lundi 18 août 2014

Les annonces automobiles en Tunisie dernier refuge du surréalisme

André Breton, Salvador Dali, Raymond Queneau, Jacques Prévert et quelques autres surréalistes, nous ont prématurément quitté.
Fort heureusement, ils ont laissé des successeurs qui, chaque jour, rédigent des petites annonces de vente de voitures d'occasion en Tunisie.

Jugez sur pièces garanties d’origine.
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  • Avec GPS 6 vitesses
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  • En parfait état tout les barebrises sont d'origine
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Les deux dernières devraient, respectivement, faire plaisir au Père Fouras et au regretté Farhat Hached.

Occasionnellement votre

Références et compléments
- Les textes reproduits dans cette chronique sont certifiés authentiques. Ils proviennent du site tunisien d'annonces en ligne tayara.tn.
L'orthographe et la typographie sont de 1ère main.
- Articles Wikipedia sur l'émission de télévision Fort Boyard et sur Farhat Hached tué peu avant l'indépendance tunisienne par l'organisation terroriste Main Rouge
- Zarsis est une localité du sud de la Tunisie non loin de Djerba où les températures sont rarement scandinaves.

dimanche 17 août 2014

La route, l'autre terrorisme en Tunisie

Depuis 25 ans, je circule en voiture en Tunisie.
Si le pays du jasmin n'a jamais été un modèle d'organisation automobile, ces dernières années, les routes sont passées de folkloriques à inquiétantes.

Effet de l'élévation du niveau de vie, le parc automobile tunisien a plus que triplé en un quart de siècle.
Malheureusement, l'hécatombe routière a augmenté encore plus et atteint 4 morts journaliers, 1 500 par an.
En 8 jours seulement, les victimes de la circulation dépassent celles des sinistres salafistes du mont Chaambi.

Ramené à un nombre équivalent de véhicules, ce triste score est 10 fois plus élevé qu'en France.
Si les habitants de l'Hexagone conduisaient comme ceux du l'antique Carthage, 40 000, et non 4 000, décès routiers seraient annuellement à déplorer au pays de Louis Renault.

Il n'y a aucune fatalité dans cette épidémie.
De trop nombreux conducteurs tunisiens - véritables kamikazes routiers - ont décidé de terroriser leurs concitoyens par la pratique délibérée de l'homicide et des blessures volontaires.
La prudence la plus élémentaire - ne parlons pas du code de la route - est méprisée par une large fraction des automobilistes. Vitesses excessives, dépassements sans visibilité, non respect des distances de sécurité et positionnements approximatifs sur la route sont monnaie courante.

Bien évidemment, le terroriste du volant ainsi que ses passagers ont leur petite fierté.
Ils ne consentent qu'exceptionnellement à boucler leur ceinture de sécurité ou à se couvrir d'un casque. Ces accessoires futiles sont juste bons pour les pleutres.

La brutalité automobile est majoritairement acceptée et n'est l'objet d'aucune réelle réprobation sociale.
Les forces de l'ordre - peu motivées pour lutter contre la guérilla routière - ne font même pas semblant de vouloir endiguer le phénomène. Elles pourraient y perdre le peu de popularité qu'il leur reste.
Les policiers et gardes nationaux, postés de façon statique au bord des routes, aux mêmes points depuis plusieurs décennies, regardent, blasés, passer le flot des véhicules.
Tout automobiliste qui consent à rouler au pas à la vue d'une casquette, est de facto autorisé à écraser le champignon partout ailleurs.

Cette barbarie intentionnelle, fruit de l'ignorance et de l'irresponsabilité, est délétère.
Cet été, j'ai été le témoin d'un accident à chaque aller-retour effectué entre Kelibia et Tunis (200 km).
À ce rythme, chaque famille tunisienne aura le sombre privilège de compter au moins un martyr dans ses rangs.
Jusqu'à quand la société supportera ce massacre sans réagir ?

Tuniso-tristement votre

Références et compléments
- La Tunisie, comme n’importe quel pays, ne possède pas que des cotés sombres, loin de là.
Pour contrebalancer cette chronique négative, je suggère la lecture du billet "Petit rayon de soleil en Tunisie".

- D'après Wikipedia, les barbares à poil long retranchés dans le mont Chaambi seraient, à ce jour, responsables de 33 morts parmi les civils et les forces de sécurité.

samedi 16 août 2014

L'islamisme ne vient pas du sous-développement

Les sociétés arabes sont le siège depuis une quarantaine d'années de la montée d'une religiosité aux rites rigoureux et aux pratiques normées dans les moindre détails.
Voiles et barbes en sont les éléments les plus saillants vus d'Europe, mais peut-être pas les plus significatifs.
Ces manières ostensibles et peu flexibles de pratiquer la foi islamique sont, usuellement et par facilité, nommées intégrisme ou islamisme.
En Tunisie, par exemple, cette dévotion voyante, anecdotique dans les années 1980, est aujourd'hui devenue majoritaire.

Les explications usuelles ne rendent pas compte de la réalité de l'islamisme
Couramment, la montée de l'intégrisme musulman est attribuée à trois causes principales : accroissement du sentiment religieux, propagande assourdissante d'imams survitaminés et sous-développement.
Aucune de ces origines supposées ne résiste à l'analyse.

La croyance en Dieu n'est pas plus forte actuellement dans les pays dits musulmans qu'il y a 50 ou 100 ans.
Au contraire, même si très peu ont le courage de le confesser publiquement, il existe désormais une faible minorité d'agnostiques et d'athées qui était quasi-inexistante à l'orée du vingtième siècle.

Les religions, perpétuellement soucieuses de leur expansion, ont toujours fait de la propagande. C'est une des missions principales du clergé. Si prosélytisme et endoctrinement étaient efficaces alors le monde serait confit en dévotion depuis la nuit des temps.
Les publicitaires expliquent d'ailleurs qu'une opération de promotion ne peut être efficace qu'auprès de personnes préalablement réceptives. La prédication intégriste rencontre effectivement un grand succès, mais exclusivement auprès de fidèles prêts à l'entendre.

L'islamisme n'est pas non plus le fruit du faible développement économique.
En Tunisie, par exemple, depuis 1980, le PIB moyen par habitant a doublé. Même si les inégalités sont criantes, elles ne le sont pas plus qu'il y a 30 ans et le niveau de vie de toutes les catégories de la population s'est notablement amélioré.
De surcroît, l'intégrisme touche autant, voire plus, les classes moyennes et aisées que les couches populaires.
Ainsi, les leaders d'Ennadha, le parti islamiste tunisien actuellement au pouvoir, sont presque tous des enfants de cadres ou de bourgeois.


L'islamisme, fruit du passage brutal à la modernité
Le Maghreb et le Machrek, à l'issue de la décolonisation, ont absorbé en moins de 50 ans ce que l'Europe et l'Amérique du Nord ont mis plus de deux siècles et demi à digérer avec des convulsions terribles : fin du mode de vie rural traditionnel, alphabétisation et éducation, essor urbain, transition démographique, industrialisation, mass médias et technologies de l'information, développement des transports, flux migratoires, montée du sentiment national, construction d'états modernes...
Le tout sans passage par la case révolution industrielle.
De tels changements modifient radicalement les perceptions du monde et les rapports aux autres.

Les sociétés rurales peinaient à nourrir, vêtir et loger leurs membres. Néanmoins elles étaient homogènes, prévisibles et tissaient des liens sociaux forts.
Le cycle des saisons rythmait la vie. Le travail très physique dans les champs était une nécessité vitale peu discutable et laissait peu de place aux interrogations existentielles.
L'appartenance à une famille, un village, une communauté était évidente et se transmettait au fil des générations, particulièrement en Afrique du Nord où l'endogamie était très forte.

Le monde moderne, et maintenant post-moderne, est strictement inverse.
Les besoins matériels sont de mieux en mieux servis et demandent moins de labeur.
Par contre, la diversité est devenue la norme, l'imprévisibilité règne et l'individu domine.
Le progrès économique s'effectue en dents de scie, les crises succédant aux booms. La valse des technologies assure une amélioration moyenne du bien-être physique au prix de beaucoup d'essais et d'erreurs ainsi que de la disparition, parfois très rapide, d'activités ancestrales. Nul ne peut plus être certain que son métier existera encore dans cinq ou dix ans.
Ce sont, de plus en plus, des personnes, et non des groupes, qui sont les moteurs de ce maelström.
Chacun, désormais, décide de ce qu'il veut faire et être, de comment il veut vivre et avec qui. Sa famille, ses voisins, ses amis, ses collègues n'ont pratiquement plus voix au chapitre. L'augmentation du temps libre et la moindre dépendance aux autres pour sa propre subsistance accroissent ces possibilités d'autonomie individuelle.

De telles évolutions, menées à un train d'enfer, sont profondément anxiogènes. De surcroît, moins courir après son pain quotidien suscite des attentes nouvelles.
Comment faire face, seul, à ces changements rapides et, surtout, à ces choix de vie ? Que faire de loisirs désormais prédominants ? Quel sens donner à tout cela ?
L'amélioration des conditions matérielles de vie et la progression des choix individuels procurent d'indéniables satisfactions mais répondent mal aux besoins de sécurité et d'appartenance, chers au psychologue Abraham Maslow et à sa célèbre pyramide.

