agilité de mon site web personnel utilisée pour tester Watson.

- À mon très grand regret, le programme Watson ne tire pas son nom du docteur John Watson, personnage imaginaire des romans policiers d'Arthur Conan Doyle, assistant de Sherlock Holmes, mais de l'industriel bien réel Thomas Watson, fondateur d'IBM.

lundi 6 avril 2015

Copinages, concubinages, compagnonnages - Petit lexique du couple

La défiance des français pour les institutions est devenue si forte que beaucoup d'entre nous n'éprouvent plus le besoin de comparaître devant Monsieur le Maire et Monsieur le Curé pour officialiser, à la ville et au monde, leur union.
Tout au plus, certains consentent à se présenter subrepticement à un greffier de tribunal d'instance pour enregistrer leur pacte civil de solidarité, mieux connu sous son acronyme PACS.

Ces changements sociologiques profonds ont des conséquences lexicales insoupçonnées.

Personne ne parle plus de concubinage.
Ce terme vieillot a notoirement succombé à ses connotations péjoratives. Qui oserait encore désigner l'homme ou la femme de sa vie (de couple, du moment) avec les termes concubins et concubines ?

Malgré l'évocatrice expression camarade de jeux et une origine commune avec le mot chambre, le et la camarade sont partis avec le Mur de Berlin et l'URSS peupler les poubelles de l'Histoire.
Dommage, car ce terme, invariable quel que soit le genre, est porteur d'une symétrie homme-femme très moderne.

Pour sa part, connaissance, vieilli et biblique, a subi les lents et irrémédiables déclins de la noblesse française et de l'imparfait du subjonctif.

Conjoint, très juridique, est réservé à certains formulaires ou actes administratifs où, manque de place et politiquement correct aidant, ce vocable a le bon goût d'afficher une neutralité du meilleur aloi.
Son féminin, conjointe, peine à se faire une place en dehors des analyses statistiques et du Scrabble.

Le PACS n'a pacs suscité d'autres néologismes que lui-même et l'hideux verbe se pacser.
Pourtant, mutualiser gîte, couvert et couche avec une pacsette, une pacssoire, un pacssif ou un pacssant constitue un palpitant objectif de vie.

Les jeunes couples allergiques aux greffiers de tribunaux d'instance optent résolument pour les termes copain et copine précédés d'un déterminant possessif.
Manifestement, l'intimité avec sa copine est plus prononcée qu'avec une copine quelconque.
Le terme copain est issu du latin cum panis, celui avec qui l'on partage le pain. Par voie de conséquences, je me suis toujours interrogé sur l'étymologie du mot copine, surtout si cette dernière est employée par un centre équestre.

Ami et amie, bien que toujours usités, tendent à revenir vers leur acception originelle et platonique.
Petit ami et petite amie sont franchement ringards. Bonne amie, définitivement datée, s'enfonce dans la désuétude.
Ces appellations métaphoriques s'avèrent trop fleur bleue pour notre époque décomplexée.

Le seul intérêt des termes amant et amante est de garantir un coup de vieux.
Évoquer son amant ou son amante vous inscrit d'office au fan club d'Honoré de Balzac ou de Stendahl.
Ces deux vocables sont désormais réservés aux échange strictement horizontaux et inavoués, donc inavouables.
Maîtresse les a précédé dans le magasin des accessoires hors d'usage.

Au fil de la vie, le copinage fait place au compagnonnage. L'âge aidant, la copine devient compagne et le copain compagnon.
Étrangement, la compagnonne ne fait pacs recette. Serait-ce parce que la gent masculine préfère ses partenaires en pagne plutôt que lionnes ?
Dans mon entourage, aucune paire notoire ayant franchi le cap de la quarantaine n'utilise plus les expressions mon copain et ma copine.
Toutefois, même si cette séparation sémantique est nette, je n'ai pacs réussi à déterminer la date de péremption de copine.
Y aurait-il, un jour précis, une cérémonie initiatique, dans l'intimité de l'alcôve, durant laquelle la femme se débarrasserait de ses oripeaux usés de copine en un strip-tease torride pendant que son concubin revêtirait une parure neuve et seyante de compagnon ?
N'ayant pacs eu l'opportunité de pratiquer personnellement cette transformation, j'apprécierais que les lecteurs éclairent ma lanterne sur ce point.

Les couples mariés compensent leurs chaînes légales, et parfois religieuses, par une richesse lexicale sans égale. L'ancienneté et le prestige du statut matrimonial officiel confère de menus privilèges qu'il convient de savoir savourer.
Les termes mari, époux, femme, ou épouse, avec ou sans déterminant possessif, sont parfaitement interchangeables.
Fort heureusement, les vocables légitime et bourgeoise n'ont plus cours pour caractériser la moitié du marié.
Néanmoins, dernier reste de machisme ancestral, trop peu d'épouses appellent leur conjoint mon homme.

Copinement votre

Chronique rédigée le lundi de PACS

samedi 4 avril 2015

L'utopie marxiste enfin à portée de main

Au lieu du mot d'ordre conservateur “un salaire équitable pour une journée de travail équitable”, les ouvriers doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire “abolition du salariat”.
Karl Marx - 1847
Le capitalisme libéral est étrangement ironique.
Non content d'être devenu le système économique et social planétaire, il est en passe de réaliser les utopies des marxistes, ses plus grands pourfendeurs.

Les fonds dits de pension - pension funds, initialement anglo-saxons, désormais largement mondiaux - sont aujourd'hui les plus importants propriétaires d'entreprises.
Ces structures financières sont alimentées par les cotisations de leurs adhérents titulaires d'un emploi.
Avec cet apport d'argent, elles acquièrent des actions et autres actifs qu'elles cherchent à faire prospérer.
Les plus-values, intérêts et dividendes sont employés pour payer la retraite des membres ayant cessé leur activité professionnelle.
Beaucoup de ces fonds sont dirigés par des représentants, souvent syndicalistes, des salariés dont ils préparent la retraite.
Ainsi, par exemple, CalSTRS, le fond des fonctionnaires de l'enseignement de l'état de Californie - sorte de MGEN américaine - gère, pour le compte de ses 800 000 adhérents, 200 milliards de dollars d'investissements répartis dans le monde entier. L'équivalent d'un petit mois d'activité économique de toute la France.
Ainsi, ces sympathiques instituteurs et institutrices, bronzés et syndiqués, possèdent, au sens strict, des parts non négligeables d'Apple, Google, BMW et Samsung mais aussi d'Alstom, l'Air Liquide, BNP, Carrefour, Dasssault, Orange, Schneider Electric, TF1, Vivendi, j'en passe et des meilleures.
Grâce aux fonds de pension, "l'appropriation collective des moyens de production", chère aux regrettés Karl Marx et Vladimir Illitch Oulianov alias Lénine, est en marche !

L'autre grand rêve marxiste était l'abolition du salariat.
Là encore, les deux plus grandes aventures capitalistes de l'histoire, les industrie des semi-conducteurs et du logiciel s'emploient à envoyer au tapis “l'asservissement général qu'implique le régime du salariat” que Tonton Karl fustigeait.
L'ubérisation - néologisme dérivé de la marque Uber, célèbre pour ses taxis qui n'en sont pas - remplace les employés d'entreprises aisément identifiables par un tissus d'auto-entrepeneurs branchés sur des réseaux.

Prolétaires de tous les pays, connectez-vous !

[Groucho] marxistement 2.0 votre

Références et compléments
- Au sujet de la fin du salariat, je recommande la lecture de l'article de Jean-Marc Vittori dans les Échos.
- Les différents actifs de CalSTRS peuvent être consultés ici.
- Cette chronique est due aux suggestions insistantes de Jean pour j'écrive un billet sur un sujet totalement différent.

dimanche 29 mars 2015

Combien de gaulois entravent le rosbif ?