L'intégrisme exploite ce créneau en déshérence.
Balayant doutes et interrogations, il apporte des réponses simples et opérationnelles qui évitent de se poser des questions.
D'après les tenants de cette doctrine, la marche incohérente du monde provient tout simplement d'un affadissement de la foi et du non suivi de prescriptions religieuses strictes et terre à terre.
A l'inverse, il suffit d'honorer ces injonctions à la lettre pour gagner, simultanément, le respect immédiat de ses semblables et une vie éternelle accomplie.
La stabilité sociale perdue reviendra avec l'accroissement du nombre de "bons" croyants, ce qui pousse, pour le bien de tous, à faire rentrer les récalcitrants dans le rang.
Le présent et l'avenir des fidèles est ainsi assuré aussi longtemps qu'ils partagent les rites d'une communauté englobante.
Les signes extérieurs de religiosité remplissent la même fonction que les maillots des supporters du football, afficher aux yeux de tous son adhésion et son allégeance au groupe.


Un éventuel reflux de l'islamisme ne pourra venir que de l'intérieur des sociétés arabes
Contrer l'intégrisme suppose d'être capable de le contrer sur le terrain des besoins immatériels de sécurité, de prévisibilité et d'appartenance que la société post-moderne peine à satisfaire.

C'est ce que Nasser et Bourguiba tentèrent de faire en leur temps avec un mélange de nationalisme, d'étatisme et de culte de la personnalité.
Leur système devait conduire le peuple arabe enfin libéré de ses entraves vers un avenir radieux où il serait le phare de l'humanité.
Hélas, ni la machine économique, ni les succès militaires, ni même les événements symboliques ne furent au rendez-vous, ces leaders visionnaires étant d'exécrables managers.
Leurs successeurs, moins charismatiques, obtinrent, par le libéralisme économique, le développement tant attendu. Mais, crispés sur leur pouvoir dictatorial et leurs réseaux de corruption, ils furent incapables de faire respirer leurs sociétés.
Le choc en retour fut la croissance de l'intégrisme.

Ce ne sont pas des actions venues "d'en haut" ou de je ne sais quelle avant-garde éclairée du peuple ou, encore moins, de l'extérieur qui pourront venir à bout de l'intégrisme.
De même, la répression, comme celle de l'été 2013 en Égypte, peut masquer, par le sang et la terreur, les symptômes mais, en aucune manière, traiter les causes.

C'est aux sociétés arabes de construire, par elles mêmes et dans la durée, des représentations du monde moins délétères conjuguant liberté individuelle, responsabilité, confiance et sens du collectif.
Cette maturation risque d'être lente car les récentes révolutions ont sérieusement épaissi la soupe et n'ont pas ralenti le rythme du monde alentour.

Toutefois, l'émergence de symboles pourraient accélérer le mouvement. Les pays musulmans manquent cruellement d'icônes internationalement reconnues. Les rares sportifs, artistes, penseurs, politiques ou chefs d'entreprise arabes célèbres mondialement sont des expatriés. Ces peuples méritent d'autres effigies que Saddam Hussein et Ben Laden.

Le vaccin peut-être déjà à l'oeuvre en Tunisie
Pour conclure, un brin d'optimisme paradoxal : l'exercice calamiteux du pouvoir en Tunisie par Ennadha, parti résolument islamiste, a déboussolé et déçu une partie de sa base.
Sous la pression de ses propres échecs et de l'opinion, Ennadha a du se résoudre à céder le pouvoir, à accepter une constitution décente et à jouer le jeu des élections de l'automne 2014.
Cet exercice pédagogique, dangereux et meurtrier à court terme, pourrait s'avérer salutaire sur une plus longue période.
Embryons de réponse lors de la prochaine consultation électorale...

Intégralement votre

Références et compléments
- Cette chronique a été initialement publiée le 27 août 2013 et a été très légèrement retouchée les 16 & 17 août 2014.

- Voir aussi à propos des désillusions de beaucoup de tunisiens vis à vis du parti islamiste Ennadha la chronique "4 semaines au cœur de la Tunisie morose".
Le billet "La Tunisie rattrapera la France le 12 mai 2041" détaille la croissance du PIB et du niveau de vie entre le pays de Molière et celui d'Ibn Khaldoun.

- Un exemple parmi beaucoup d'autres de la mauvaise appréhension de l'islamisme, le récent article de Michel Rocard "l'Islam et le printemps" paru au Cercle des Echos.

- Merci à Omar de m'avoir remémoré la pyramide de Maslow dont vous trouverez le détail dans l'article que Wikipedia lui consacre.

vendredi 15 août 2014

Vivre de sa plume sans droits d'auteur

Suite à la parution de la chronique "Télécharger gratuitement un film n'est pas un vol", plusieurs fidèles lecteurs ont exprimé leur crainte que la disparition des droits d'auteur entraîne la fin de la création artistique.

Cet air est aussi très souvent entonné par les lobbies de la musique, du film et du livre ainsi que par leurs porte-paroles rémunérés par nos impôts, j'ai nommé les ministres successifs de la culture, de droite comme de gauche.

Afin de montrer que ce risque est minime, j'ai imaginé plusieurs pistes, non limitatives, qui permettraient à un écrivain de gagner sa vie, sans recourir à des subsides publics, en dehors des traditionnels livres papier, maisons d'édition et droits d'auteur.
Elles sont toutes articulées autour de trois principes simples, aussi vieux que le commerce, l'industrie et même l'art :
- baisser les prix de ventes,
- créer des exclusivités,
- découpler financement et activité principale.

Avant de les examiner, rappelons quelques ordres de grandeur.
Dans le système actuel, un auteur touche moins d'un dixième du prix de vente final de son livre papier.
Ainsi pour disposer d'un gros SMIC mensuel, il faut être capable de diffuser, annuellement, plus de 16 000 bouquins vendus 20 € et rémunérés 1.5 €.

Piste n°0 : exercer une autre activité
À l’instar de glorieux aînés tels Alphonse de Lamartine, Marcel Proust ou Bernard-Henri Levy, le mieux pour écrire tranquillement est de ne pas dépendre de ses œuvres pour mettre du beurre dans ses épinards.
Si les trois auteurs cités étaient tous des privilégiés vivant de leurs rentes familiales, aujourd'hui un travail à 35 heures hebdomadaires laisse à chacun un temps copieux pour écrire.
Le monde scientifique fonctionne d'ailleurs sur ce principe. Les chercheurs publient gratuitement leurs travaux qui peuvent être repris sans limitation. Ils sont payés pour effectuer des tâches annexes à leur activité de recherche : encadrement de thésards, enseignement, administration ...

Piste n°1 : auto-éditer des livres électroniques
Se passer des fonctions d'édition, d'impression, de diffusion et de stockage permet de substantielles baisses de coût qui peuvent bénéficier tant aux lecteurs qu'à l'auteur.
Un bouquin électronique directement publié par son créateur et vendu 4 € rapporte 2.8 € à son concepteur, presque le double des droits classiques.

Piste n°2 : insérer des pages de publicité
Il n'y a aucune raisons que journaux et pages web soient les seuls écrits comportant des encarts publicitaires. Les livres peuvent aussi y recourir.
Des réclames pourraient orner les transitions entre deux chapitres ou, mieux encore, des placements de produits survenir au fil du texte. Cette dernière pratique est toutefois plus naturelle au cœur d'un roman policier voire érotique que dans un essai philosophique.

Piste n°3 : dégoter un sponsor
Ce joli terme, venu directement du latin de messe via la langue de Procter et Gamble, signifie parrain.
Une entreprise ou une riche personne peuvent prendre sous leur aile un écrivain, avec ou sans retour publicitaire direct, comme cela se pratique déjà avec d'autres types de création ou encore dans le sport.
Le financement participatif - plaisamment baptisé crowd funding dans l'idiome de Shakespeare - est une version démocratique et populaire de ce procédé ancestral.

Piste n°4 : remettre le feuilleton à l'honneur
Comme en usait Alexandre Dumas, qui quotidiennement livrait plusieurs feuillets à différents journaux, la diffusion d'un nouvel opus peut s'effectuer au compte-gouttes, chapitre par chapitre.
Charge à l'écrivain, tel un scénariste de série TV américaine, d'appâter ses lecteurs afin qu’ils paient pour bénéficier de chaque épisode à l'instant même de sa publication.

Piste n°5 : interpréter son livre en concert
La diffusion de textes à des prix bradés voire nuls peut conférer à leur auteur une notoriété monnayable.
Une fois la reconnaissance du public acquise, un écrivain peut transformer son oeuvre et sa personne en événements uniques plus faciles à vendre que des copies numériques.
Par exemple, lire son oeuvre impérissable sur un scène de théâtre, donner des conférences payantes ou encore partager son repas avec des admirateurs tarifés.

Piste n°6 : transformer les bouquins en peintures
L'e-book s'apprête à tuer son ancêtre papier mais pas la bibliophilie.
À coté de versions digitales reproductibles à l'envie et à faible valeur marchande, peuvent parfaitement exister des tirages spéciaux et luxueux dont le prix découle de la rareté.

Piste n°7 : personnaliser son oeuvre
Le livre reproduit en de multiples exemplaires tous identiques provient des contraintes techniques et économiques de l'imprimerie.
Les technologies numériques permettent de s'affranchir de ces limitations.
Un auteur peut aisément produire, soit personnellement, soit par l'entremise de programmation, un écrit différent pour chaque lecteur désireux d'acquérir un livre lui étant propre.

J'arrête ici cette énumération loin d’être exhaustive et dont la seule limite est l'imagination des créateurs et des diffuseurs.
Le cinéma, dès son invention à la fin du XIXème siècle, a été autre chose que de simples photos ou peintures animées.
De la même manière, le numérique crée un champ des possibles dans le domaine de l'écrit d'autant plus vaste qu'il s'éloignera des références au livre papier.
Les textes et les écrivains vont continuer à proliférer !