Depuis les attentats à Paris en janvier dernier, politiciens en panne d'idées et experts autoproclamés nous rebattent, à nouveau, les oreilles avec l'établissement de statistiques ethniques en France.

Il est pourtant un domaine voisin, les pratiques linguistiques, qu'il est possible et légal de mesurer aisément.
Or, après avoir longuement fourragé dans Google, à ma grande surprise, il n'existe pratiquement aucun chiffre fiable sur les langues employées en France, au travail, dans la vie sociale ou en famille.

Pourtant, capter et parler d'autres jargons que le sien est un immense avantage.
Économique tout d’abord, dans toute exportation ou importation, l'échange linguistique précède toujours l'échange commercial et monétaire.
Humain ensuite, comprendre les autres est une bonne manière de ne pas les craindre.

Fidèle aux habitudes de ce blog, je suis parti à la recherche des chiffres manquants.

La seule enquête un peu fouillée que j’ai réussi à dégotter concerne exclusivement la pratique de l’anglais chez les cadres.
Réalisée conjointement par un site d’offres d'emploi en ligne et un organisme de formation … à la langue de Bill Gates, sa méthode laisse à désirer. Néanmoins, il nous faut faire contre mauvaise fortune bon coeur car il s'agit de la seule base disponible.

J'ai étendu ces données, en faisant l'hypothèse optimiste que l'idiome d’Henry Ford était légèrement, mais pas drastiquement, moins utilisé et donc maîtrisé dans les autres catégories professionnelles.

Les résultats obtenus sont accablants.
Plus de 8 compatriotes de Molière sur 10 peinent avec Shakespeare.
Estimation de la pratique de l'anglais en France
Environ deux tiers des français sont coupés du monde anglophone. Un gros quart baragouine.
Seulement 1 sur 7 réussit à converser et écrire dans la langue mondiale.

Amis politiciens et électeurs, en ce jour de vote, il y a peut-être des préoccupations plus essentielles pour faire repartir la France d'un bon pied que la présence de porc dans les cantines scolaires et le régime légal de la prostitution ...

Anglophoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi "My tailor writes a mail - Anglais international tous terrains".
- Les chiffres présentés ont été déterminés par mes soins à partir d'une enquête linguistique réalisée début 2015 par Cadremploi et 1to1English et des statistiques socio-profesionnelles de l'INSEE.
 

mercredi 25 mars 2015

10 questions pour résister au marketing téléphonique et s'amuser à clore le bec aux importuns

Il ne se passe plus de semaine sans que je reçoive plusieurs appels téléphoniques aussi intempestifs que publicitaires.

Des correspondants aux accents variés interrompent occupations domestiques et rédaction de chroniques pour, à les croire, améliorer mon bien-être énergétique et immobilier.
Soi-disant mandatés par Électricité De France ou le Ministère de l'Écologie, ils terminent toujours leur baratin introductif par la même question rituelle “êtes-vous bien propriétaire d'une maison individuelle dans la commune de Meylan ?”.

Tout bon psychologue comportemental explique qu'avoir la faiblesse de répondre à cette injonction, fait mettre le doigt dans un engrenage pouvant conduire tout droit au diagnostic thermique générateur de refroidissement de compte en banque.
À ce stade, le psychologue comportemental cède alors le pas au jésuite qui, fort de sa sagesse ancestrale, conseille de contrer cette interrogation par une autre question.

Soucieux de la tranquillité d'esprit et des finances des lecteurs de ce blog, je vous propose dix réparties prêtes à l'emploi pour clore le bec à cette forme de harcèlement qu'est le marketing téléphonique non sollicité.

Êtes-vous bien propriétaire d'une maison individuelle dans la commune de Meylan ?
  • 0) Et vous ?
     
  • 1) Ai-je l'honneur et le privilège de communiquer avec un agent de la police ou de la gendarmerie nationale ou encore de l'administration fiscale ?
    Je ne délivre ce type d'information qu'à ces représentants du pouvoir régalien de l'état, à la condition expresse qu'il soient mandatés par une réquisition judiciaire en bonne et due forme.
     