Numérico-scripturalement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
. L'irrésistible attrait du livre électronique
. Un monde sans droits d'auteur, ni brevets, ni marques est possible
. Télécharger gratuitement un film n’est un pas un vol

- Mes remerciements à Jean et à la twittonaute @framboazz qui m'ont soufflé le thème de cette chronique.

mercredi 13 août 2014

Un subtil et enivrant parfum d'apartheid

Même en conjuguant les myopies ophtalmiques et politiques de Moncef Marzouki et de François Hollande, difficile de confondre la Tunisie avec la Scandinavie.

Fort heureusement, le délétère égalitarisme nordique s'acclimate difficilement dans l'antique Carthage.
Les différences naturelles entre hommes et femmes, malgré de regrettables limitations législatives introduites après l'indépendance, y restent ancrées dans la réalité quotidienne.
Beaucoup d'activités sont logiquement sexuées. Ainsi, les cafés sont nettement masculins, alors que les tâches ménagères sont, comme il se doit, réservées au sexe faible.

En dépit de cette situation enviable, les tenants d'un islam intégral estiment, justement, le mélange des genres trop prononcé pour leur goût puriste.
Soucieux de réformer proactivement la société, ils entreprennent, par l'exemple, d'en remodeler les us et coutumes.

Le cadre familial est le lieu privilégié de cette transformation volontariste.
Il est ainsi désormais de bon ton de séparer clairement les sexes lors des fêtes de mariage.

Personnellement, j'apprécie à sa juste valeur cette innovation qui tend à remettre l'ordre naturel au centre de nos préoccupations.
Je la trouve même, à vrai dire, trop timorée.
Cette saine et morale ségrégation sexuelle devrait se poursuivre au delà des festivités, jusque durant la nuit de noces et surtout durant les suivantes.

De cette manière, en un peu moins de deux générations, l'agitation  politique tunisienne deviendrait singulièrement simplifiée et la résorption du chômage des jeunes serait facilitée par manque de troupes fraîches.

Bonne fête à toutes les femmes de Tunisie et d'ailleurs !
No pasaran !

Mélangiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "les mariages en Tunisie concurrents du Tour de France"
- En Tunisie, la Fête de la Femme a lieu le 13 août et non le 8 mars. Elle commémore l'instauration du code du statut personnel par Habib Bourguiba en 1956.

mardi 12 août 2014

Les mariages en Tunisie concurrents du Tour de France

La Tunisie, à l'instar de l'Irlande et de ses jeux gaéliques, est le berceau de plusieurs sports injustement méconnus.
Outre le Marthathlon, déjà évoqué qui se pratique au moment de l'Aïd, la compétition la plus spectaculaire est incontestablement le mariage.

Ce challenge nuptial par équipe procède simultanément du concours de mode, de l'épreuve d'endurance et de la course cycliste par étapes.

Tout commence, quelque temps avant le véritable tournoi, par des éliminatoires permettant de choisir l'équipe-type et les remplaçants.
La sélection s'effectue via le transport et le rangement des affaires, voire des meubles, de la mariée dans sa future maison.
Étrangement, histoire de désorienter les compétiteurs de faible acabit, on parle des possessions de la mariée et non pas du couple.
Positionner correctement assiettes, couverts et tapis requiert une réelle maîtrise du jeu que peu possèdent pleinement et qui vous désigne d'emblée pour recevoir les faveurs des coachs.
Habituellement, uniquement des Marthe chevronnées réussissent à se qualifier sans coup férir.

Une fois ce tri effectué, l'épreuve officielle peut débuter.
Plusieurs étapes vont se succéder à un rythme infernal, mettant à mal psychismes et organismes.
Seules des équipes au collectif soudé, au mental d'airain et à la condition physique hors du commun peuvent espérer approcher la victoire.

Une attention particulière est portée à la diététique des athlètes.
Les étapes sont ponctuées par de copieux couscous qui apportent aux sportifs les sucres lents qu'ils brûlent en quantité durant les matchs.
Au plus fort de la course, thés, gazouzes et baklavas donnent, via des sucres rapides, le surcroît d'énergie indispensable à la victoire au sprint.
Parfois, des salés sont glissés perfidement dans la nourriture. Ce piège grossier accroît la sensation de soif et oblige à quitter le peloton pour aller au ravitaillement liquide.

Des cousins éloignés ou des voisins sont parfois de vrais faux amis et tentent des déstabilisations.
Ils ont la riche idée de proposer une compétition alternative durant les test-matches.
La seule façon de ne pas lâcher la proie pour l'ombre est de déléguer vos remplaçants pour vous représenter dans ce challenge de seconde division.

Généralement, la première étape un peu sérieuse consiste à faire signer par les deux principaux protagonistes la feuille de match.
Le mariage tunisien est le seul sport au monde où cet acte administratif fait partie intégrante du jeu.
Cette phase, propice aux escarmouches, permet de jauger les compétiteurs en présence et de mettre en place une tactique que l'on espère gagnante dans la durée.

Vient ensuite la seconde étape qui consiste à ce que la mariée et une grande part des compétitrices se parent des peintures de guerre que ne renieraient pas Cheyennes et Comanches. Le mariage tunisien prend ainsi un petit coté football américain du meilleur aloi.
À partir de ce moment crucial, approximations et amateurisme n'ont plus leur place, les deux prochains cols sont systématiquement hors catégorie.

Le peloton gravit d'abord l'outillage où les équipières se parent de maillots originaux et innovants où dominent les teintes flashy et dorées.
Toutefois, dans un souci de respect de l'éthique sportive et de l'olympisme, les logos des sponsors sont bannis de ces compétitions officielles, à l'exclusion des lunettes et des smartphones.
Les éléments masculins, habillés de manière nettement moins seyante, peinent souvent dans cette montée et sont généralement relégués dans le gruppetto.

Soumis à des intensités sonores dépassant les 87 décibels fatidiques, les plus faibles sont irrémédiablement éliminés par l'otite et la surdité.
Le plaquage des joueuses étant interdit, les tympans deviennent une cible de choix.
Les plus résistants doivent aussi supporter le supplice de la baffle saturée qui peine à camoufler les fausses notes.
Mélomanes, ce sport si particulier n'est pas pour vous !

L'arrivée est jugée au sommet de la cérémonie nuptiale.
La plupart des matchs étant arrangés à l'avance, les deux avants-centre parcourent cette étape déjà juchés sur le podium, revêtus de maillots d'apparat.
Par voie de conséquence, les autres compétiteurs, dans un harnachement à peine moins voyant, redoublent d'efforts pour figurer au palmarès. En désespoir de cause, ils finissent par envahir en vagues le podium pour tenter d'influencer le jury.

Malgré de multiples photos finish, rien n'y fait !
Les deux vainqueurs désignés terminent la soirée en se congratulant, arborent fièrement la bague de la victoire puis s'éclipsent dans une nuit qu'on leur souhaite pleine d'étoiles.

Les plus jeunes joueurs, et leurs familles, bien que non médaillés, font contre mauvaise fortune bon cœur et se mettent à espérer une prochaine victoire dans une autre finale.

Toutes mes félicitations aux mariés pour leur superbe succès au terme d'une compétition de très haut niveau et à leurs parents pour la qualité du match.

Tuniso-matrimonialement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "le Marthathlon sport méconnu en Tunisie".

- Pour les très rares lecteurs de ce blog, peu au fait du jargon tuniso-nuptialo-cycliste, quelques précisions sémantiques :
  • Gazouze est un terme dialectal tunisien désignant les sodas gazeux comme Coca ou Fanta.
  • Gruppetto qui signifie petit groupe en italien est un groupe de coureurs lâchés en montagne par le gros du peloton.
  • Outillage / outia est la "fête de la mariée" qui a lieu quelques jours avant la véritable cérémonie de mariage
  • Les cols les plus longs et les plus raides des Alpes et des Pyrénées lors du Tour de France sont dits hors catégorie.
  • Marthe : se reporter à la chronique "un après-midi chez Marthe" (la première de toutes ces chroniques)
  • Les salés sont petit fours salés, comme leur nom le laisse supposer.
  • Le sprint est une très forte accélération lorsque le peloton cycliste arrive groupé au terme d'une étape. Les sprinters, acrobates zigzaguant sur leur vélo à plus de 70 km/h, produisent un effort bref et intense et ne sont généralement départagés que par quelques centimètres.
  • Test-match est un terme anglais de rugby et de cricket qui désigne les compétitions officielles entre équipes des hémisphères nord et sud.
- Merci à Myriam qui m'a soufflé l'idée de cette chronique sportivo-tunisienne.

vendredi 8 août 2014

Éloge de la Sainte Guerre

Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer.
Beaumarchais

Résister, c'est d'abord ne pas s'arrêter à la persécution, ni à la calomnie, ni à l'injure. C'est rester semblable à ce qu'on est jusque dans la défaite.
André Chamson

Le seul moyen de lutte qui nous reste, pour refuser l'arbitraire et la barbarie, est de ne pas renoncer à notre éducation.
Yasmina Khadra

Vaillants Djihadistes à poil long de Tunisie, de Libye, d'Irak et d'ailleurs ;
valeureux Combattants de la Juste Cause ;
chers amis.


Au risque de surprendre les (in)fidèles lecteurs de ce blog, j'annonce haut et fort que je soutiens pleinement votre action.

En effet, notre planète est devenue trop complexe.
Trop d'ethnies, trop de religions, trop d'opinions différentes, trop de langues, trop d'orientations sexuelles, trop de projets politiques, trop d'artistes, trop de cultures, trop de métissage, trop de femmes, trop de musiques, trop d'alcools, bref beaucoup trop de diversités.

La seule manière de surmonter cette abjecte pagaille entropique est de mettre tout le monde, une bonne fois - une bonne foi ? - pour toutes, dans une seule et unique case, soumise à une seule Loi et à un seul Chef inspiré.

Depuis les disparitions prématurées d'Adolf Hitler, Joseph Staline, Mao Zedong et Pol Pot, vous seuls avez eu le courage et la force de reprendre ce vaste et indispensable chantier.

Malheureusement, quelques esprits forts s'offusquent de vos méthodes qu'ils trouvent expéditives et de votre consensus, soit-disant sanguinaire.
En attendant leur prochaine mise au pas, il est aisé de rétorquer à ces belles âmes portées à la sensiblerie les sages paroles de vos illustres prédécesseurs lors du sac de Béziers "Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !"
Un tel principe, frappé au coin du bon sens, évite tout risque d'erreur judiciaire ou théologique.

Par contre, à mon humble avis, vos pratiques manquent encore un peu de pureté purificatrice et gagneraient à respecter encore plus scrupuleusement les principes que vous défendez hardiment.

Je vous suggère, dans un souci d'exemplarité, d'abandonner le Kalachnikov et le RPG-7.
Ces deux armes sont, avec le Spoutnik, les seules réussites du système soviétique, quintessence du marxisme athée.
Pour remplir les cimetières, rien ne vaut le cimeterre !

Dans le domaine destructif, la dynamite n'est pas conseillée.
Il s'agit d'une invention démoniaque d'Alfred Nobel, infâme protestant cosmopolite, qui ne trouva rien de mieux que de consacrer sa fortune à encourager et récompenser l'impérialisme occidental décadent par l'entremise de prix annuels.
Pour pulvériser mausolées et églises, rien ne vaut de bonnes vieilles pioches !

De même, je vous enjoint à ne plus utiliser de pickups Toyota ou Mitsubishi.
Ces véhicules sont les fleurons de l'industrie du Japon, pays où la religion principale est le Shintô, croyance impie, simultanément animiste, polythéiste et sans perspective d'un Au Delà.
Pour mener une Croisade, rien ne vaut le cheval !

Il vous faudrait aussi cesser toute communication par ondes radio.
Cette technique hérétique a été mise au point par Guglielmo Marconi. Ce matérialiste suppôt de Satan concentrait toutes les tares : métis irlando-italien, héritier d'une fabrique de whisky, triplement chrétien puisque à la fois catholique, anglican et propagandiste du pape.
Pour rendre les masses dociles, rien ne vaut une bonne terreur à la Robespierre !

En échange de mon soutien public et de mes conseils doctrinaux, je vous demanderai toutefois d'épargner l'île d'Elbe où j'envisage de déménager très prochainement mes pénates.
Je pourrais, depuis cette position privilégiée, assister, aux premières loges et sans trop de risques, à votre nettoyage en règle du bassin méditerranéen. Je me délecte par avance de votre Marche sur Rome et de votre prise du Vatican.

Depuis ce refuge napoléonien, j'escompte transformer ce blog en un panégyrique entièrement dédié à votre gloire et à votre zèle iconoclaste.
Vous pourrez même donner mes chroniques à lire à vos prisonniers afin d'adoucir quelque peu leurs derniers instants.
Ainsi, vous obtiendrez, à peu de frais, grâce à ma propagande, un vernis humaniste du meilleur effet sur la myopie européenne, américaine et chinoise vis-à-vis des bailleurs de fonds qui tirent vos ficelles.

No pasaran !

Tragiquement votre

Post Scriptum
La croisade contre les Albigeois massacra en 1209 une bonne partie de la population de la ville de Béziers au prétexte qu'elle était fidèle à l'hérésie cathare.
La célèbre phrase "Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !", attribuée au légat du pape Arnaud Amaury, n'a probablement jamais été prononcée.
Elle est toutefois représentative de l'incontestable esprit sportif qui animait les leaders de ce corps expéditionnaire.
Je me plais à relever ça ou de dire que, désormais, le cathare (et non plus les cathares) serait passé du côté obscur du glaive.
[toutes mes excuses pour ces phonétiques jeux de mots laids]

Références et compléments
- Voir aussi, sur ce thème malheureusement peu épuisable, les chroniques :
. "L'islamisme ne vient pas du sous-développement"
"Barbus des ténèbres ou barbus du boson ?"
"Djihadistes ou djiha-schiste ?"
"Bosnie, Bâmiyân, Tombouctou ... - Chronique de la barbarie"
. "Bras croisés ou salut nazi ? - Le courage muet d'August Landmesser, seul, bras croisés, au milieu de la foule saluant Hitler"

- Les éléments biographiques de Guglielmo Marconi sont strictement exacts comme l'atteste l'article Wikipedia le concernant. Il fut notamment le premier à réaliser une transmission radiophonique d'un discours du pape.

- Merci à A. pour la belle citation d'André Chamson.

jeudi 7 août 2014

Bistrots et curés professions sinistrées

La récente chronique comparant le travail en France en 1870 et aujourd'hui a suscité moult réactions et questions.
Pour ne pas laisser les fidèles lecteurs de ce blog sur leur faim, voici un complément illustrant l'évolution en France de professions emblématiques entre le règne du regretté Napoléon III et celui du regrettable François Hollande.

Fin des bistrots
Sous le Second Empire, et même jusqu'au delà de la première guerre mondiale, le débit de boisson était le principal, pour ne pas dire le seul, lieu de socialisation.
Un demi-million de troquets quadrillaient le territoire français, un zinc pour 80 habitants, 15 par commune !
Bien évidemment, l'alcoolisme était alors un problème majeur de santé publique, nié par la société tout entière. Les alcools en tous genres étaient même souvent prescrits comme remèdes.
Désormais, il ne reste plus que 35 000 bars en France, 1 pour 1860 personnes, à peine 1 par municipalité.
La consommation de vin a chuté de 180 litres annuels par habitant (enfants inclus) à seulement 50.
Évolution du nombre de débits de boisson en France entre 1870 et 2014

Déclin du clergé
Bizarrement, l'église catholique a eu un sort parallèle à celui des bougnats.
Sortie mal en point de la Révolution Française, elle réussit à se remplumer copieusement sous les deux Empires ainsi qu'avec la Restauration.
Sous la houlette fort dévote de Napoléon III, alors que la population était sensiblement la moitié d'aujourd'hui, le clergé culminait à 180 000 membres, une calotte ou une cornette pour 200 ouailles.
Les coups de boutoirs de la très laïque Troisième République et de la seconde révolution industrielle mettront à mal ce bel édifice religieux.
Actuellement, l'église catholique ne compte plus en France que 50 000 professionnel(le)s de la foi, 1 pour 1 300 personnes.
Évolution des effectifs du clergé catholique en France entre 1870 et 2014

Apogée des médecins
L'état sanitaire de la France du Second Empire était exécrable et différait peu du temps de Louis XIV. Toutefois, l'amélioration des techniques agricoles avait supprimé famines et disettes.
Le personnel médical était réduit, à peine 10 000 médecins, 1 pour 3 700 personnes.
Un ou deux rebouteux par village assuraient les soins de premiers niveau avec les moyens du bord.
Les hôpitaux, exclusivement urbains, étaient l’apanage presque exclusif des congrégations religieuses.
Plus de 200 000 toubibs et un gros million de paramédicaux veillent aujourd'hui sur notre santé. Un français sur 50 gagne sa vie en maintenant celle des 49 autres.
Évolution du nombre de médecins en France entre 1870 et 2014

Développement des avocats
Même si le droit est très ancien, le juridisme n'a pris son essor qu'avec l’élévation du niveau de vie.
Vers 1870,la France ne comptait que 6 500 avocats, 1 pour 5 700 justiciables.
Désormais, 56 000 baveux peuplent les prétoires, 5 fois plus ramenés à la population que sous Napoléon III.
Évolution du nombre d'avocats en France entre 1870 et 2014

Décroissance des notaires
À l'autre extrémité de l'éventail des professions juridiques, notaire était une activité plus florissante au XIXème siècle que maintenant.
Vers 1870, 8 500 officiers ministériels, 1 pour 4 400 personnes, dotés d'une armée de clercs, dressaient des actes et les conservaient.
Depuis, cet effectif n'a augmenté que de 10% alors que la population doublait. Actuellement, on compte un tabellion pour 7 000 personnes.
Évolution du nombre de notaires en France entre 1870 et 2014

Mutationnellement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
"Travailler une demi-journée par semaine c'est possible"
. "Les religions, combien de divisions ? Statistiques de la foi"
. "Généalogie de la croissance - L'histoire familiale raconte l'économie et la démographie"
. "Les veuves de prêtres catholiques financées par l'état laïque"

mardi 5 août 2014

Travailler une demi-journée par semaine c'est possible

De nombreux "écos" - comprenez écologistes et économistes - prônent que la décroissance est la seule issue à la crise à visages multiples contre laquelle nous nous débattons depuis une trop grande lurette.

La décrue de notre Produit Intérieur Brut aurait, à en croire ses thuriféraires, de multiples avantages : baisse des atteintes à l'environnement, moindre consommation des ressources naturelles, meilleure répartition d'un travail devenu plus utile et, cerise dans l'infusion, plus de temps libre.

Afin de donner un peu de consistance à ce dernier point, je me suis livré au petit calcul que voici.