  • 2) Aimez-vous Brahms ?
     
  • 3) Vous tombez à pic, j'allais vous justement vous appeler.
    Je commercialise d'excellents poêles à mazout dont les gaz de combustion possèdent des teneurs minimales en CO2, oxydes d'azote et particules fines garanties.
    Seriez-vous intéressé(e) ?
     
  • 4) May you rather speak in English? I don't understand French very well.
    [Utiliser indifféremment l'accent de la Reine, de Yasser Arafat, de Gandhi ou des Tontons Flingueurs]
     
  • 5) Quand je lis la réglementation, je suis perplexe.
    Agissez-vous en vertu du décret 2012-111 du 27 janvier 2012 relatif à l'obligation de réalisation d'un audit énergétique pour les bâtiments à usage principal d'habitation ou bien plutôt du décret 2012-1342 du 3 décembre 2012 relatif aux diagnostics de performance énergétique pour les bâtiments équipés d'une installation collective de chauffage ou de refroidissement ?
     
  • 6) Je crains de n'avoir guère compris le sens de votre interrogation.
    Pourriez-vous avoir l'obligeance, s'il vous plaît, de réitérer votre question ?
    [Enchaîner plusieurs fois cette répartie]
     
  • 7) Peut-on être différent de soi-même ?
    Peut-on avoir des pensées qui ne sont pas les nôtres ?
     
  • 8) Connaissez-vous l'article 222-33-2-2 du code pénal qui stipule - je cite de mémoire - que “le fait de harceler une personne par des propos ou comportements (...) est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende” ?
     
  • 9) Comment est votre blanquette ?
Je suggère d'avoir toujours à portée de téléphone une copie de cette liste. Une manière plaisante de s'en servir consiste à utiliser la répartie dont le numéro coïncide avec le dernier chiffre de la date du jour.

Téléphoniquement votre

Références et compléments
- “Aimez vous Brahms ?” est du à Françoise Sagan, “Comment est votre blanquette ?” à OSS 117.
- Les références et extraits des textes légaux et réglementaires sont strictement exacts et proviennent du site Légifrance.

mercredi 18 mars 2015

Nouveau plaidoyer pour la Tunisie de toujours

Une fois de plus, une fois de trop, ma patrie de coeur, la Tunisie, est endeuillée par un attentat terroriste.
Au moment où j'écris ces lignes, au moins 19 morts sont à déplorer.
Depuis 2012, j'ai le sentiment de bégayer et de réécrire plusieurs fois la même chronique.

Bégayer c'est exprimer, une fois de plus, une fois de trop, compassion et condoléances pour les victimes et leurs familles.

Bégayer, c'est souligner, une fois de plus, une fois de trop, le vide abyssal de la pensée des terroristes.
Tirer lâchement sur des personnes sans défense, dans un lieu triplement symbolique - ancien palais beylical, siège du parlement démocratiquement élu et musée national - démontre l'incapacité pathologique des barbares à poil long à construire une argumentation.

Bégayer, c'est relever, une fois de plus, une fois de trop,  qu'en plus des 19 victimes et de la quarantaine de blessés par balles, il y a aussi 12 millions de blessés par ricochet.
Qu'un petit pays - la Tunisie de toujours - réussisse tant bien que mal son développement économique et sa transition démocratique, qu'il soit fier de ses racines diverses et, surtout, qu'il continue de cultiver, envers et contre tout, son sens de l'accueil est probablement insupportable quand on a le front bas et les idées courtes.

Bégayer, c'est rappeler, une fois de plus, une fois de trop, que l'immense majorité des tunisiens que j'ai plaisir, et même fierté, à fréquenter depuis plus de 35 ans n'ont rien en commun avec les assaillants du Bardo.
Ces tristes événements ne doivent pas nous conduire à modifier notre point de vue et nos dispositions vis à vis de la Tunisie. Le faire serait procurer une victoire trop facile aux assassins du musée.