Actuellement en France, 43 millions de personnes ont entre 15 et 65 ans, ce que le très officiel et onusien Bureau International du Travail considère comme l'intervalle d'âge normal pour travailler.
Deux gros tiers, 30 millions, ont effectivement un emploi. L'autre petit tiers, 13 millions, sont chômeurs, étudiants ou préfèrent ne pas exercer d'activité professionnelle.

Les heureux bénéficiaires d'un boulot étant censés y consacrer 35 heures par semaine, en moyenne sur l'ensemble de la population, la durée de travail s'établit donc à 24 heures hebdomadaires.
La semaine de 3 jours est déjà une réalité statistique, à défaut d'être entrée pleinement dans les mœurs.

La décroissance suppose que, petit à petit, nous nous débarrassions du superflu et de l'ostentatoire qui polluent notre quotidien. Un mode de vie plus frugal nous serait bénéfique et permettrait de moins bosser.

Afin de déterminer quelques ordres de grandeur, j'ai choisi, un peu arbitrairement, de viser le niveau de la fin du dix-neuvième siècle.
En effet, sensiblement à partir de 1870, les français de toutes conditions ont mangé régulièrement à leur faim.
Pour ce faire, à l'époque, deux tiers des travailleurs étaient des paysans qui effectuaient, toute l'année, des semaines de 60 heures de labeur.
Désormais, l'ensemble de la filière agricole, au sens très large, n'emploie plus qu'un actif sur douze, 2.4 millions de personnes.
Si ce travail des champs et de la terre était réparti sur la totalité de la population susceptible de travailler, 2 heures par semaine et par personne suffiraient pour nourrir la France.

Pour obtenir la production industrielle, tertiaire et administrative de 1870, grosso modo, là encore, avec nos techniques actuelles, 2 heures hebdomadaires par adulte feraient l'affaire.

À condition de mobiliser de fortes doses de bonne volonté, de civisme et d'organisation collective, nous pourrions donc ne turbiner qu'une demi-journée par semaine, profiter grandement de la vie tout en mangeant sainement et en ayant le mode de vie de mes arrière-grands parents.

Avant de vous quitter, trois petits détails que j'ai failli omettre.

En 1870, l'espérance de vie à la naissance était de 45 ans, elle dépasse aujourd'hui 80 printemps.

À cette date, j'aurais rédigé cette chronique un dimanche après-midi au cœur d'une campagne française et non un mardi d'août en Tunisie. Voyages et vacances étaient le privilège d'une infime élite rentière.
De surcroît, j'aurais eu très peu voire pas de livres à ma disposition ainsi qu'une malchance sur trois de ne pas savoir lire et écrire.
Tout cela n'aurait guère eu d'importance car le télégraphe Morse, summum de la technicité, était alors le seul moyen de télécommunication existant. Personne n'aurait eu connaissance de cet hypothétique billet.
Décroissantiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. "Bistrots et curés professions sinistrées"
"Généalogie de la croissance - L'histoire familiale raconte l'économie et la démographie"
- Les données de base qui ont permis d'obtenir les chiffres indiqués dans cette chronique proviennent de l'INSEE et de Wikipedia

samedi 2 août 2014

Tunisie Italie, si lointaines si proches

Dans ce bassin où jouent
Des enfants aux yeux noirs,
Il y a trois continents
Et des siècles d'histoire …

Plusieurs fidèles lecteurs ayant manifesté leur appréciation à propos de la photographie de la frontière fossile de Savoie, je me permet de vous proposer une nouvelle image captée sur une plage de Kelibia en Tunisie.
Distinguez-vous une forme montagneuse, sur l'horizon, au centre de la photo, estompée par une brume conjointement maritime et numérique ?

Au centre, sur l'horizon, au cœur de la brume, l'île de Pantelleria
Cette montagne au milieu de la mer est l'île italienne de Pantelleria / Pantiddirìa.

Ici, au nord-est de la Tunisie, à l’instar des eaux du canal de Sicile, deux univers voisins s'entremêlent.

Le nom de ce territoire italien vient de l’arabe : بنت الرياح / Bint al-Riyāḥ, la fille des vents.
Il est situé à 70 km de la côte tunisienne et est parfaitement visible du Cap Bon lorsque la météo s’y prête.

Quelque part au milieu de l'image, en pleine mer, passe la triste limite sud de l'espace dit Schengen.
Ces flots paradisiaques et ceux plus au sud autour de l’île cousine de Lampedusa sont devenus un calvaire et même un cimetière pour les candidats toujours plus nombreux à l'émigration.
Partis de Tunisie, de Libye et aussi d'Afrique subsaharienne, les “brûleurs” tentent de rejoindre l'Europe et son opulence dans des embarcations de fortune payées au prix de la business class aérienne auprès de passeurs, véritables trafiquants modernes d'esclaves.

Non loin, à El Haouaria, à l'extrémité du Cap Bon, par nuit claire, on distingue aisément les lumières de la côte sud-ouest de la Sicile.
Marsala / Mars al-Allah / le port de Dieu où débarquèrent en 1860 les milles chemises rouges de Garibaldi parties de Bergamo / Bergame ainsi que Porto Empedocle, la ville de Vigata dans les romans d'Andrea Camilleri, semblent à portée.
Le commissaire Montalbano rode à quelques encablures.

Les radios italiennes s'écoutent sans difficulté dans tout le Cap Bon. Radio 24 indique un bouchon sur la tangenziale de Milano / Milan, mais reste muette au sujet des rues encombrées du cente de Kelibia.
Souvent, sur le littoral, les téléphones accrochent le signal des opérateurs transalpins.

Le dialecte tunisien s'orne des langues de Dante et de Pirandello.
À table, on utilise une fourguitta. On pêche et on mange de délicieux scombri. Dans les cafés, on peut boire des capucins et jouer à la scopa / chkobba / شكبة .

Cette photo, avec un peu d'imagination et d'optimisme, laisse entrevoir un monde - le mien, le votre sûrement, le notre j'espère - fait de plusieurs cultures connexes, de nombreuses relations et de peu de barrières.

Ce monde, l'histoire et beaucoup trop d’hommes s'ingénient à le fracasser.
À trois heures de route d'ici, des barbares à poil long tentent, par les armes et la terreur, d'imposer leur façon d'être et de croire.
Trois heures d'avion plus à l'est, les vers de Georges Moustaki sont, tragiquement, toujours actuels.

Il y a des oliviers
Qui meurent sous les bombes
Là où est apparue
La première colombe,
Des peuples oubliés
Que la guerre moissonne.

Fort heureusement, la géographie et d'autres hommes - en pratique, d'ailleurs, surtout des femmes - refusent l'isolement fratricide et, tels Sisyphe, remettent obstinément sur le métier notre monde rêvé et connecté.

Il y a un bel été
Qui ne craint pas l'automne,
En Méditerranée ...

Voici, pour terminer, une version simultanément franco-grecque et publique de la chanson “En Méditerranée” de Georges Moustaki dont des extraits illustrent ce billet.


Méditerranéennement votre

Références et compléments
- Quelques éléments italiens ou siciliens dans la chickchoucka linguistique tunisienne :
. Fourguitta : fourchette
. Scombri : maquereau
. Scopa / chkobba / شكبة : jeu de cartes italien, littéralement le balai.
. Capucin : café au lait, cappucino

- Photographie prise à Kelibia, avec les moyens du bord c'est à dire avec un téléphone soi-disant intelligent, le 1er août 2014 sur la plage du Petit Paris (autre référence transculturelle).

- Voir aussi la chronique "Fossile à revivifier en Isère et Savoie".

jeudi 31 juillet 2014

Télécharger gratuitement un film n'est pas un vol

Si, alors que vous m'avez fort aimablement invité à dîner, je leste mes poches de quelques pièces de votre argenterie familiale, je commets un vol.
Pareillement, si je m'immisce sans billet dans une rame de train et réussit à esquiver le contrôleur, j'accomplis, là encore, un larcin.

À l'inverse, si je m'introduis, à l'insu de votre plein gré, dans votre ordinateur et recopie un livre électronique qui s'y trouve, j'abuse de votre confiance mais je ne perpétue, au sens strict, aucun vol. En effet, je ne vous ai rien soustrait.

Biens ou services matériels et information sont de nature très différente.

La cuiller héritée de votre grand-mère ne peut être à deux endroits simultanément.
Si je m'en sers, vous ne pouvez l'utiliser et vice-versa.
En vous la subtilisant, je vous empêche d'en profiter. La définition du mot vol - action de s'emparer frauduleusement de ce qui appartient matériellement à autrui - est dans ce cas parfaitement applicable.

De même, si je suis assis à place 12 de la voiture 3 du TGV 456, personne d'autre ne peut utiliser ce siège tant que je l'occupe.
Même s'il s’agit d’un service, et non pas d'un bien, l'aspect matériel rend la prestation unique et non partageable, donc volable.

Par contre, l'information - au sens large et moderne du terme - peut, depuis la nuit des temps, être copiée ou modifiée, sans pour autant disparaître de sa source.

Par exemple, quand à l’école, un instituteur fait apprendre à sa classe une récitation, il transfère de l'information depuis un livre vers, tout d'abord, le tableau noir, puis vers les cahiers de ses élèves et, enfin, dans leur mémoire.
À la fin de l'exercice, le poème est entré, tant bien que mal, dans une vingtaine de têtes blondes mais il ne s'est pas effacé du recueil de poésie utilisé par le pédagogue.

Autre illustration. Si en arrivant au travail, vous faîtes part à vos collègues d'une nouvelle entendue à la radio, vous transmettez, sans autorisation du journaliste, de l'information.
Toutefois, contrairement à la cuiller de mémère ou à la place de train, le texte initial est toujours utilisable par son auteur.

Dans ces deux derniers cas, il n'y a pas eu vol mais diffusion d'information.
Si de telles pratiques avaient été répréhensibles, jamais les trois religions dites du Livre n'auraient connu le succès planétaire.
Recopier le contenu d'un ouvrage de poésie n'appauvrit pas son possesseur, lui cravater son exemplaire papier si.
Vol et matérialité sont les deux faces de la même médaille.

Depuis toujours, il a été possible d'obtenir gratuitement et légalement de l’information mais, jusqu'à récemment, au prix d'un effort certain (mémorisation, recopie à la main, photocopies …) et, le plus souvent, d'une altération du contenu.
De ce fait, l’information dite de qualité était traditionnellement un support matériel (livre, disque, film ...), produit par des professionnels, auquel il était aisé d’associer une valeur économique indéniable.
De surcroît, des systèmes de droits d’auteur, mis en place de longue date, garantissaient aux créateurs d'information (écrivains, musiciens, cinéastes …) ainsi qu'aux diffuseurs une fraction de cette valeur.

L'informatique et les télécommunications ont mis à bas ce bel édifice séculaire.
La recopie d'information à l'exact identique est désormais à la portée de chacun pour un coût marginal nul ou presque.
Lorsque nous téléchargeons ou partageons gratuitement un film ou une chanson, nous poursuivons ce que le système éducatif nous a fait faire pendant toute notre scolarité.
Apprendre par cœur la table de Mendeleïev, recopier le Bateau Ivre d'Arthur Rimbaud ou récupérer en mp3 l’indépassable dernier opus de Johnny Hallyday sont des actes similaires.
Les évolutions technologiques ont supprimé la difficulté et le coût des opérations de reproduction d'information, pas leur nature.

Auteurs et éditeurs font face, au XXIème siècle, au même problème existentiel que les fabricants de fiacres ou les maréchaux-ferrants lors de l'avènement de l'automobile au tournant du XXème siècle.

Vers 1810, en Angleterre, la révolte des luddites a amené des artisans tisserands à saboter des métiers mécaniques qui menaçaient leur activité ancestrale. Cette violence désespérée n'a évidemment eu aucune conséquence de long terme.

Les industriels de la musique, du livre et du film se comportent aujourd’hui comme les luddites de naguère.
Comme la destruction des data centers et des smartphones est à peu près impossible, ils essaient de nous culpabiliser moralement en nous expliquant que télécharger gratuitement c'est voler.
Dans le même temps, ils tentent d'extorquer à l'état français, pourtant impécunieux, des subsides publics afin de prolonger leur irrémédiable agonie.
Toutefois, malgré ces combats d'arrière-garde, leur destin est d'ores et déjà scellé.

Téléchargiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi sur des sujets voisins les chroniques :
- La définition du mot vol provient du magnifique site linguistique CNTRL / Trésor de la Langue Française informatisé

mardi 29 juillet 2014

Exigeons une commémoration par jour !

L'été, comme l'automne, l'hiver et le printemps, nous procure son lot de jours fériés venant rappeler à notre bon souvenir des événements mémorables. 14 juillet et 15 août en France. 25 juillet, Aïd el Fitr et 13 août en Tunisie.

Tout cela est excellent mais reste trop modeste.
En partant du principe que les peuples qui ignorent leur histoire s’exposent à la revivre, il devient impératif pour émerger de la mouise actuelle d’accroître sensiblement le nombre de commémorations.

Afin de contribuer à la mise en place de cette mesure impérieuse de redressement, voici mes suggestions pour la première quinzaine d’août 2014.

1er août - 14 thermidor - jour du basilic
Commémoration de la naissance de la Comtesse de Ségur, auteur des "Petites Filles Modèles", il y a 215 ans.

2 août - 15 thermidor - jour de la brebis
Commémoration de la bataille de Canne della Battaglia où Hannibal, à la tête des armées de Carthage, l'ancêtre de la Tunisie, au terme d’un festival offensif, mit une pilée aux légions de Rome, prédécesseur de l'Italie, il y a 2230 ans.

3 août - 16 thermidor - jour de la guimauve
Outre une célébration privée que je m'interdis de détailler plus, commémoration du déclenchement de la première guerre mondiale, paroxysme du crétinisme nationaliste, il y a 100 ans.

4 août - 17 thermidor - jour du lin
Commémoration de la découverte du procédé d’élaboration du Champagne par le regretté Dom Pérignon, il y a 321 ans.

5 août - 18 thermidor - jour de l'amande
Commémoration de la naissance de Neil Armstrong - premier homme à avoir marché sur la Lune - il y a 84 ans.

6 août - 19 thermidor - jour de la gentiane
Commémoration du couronnement de Louis VIII de France et de son immaculée épouse Blanche de Castille, il y a 791 ans.

7 août - 20 thermidor - jour de l'écluse
Commémoration du décès de Joseph Kosma, musicien, coauteur avec Jacques Prévert de la chanson “les Feuilles Mortes”, il y a 45 ans.

8 août - 21 thermidor - jour de la carline
Commémoration du départ, avec un billet aller simple, de Napoléon Bonaparte pour l'île de Sainte Hélène, il y a 199 ans.

9 août - 22 thermidor - jour du câprier
Commémoration de l'invention du premier janvier comme jour de l'an grâce à la promulgation de l'édit de Roussillon par le regretté roi français Charles IX, il y a 450 ans.

10 août - 23 thermidor - jour de la lentille
Commémoration de la naissance d'Henri Nestlé, industriel suisse, fondateur de la marque éponyme, il y a 200 ans.

11 août - 24 thermidor - jour de l'aunée
Commémoration de l'instauration du suffrage universel en France, il y a 222 ans.

12 août - 25 thermidor - jour de la loutre
Commémoration de la naissance du regretté Erwin Schrödinger, physicien autrichien, auteur de l'équation éponyme et grand ami des chats, il y a 127 ans.

13 août - 26 thermidor - jour de la myrte
Commémoration de la naissance de Luis Mariano, artiste lyrique espagnol, interprète indépassable de la rengaine “on a chanté les politiques qui posent une gerbe pour les commémos”, il y a 100 ans.

14 août - 27 thermidor - jour du colza
Commémoration de la naissance de Ali III ben Hussein Bey, souverain éponyme de Tunis, impuissant face à la colonisation française, il y a 197 ans.

15 août - 28 thermidor - jour du lupin
Commémoration de la bataille de Roncevaux, seconde d'une grande série de défaites triomphales des armées françaises, il y a 1236 ans.

Commémoriquement votre

Références et compléments
- Il y a une grande lurette que je m'étais donné comme objectif d’utiliser au moins trois fois dans une chronique le joli adjectif éponyme. C'est désormais chose faite.

- Voir aussi les chroniques :
. “Le premier janvier a été inventé en Isère”
. “L'insoutenable ambiguïté du défilé du 14 juillet”
. “L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts”

- Le soi-disant air de Luis Mariano est un détournement de la chanson “Mexico” de l'opérette de Francis Lopez “le chanteur éponyme” (+1).

- Les dates indiquées sont celles du calendrier dit grégorien mais aussi celles du calendrier révolutionnaire français qui, non seulement, avait changé les mois traditionnels mais aussi remplacé les saints du jour par une commémoration zoo-botanique.

- Merci à Wikipedia qui a grandement facilité la rédaction.

samedi 26 juillet 2014

Test : changez-vous le monde ?

Nous sommes nombreux - votre serviteur fait régulièrement partie de cette vaste cohorte - à nous plaindre que notre travail change trop fréquemment, manque de visibilité sur le futur et nous met sous pression constante.
Les plaisants acronymes de RPS - Risques Psycho-Sociaux - et de QVT - Qualité de Vie au Travail - sont même apparus pour décrire cet état de fait.

Toutefois, nous oublions trop souvent dans nos récriminations que chacun ou presque d'entre nous est le premier responsable de cette montée du stress professionnel.

Ces dernières années, nous avons radicalement modifié nos comportements personnels, mettant ainsi sous contrainte les entreprises et les services publics que nous utilisons au quotidien.

Je vous propose, comme à l'habitude, de juger sur pièces par l'entremise d'un petit test.
  • Vous êtes l'heureux utilisateur à titre personnel ou familial d’un ordinateur.
    1 point
     
  • Vous êtes l'heureux utilisateur à titre personnel ou familial d'un appareil photo ou d'une caméra vidéo numériques.
    1 point
     
  • Vous êtes l'heureux utilisateur à titre personnel ou familial d'un GPS.
    1 point
     
  • Vous êtes l'heureux utilisateur à titre personnel ou familial d’une tablette.
    2 points
     
  • Vous êtes l'heureux utilisateur d’un smartphone.
    3 points
     
  • Vous vous rendez régulièrement sur au moins un réseau social (Facebook, Twitter, Google+, Linkedin, Viadeo…).
    1 point
     
  • Vous “postez” régulièrement sur au moins un réseau social.
    2 points
     
  • Vous achetez régulièrement du carburant en libre-service.
    1 point
    Ajoutez 1 point si ces achats ont lieu principalement le dimanche ou entre 20:00 et 08:00).

     
  • Vous effectuez vos achats alimentaires dans au moins 8 commerces différents.
    1 point
     
  • Vous avez déjà acheté une voiture de moins d’un an d’âge en dehors d'une concession dûment patentée par la marque.
    3 points
     
  • Vous consultez, sur internet, des horaires, des catalogues, des commentaires d'utilisateurs, des revues techniques ou d'usage.
    1 point
    Ajoutez 1 point si ces achats ont lieu principalement le dimanche ou entre 20:00 et 08:00.