Bégayer, c'est affirmer, une fois de plus, mais pas une fois de trop, que des brutes sanguinaires peuvent nous heurter et nous toucher mais, que malgré notre tristesse et leurs sinistres efforts, ils ne réussiront pas à nous faire changer d'avis et de valeurs.

Plus que jamais tunisiquement votre !

#JesuisTunis
#JesuisCharlie
Tahia Tounes !
No pasaran



Références et compléments
Voir aussi :
- mon premier plaidoyer de 2012 pour la Tunisie de toujours
- "Ich bin ein Tunisier" de 2013

mardi 17 mars 2015

Les 30 glorieuses étaient-elles si glorieuses ?

Pour sortir de la mouise dans laquelle nous pataugeons, d'excellents esprits - l'impayable Eric Zemmour en tête - nous suggèrent de ressusciter les années 1960.
Je vous propose, fidèle aux traditions de ce blog, d'examiner cela de plus près.

Forte croissance et plein emploi

Les “30 glorieuses” - grosso modo de 1955 à 1975 - furent le siège d'une activité économique florissante.
La France et l'ouest de l'Europe, abondamment financés par les États-Unis, s'échinaient à se reconstruire puis à rattraper leurs libérateurs et modèles.
Chaque année, la richesse nationale française augmentait de 5% à 8%. Actuellement, nous sablons le champagne quand cet indicateur dépasse péniblement 1%.
Seul, 1 français sur 50 souhaitant travailler était au chômage, contre 1 sur 10 désormais.

Des frontières économiques ouvertes

Les traités de libre échange de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) en 1952 puis de Rome en 1957 ont fait tomber les barrières douanières à l'ouest de l'Europe.
La constitution d'un vaste espace économique a procuré un grand coup de doping à une activité déjà soutenue.

Une époque calme

Les sixties n'étaient guère criminelles. Annuellement, 1 personne sur 75 était victime d'une agression, d'un vol ou d'un délit déclarés aux forces de l'ordre.
Ce ratio s'est dégradé à partir du début des années 1970. De 1980 à 2000, il a même atteint des pics à 1 personne sur 15.
Depuis une petite dizaine d'années, le taux de criminalité s'est stabilisé. Environ un français sur 20 est touché chaque année par la délinquance.

Un monde dangereux avec deux blocs face à face

La fin de la seconde guerre mondiale a accouché de deux superpuissances, USA et URSS, qui, rapidement, divisèrent l'Europe en deux zones d'influence séparées par l'imperméable rideau de fer.
Le dispendieux équilibre de la terreur nucléaire a, petit à petit, transformée la guerre froide en paix aussi peu chaleureuse.
Jusqu'au milieu des années 1970, le risque de conflit est resté maximal. Des milliers de chars, prêts à se fracasser, se faisaient face dans les plaines d'Europe centrale. La sympathique Armée Rouge n'était, comme le disait Charles de Gaulle, qu'à une étape du Tour de France de l'Alsace.
Le reste de la planète, qualifié de tiers monde, était sommé de s'aligner sur l'un ou l'autre camp et peinait à se développer.

Service militaire obligatoire et risque de guerre

La confrontation est-ouest reposait sur des appareils militaires pléthoriques nourris par la conscription.
La France, après avoir sacrifié sa jeunesse dans deux conflits mondiaux, n'a pas su lâcher assez vite son empire colonial. De 1954 à 1962, les appelés du contingent se sont battus et sont morts pour rien en Algérie.
Leurs successeurs, dont une part importante était stationnée en Allemagne, étaient incorporés dans des unités dont la mission était d'arrêter les forces soviétiques.

Forte immigration

Durant la décennie 1960, le nombre d'étrangers venant s'installer dans notre bel Hexagone était sensiblement identique à aujourd'hui, 200 000 chaque année.
Toutefois, la population totale était moindre, 45 millions de français contre 65 actuellement.
Aussi le taux d'immigration annuel était de sensiblement 1 pour 200, alors qu'il a diminué à 1 pour 325.