     
  • Vous utilisez des services en ligne (billetteries, banques, assurances…)
    2 points
    Ajoutez 1 point si ces achats ont lieu principalement le dimanche ou entre 20:00 et 08:00.

     
  • Vous achetez régulièrement des biens sur internet
    3 points
    Ajoutez 1 point si ces achats ont lieu principalement le dimanche ou entre 20:00 et 08:00.

     
  • Vous avez déjà déposé au moins 5 avis sur des sites suggérant aux usagers de donner leur opinion sur des biens, services ou commerces.
    2 points
    Ajoutez 1 point si cela a lieu principalement le dimanche ou entre 20:00 et 08:00.

     
  • Vous avez déjà choisi au moins 5 fois un bien, un service ou un commerce en fonction des avis postés sur des sites suggérant aux usagers de donner leur opinion.
    3 points
    Ajoutez 1 point si cela a lieu principalement le dimanche ou entre 20:00 et 08:00.
     
  • Vous payez au moins 3 de vos factures récurrentes (impôts, eau, gaz, électricité, télécommunications, loyer, charges…) par un moyen dématérialisé.
    1 point
     
  • Vous avez déjà vendu ou échangé un bien ou un service sur internet.
    5 fois par an ou plus : 3 points.
    Moins fréquemment : 2 points.

     
  • Vous rédigez ou encaissez moins d'un chèque par mois.
    1 point
     
  • Vous consultez régulièrement la presse en ligne payante.
    1 point
     
  • Vous consultez régulièrement la presse en ligne gratuite.
    2 points
     
  • Vous avez déjà publié au moins 1 article ou au moins 5 commentaires sur un ou plusieurs sites de presse ou d'opinions.
    3 points
     
  • Vous vous êtes procuré, sous une forme dématérialisée, de la musique, des films, des séries ou émissions TV, des livres, des jeux vidéos ou d’autres produits culturels gratuitement ou à prix très modique.
    3 points
    Ajoutez 1 point si cela a lieu principalement le dimanche ou entre 20:00 et 08:00.

     
  • Vous effectuez régulièrement des voyages en avion.
    Au moins un aller-retour annuel : 1 point.
    5 ou plus aller-retour par an an : 2 points.

     
  • Vous effectuez au moins un voyage à l'étranger par an (quel qu'en soit le motif).
    De un à trois pays différents : 1 point.
    Quatre pays différents et plus : 2 points.
     
  • Vous rapportez de ces voyages des biens notablement moins chers que dans votre pays de résidence.
    Uniquement alcool ou tabac : 1 point.
    Sinon : 2 points.
     
Votre total n'excède pas 16 points : les changements induits par la troisième révolution industrielle ne vous affectent guère. 
Vous n'utilisez que les plus incontournables d'entre eux, en partie contre votre gré.

Vous avez obtenu entre 17 et 36 points : vous participez au mouvement ambiant.
Toutefois, vous laissez à d'autres le soin de défricher et expérimenter les nouveaux usages à votre place. Vous ne les adoptez que lorsqu'ils atteignent une maturité correcte.

Votre score dépasse 36 points : vous changez très activement le monde.
Les aspects positifs des mutations en cours vous attirent. Pour autant, avez-vous - avons-nous - suffisamment pesé leurs inconvénients ?

Mutatio-numériquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
. Quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?
Quels métiers choisir pour surmonter la troisième révolution industrielle ?
  

mercredi 23 juillet 2014

Fossile à revivifier en Isère et Savoie

Je vous invite à regarder attentivement la photo ci-dessus.
Si vous n'y distinguez rien de particulier, je vous conseille de consulter votre ophtalmologiste préféré car un magnifique fossile trône au milieu de l'image.

En effet, jusqu'en 1860, le torrent appelé le Guiers Vif, qui circule au fond de cette vallée du massif alpin de la Chartreuse et que le feuillage cache en très grande partie, marquait la limite entre la France, à gauche du cliché, et ce qui n’était pas encore l'Italie, mais le Royaume de Piémont-Sardaigne, de l'autre côté.
Cette frontière a été défendue et gardée plusieurs siècles, jusqu'à ce que les péripéties du Risorgimento - l'unification italienne - la fasse disparaître comme par enchantement.
Désormais, le Guiers sépare les départements de l'Isère et de la Savoie.

70 km vers l'est, l'actuelle limite franco-italienne, grâce à l'Union Européenne et au traité de Schengen, ne se remarque guère plus.
La frontière germano-française, pour laquelle, pourtant, ont péri des millions de combattants de la première guerre mondiale, est désormais aussi peu marquée.
Pareillement, l'ancien rideau de fer, où les Vopos tiraient à vue sur les émigrants, n'est plus visible lors d'un trajet autoroutier de Varsovie à Francfort ou de Venise à Ljublajna.

Toutefois, cette extinction progressive des frontières européennes émeut de nombreux défenseurs de la nature, pardon de l'ordre soit disant naturel des choses.
Ces bons esprits expliquent doctement que notre vague à l'âme et notre économie poussive proviennent de la disparition des bonnes vieilles limites nationales.
D'après ces spécialistes ès vestiges, seul le rétablissement des postes de douanes et du bornage inter-pays, voire des clôtures, peut nous ramener la paix et la prospérité d'antan.

Bien entendu, ces savants autoproclamés, en fonction d'où ils parlent, divergent sur la détermination exacte de ces limites à réinstituer.
À Budapest, par exemple, historiens et politiques réclament haut et fort la remise en cause du traité de Trianon conclu en 1919 et le retour à l'imposante Hongrie de l'empire des Habsbourg.
De même, sous prétexte de mémoire et de généalogie, des associations de descendants d'allemands des Sudètes militent ouvertement pour que le chancelier berlinois gouverne aussi des portions de la République Tchèque et de la Pologne.

Plus au sud et à l'est, on est encore plus entreprenant.
Ces derniers jours, d'héroïques patriotes ont eu le courage de quitter l'univers feutré des paroles et des idées pour passer aux actes concrets.
En Ukraine, en Palestine-Israël, en Irak et en Syrie, de glorieux combattants ont pris les armes et n'hésitent pas à sacrifier civils et voisins pour redessiner une frontière à leur convenance.
Verser du sang autour de futurs fossiles est, à en croire les propagandistes de tous les camps, plus que jamais, une nécessité impérieuse et un devoir moral.

Pour conclure ce billet, désireux de me conformer à l'ambiance du moment et d'apporter ma pierre à la reconstruction des nations, je rétablis donc, à ma façon, l'ancestrale frontière franco-sarde de Savoie.

Frontièro-patriotiquement votre

Références et compléments
- La photo a été prise par mes soins dans le massif de la Chartreuse, à la limite des départements français actuels de l'Isère et de la Savoie, sur la route des Entremonts située sur la rive iséroise du Guiers Vif, à l'aplomb du tunnel du Frou.
- L'excellent logo “coexist” provient de la campagne éponyme.

mardi 15 juillet 2014

Le mail version moderne du chalut dérivant

Un philatéliste, avec qui j'ai été en contact fugace il y a plus de 5 ans, vient de publier, à compte d'auteur, un livre consacré à un thème injustement méconnu : les oblitérations du jour de l'an entre 1876 et 1900 de timbres de type Sage.
Pressé de lancer son chef d'oeuvre et de rentrer dans ses frais, l'auteur a profité de l'enthousiasme entourant le 14 juillet pour envoyer un courrier promotionnel à son très fourni carnet d'adresses électroniques, en prenant soin de ne cacher aucun destinataire.

Ce qui devait arriver arriva, les réponses à cet envoi non sollicité ont commencé à tomber comme à Gravelotte.

Émoustillé par le défilé militaire sur les Champs Élysées et désireux de réaliser une expérience sociologique, j'ai, à mon tour, expédié à l'ensemble des prospects de l'expert en sagesse philatélique les trois simples lignes suivantes :
    Bonjour à tous
    Pourriez-vous, les uns et les autres, faire attention aux adresses que vous utilisez et cesser vos envois de spam.
    Merci d'avance
Les résultats ont dépassé toutes mes espérances en volume comme en qualité. Jugez sur pièces au travers de quelques échantillons de l'abondante correspondance que je reçois depuis hier.