Les hommes aux hauts fourneaux, les femmes à la cuisine

L'éventail des emplois était largement peu qualifié.
Vers 1960, 1 actif sur 4 était toujours paysan, moins de 3% désormais.
1 sur 3 était ouvrier, principalement en usine, souvent avec des conditions de travail très physiques et des horaires autour de 45 heures hebdomadaires. Aujourd'hui, les ouvriers ne représentent plus qu'un actif sur 5, employés surtout dans l'artisanat et la logistique. Les usines ne font plus travailler directement qu'un français sur 20.
Enfin, 4 personnes sur 10 oeuvraient dans les services, avec des paies maigrichonnes. Ce secteur occupe désormais presque 85% d'entre nous.
À peine 1 personne sur 10 exerçait un métier requérant des études supérieures, 60% maintenant.
Grandes absentes des usines, moins de 4 femmes sur 10 avaient une activité hors de leur domicile, à comparer aux 85% actuels.

Baby boom

Cause ou conséquence, difficile à dire, mais le faible taux d'emploi des femmes s'accompagnait d'une très forte fertilité.
La natalité était presque une fois et demie plus dynamique qu'actuellement : 2.85 enfants par femme en 1960, 2 désormais.
Parallèlement, notre espérance de vie a gagné 11 ans, 82 ans contre 71.

Des mœurs surannées

Les libertés privées ou sexuelles et l'égalité entre hommes et femmes ont mis beaucoup de temps à s'imposer au niveau législatif :
  • Suppression de l'autorisation de l'époux pour permettre à une femme mariée de travailler ou d'ouvrir un compte en banque : 1965
  • Légalisation de la contraception : 1967
  • Suppression de la notion de chef de famille : 1970
  • Légalisation de l'avortement : 1974
  • Divorce par consentement mutuel : 1975
  • Dépénalisation de l'adultère : 1975
  • Dépénalisation de l'homosexualité : 1981
  • Gestion commune du foyer par les deux époux : 1985
Conséquence, il y avait annuellement, lors de la décennie 1960, 7 à 8 mariages pour 1 000 personnes. Ce ratio a chuté à moins de 4, malgré la forte augmentation des divorces qui, pourtant, mécaniquement, favorisent les remariages.

Rareté de l'information

Bien évidemment dans les sixties et seventies, il n'y avait ni internet, ni téléphone portable.
Un proverbe disait même que la moitié de la France attendait le téléphone et l'autre moitié la tonalité. En 1970, à l'issue d'un effort national, le ministre des “PTT” se vantait d'avoir atteint 10 millions d'abonnés au téléphone, fixe et hors de prix.
La première chaîne de télévision, en noir et blanc et aux mains exclusives de l'état, a vu le jour en 1949. Il faudra toutefois attendre la fin des années 1950 pour que sa couverture et son audience décollent.
La seconde chaîne de télévision est née en 1964. Son passage à la couleur débuta en 1967.
Le paysage radiophonique était nettement plus diversifié.
Les trois radios publiques - France Inter, France Culture, France Musique - faisaient face à une forte concurrence. Trois stations dites périphériques - elles émettaient hors de France pour échapper au monopole - bousculaient les voix officielles de l'état gaulliste.
Ces rebelles, dont le son grésillant ne pouvait être capté qu'en “grandes ondes”, étaient Radio Luxembourg devenue RTL, Europe n°1 qui diffusait depuis la Sarre et Radio Monte-Carlo, inaudible au nord de la Loire.

L'histoire, telle une médaille, possède deux faces, difficiles à séparer.

Glorieusement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Généalogie de la croissance - L'histoire familiale raconte l'économie et la démographie"
- L'évolution du taux de criminalité provient du blog Actualitix
- Les "30 glorieuses" est une expression due à Jean Fourastié