- De la part de l'agent noreply@manche.fr du Conseil Général de la Manche / Gestion des Relations avec les Citoyens
    (Ne pas répondre à ce message SVP)
    Bonjour,
    Nous accusons réception de votre message concernant l'objet suivant : Re: [philatelie] CATALOGUE : TIMBRES de TYPE SAGE - LES OBLITERATIONS JOUR DE L'AN 1876 - 1900.
    Il sera traité sous le numéro _REF331427.
    Cordialement
- De la part de Mr A*** D***
    cher monsieur
    je viens de remarquer que je me suis trompe sur le prix j'attends donc votre accord pour vous envoyer demain 15 euros en timbres neufs valables pour affranchissement afin de recevoir votre etude sur les sages
    merci de votre reponse
- De la part de g***.c***@wanadoo.fr
    Vous avez tout à fait raison
- De la part de CLUB PHILATELIQUE
    ??????????????????????????????
- De la part de contact@a***.fr
    JE NE COMPRENDS RIEN A VOTRE MESSAGE §
- De la part de breaksunshine@***.com
    hello, can you please tell me in English what you wanted.
    I don't speak Spanish that well.
- De la part de J.P. G***
    bonjour,
    en réponse "aux uns et aux autres", (dont je ne fais pas partie),  je vous averti que je ne vous ai jamais rien commandé.
    je vous retransmets la réponse que je viens de faire à Mr. *** qui semble à l'origine des ces spams :
    bonjour Mr. ***
    je ne sais pas pourquoi vous m'envoyez ce message car je n'ai rien commandé.
    rappel à la Loi : merci de supprimer mon adresse mail de votre liste.
    cordialement
- De la part de T*** Philatélie
    je pense que c'est une erreurs
- J'ai gardé le meilleur pour la fin, de la part de vodou gan
    bonjour  mon enfant je viens tout juste de vous lire et je tiens a m’excusez auprès de vous pour le retard connue lors de ma réponse car j'étais entre temps au couvant sur un travail que je viens de terminé.
    alors je tiens a vous dire que je suis un marabout qui pourra vous aidez dans tout vos souci car cela en faire partir de mes travaux et de plus j'en est démontré a plusieurs personnes raison pour lequel grand nombre de personne qui ont pris par moi en témoigne ma puissance.
    alors sans plus tardez veuillez me faire part de tout votre souci sans rien oublié afin que je puisse vous venir en aide car comme je vous l'avais dire j'avais un travail dont je viens de terminé alors je serai en attente de vous lire.
Du Sage au marabout, il n'y a qu'un pas, pardon qu'un mail, voire un spam ...

Sociologiquement votre

Références et compléments
- L'orthographe, la ponctuation et la typographie des messages reproduits dans cette chronique sont garantis authentiques.
- Les timbres de type Sage ont été en circulation en France pendant 24 ans entre 1876 et 1900. Ils servaient aux affranchissements les plus courants et, d'inspiration très libérale, représentaient la Paix et le Commerce.
  

lundi 14 juillet 2014

L'insoutenable ambiguïté du défilé du 14 juillet

Quatorze, c'est fou c'que t'es triste
Quand sur un édifice
T'es suivi de dix-huit
Quatorze, c'est fou c'que t'es gai
Quand au calendrier
T'es suivi de juillet
Jean Ferrat

Au matin du quatorze juillet
Je reste dans mon lit douillet
La musique qui marche au pas
Cela ne me regarde pas
Georges Brassens

Tous les ans, au cœur de l'été, du Tour de France et parfois de la coupe du monde de football, je ressens le même malaise avec le défilé militaire du 14 juillet sur les Champs Élysées.

Faire parader soldatesque et politiques est singulièrement passé de mode.
Il n'y a plus guère qu'à Moscou, Beijing et Pyongyang que ces démonstrations de force sont organisées.
Voir mon pays voisiner ces champions de la démocratie et de l'amitié entre les peuples ne me remplit pas de fierté patriotique.

Ce défilé est un oxymore à lui seul.
Désormais, sensé être un hommage à la paix, il met en valeurs soldats et armements pendant deux heures. Comme si Rafales, chars Leclerc, FAMAS et légionnaires étaient des avatars du rameau d’olivier.

Honorer le glorieux passé des armées françaises est une sinistre blague.
Pendant plus d'un siècle, l'establishment militaro-politique français n'a tragiquement cessé de se tromper.
En 1914, il a recherché une guerre qui devait être rapide et aisée et qui se termina avec 9 millions de morts ainsi que 8 millions d'invalides.
Dans les années 1930, commandement  et gouvernements français firent l’inverse et ne surent pas barrer la route au nazisme.
Dernières aventures en date, les guerres coloniales du Vietnam et d'Algérie n’ont fait que retarder des échéances inéluctables et ont remis en vigueur la pratique du coup d'état oubliée depuis Napoléon III.

Enfin, alors que le défi de la France est de se tourner dare-dare vers l'avenir et le monde, aligner en rangs d'oignons bidasses et panzers sur la plus belle avenue du monde n'est probablement le meilleur moyen d'aider le pays à - si j'ose l’expression - se remettre en ordre de bataille.

Commémoriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts" et "Descendants de sans-papiers morts pour la France entre 1914 et 1918".

samedi 12 juillet 2014

Il est temps de supprimer le bac !

Tous les ans, trois bons mois avant l’automne, 700 000 jeunes français sont soumis au rite initiatique du baccalauréat.
Cet examen a supplanté par son inutilité symbolique feu le service militaire. Jugez sur pièces.

Les documents ainsi que les ordinateurs et autres engins connectés sont interdits pendant les épreuves.
De surcroît, tout est fait pour que chaque lycéen ne puisse pas échanger avec ses petits camarades.
Le bac privilégie donc le travail solitaire et la mémoire individuelle de savoirs livresques alors que la vie professionnelle, mais aussi sociale, impose d'agir en équipe et de remplacer les têtes bien pleines et bien faites d'antan par des réseaux de têtes chercheuses.
Au XXIème siècle, nous continuons d'évaluer les jeunes comme sous le règne du regretté Napoléon Ier.

Le bac, à sa création en 1808, vérifiait que les connaissances nécessaires pour exercer, durant toute une vie, une profession prétendument supérieure, étaient acquises. Il permettait aussi à de très rares happy few, désireux de former ensuite de futurs bacheliers, de poursuivre des études supérieures.
À l'heure de l'apprentissage perpétuel jusqu'à la fin de nos jours, qu'elle est, dorénavant, la fonction du baccalauréat ?

Le nombre de candidats a été, très longtemps, microscopique.
Vers 1885, en région parisienne, à peine 900 lycéens tentaient de décrocher cette peau d’âne. En 1970, pas plus d’un jeune sur cinq obtenait le sésame de fin de lycée. La barre des 50% de bacheliers dans une tranche d'âge n'a été franchie qu'en 1992.
Cette année, 7 jeunes sur 8 ont passé le bac et plus de 3 sur 4 ont été reçus.
Le tri des étudiants s'effectue désormais avant le baccalauréat. Les filières sélectives d’enseignement supérieur criblent les jeunes qu’elles retiennent via le système dit admissions post-bac dont les résultats sont connus avant les épreuves.

Tout ce barnum coûte une fortune en deniers publics.
Officiellement, le Ministère de l’Éducation Nationale, qui s'est érigé en gardien du temple napoléonien, évalue la note à grosso modo 60 petits millions d’euros, 85 € par candidat.
Le syndicat des proviseurs de lycée, qui aimerait être débarrassé de cette corvée, pousse l'addition à 1 400 millions.
La facture réelle se situe donc quelque part à mi-chemin vers 700 millions d’euros.
Nous consacrons donc autour de 1 € par mois et par français, soit 0.3% du déficit public, au maintien d'une tradition surannée et néfaste.

Bachotiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Tout savoir (ou presque) sur le déficit public de la France" et "Conserver les savoirs obsolètes".
- Article Wikipedia sur le baccalauréat en France
- L'évaluation statistique officielle du baccalauréat 2014 par le Ministère de l'Éducation Nationale
- Article du magazine Challenge de juin 2013 sur les savants calculs du syndicat des personnels de direction de l'Éducation Nationale à propos du coût du bac.

jeudi 10 juillet 2014

Automobilistes préférez-vous les carrefours libéraux ou administrés ?

Dans de nombreux domaines - professionnels, politiques, économiques, sociaux et même personnels - nous avons tendance, pour venir à bout de dysfonctionnements réels ou supposés, à imaginer puis mettre en place des procédures et des règlements toujours plus ingénieux.

Malheureusement, le remède est souvent pire que le mal.
Face à un problème, nous préférons fréquemment théorie et contrôle plutôt que pratique et confiance.

Pour tenter de vous en convaincre, je vous propose d’examiner le fonctionnement des carrefours routiers en zone urbaine.

Au début de l'automobile, une seule règle existait pour régir le passage des voitures à un croisement de voies, la priorité à droite.
Ce système qui a le mérite de la simplicité fonctionne parfaitement lorsque le nombre de véhicules reste faible mais peine lorsque le trafic devient soutenu. Les conducteurs souhaitant tourner à gauche ou traverser le croisement bloquent les autres voitures.

Pour supprimer cet inconvénient, sens uniques et interdictions de tourner ont été inventés.
Ils résolvent ponctuellement la difficulté en la reportant ailleurs, les automobilistes souhaitant aller dans une direction prohibée étant obligés d'effectuer un détour.

Vinrent ensuite les stops et les cédez le passage.
Un des axes, décrété prioritaire, se voit accorder tous les droits.
Les véhicules venant des rues adjacentes, à l'instar du tiers-état cédant le pas à la noblesse avant 1789, doivent se contenter d'attendre que le trafic dominant daigne se clairsemer.
Comble de l'ironie, les quelques nobles attirés par la gauche suscitent l'ire de leurs condisciples mainstream qu'ils empêchent d'aller de l'avant.

Peu à peu, les feux tricolores se sont imposés.
Cette solution technocratique - savant mélange de technique et de démocratie - est un précurseur de la discrimination positive.
Par l'entremise d'astucieuses modifications chromatiques, les minoritaires possèdent un quota réservé de droits de passage soustraits à la majorité contrainte de s'arrêter.
Certains ingénieurs, ayant constaté que les minoritaires, non contents de fuir les usages établis, sont aussi fantasques et changeants, ont équipé les feux rouges de capteurs et de processeurs. En théorie, ces systèmes dernier cri adaptent le fonctionnement des carrefours aux variations de trafic. En pratique, il s'agit d'exercices en vraie grandeur de discrimination aléatoire.

Enfin, derniers avatars en date, sont apparus les ronds-points dits à l'anglaise.
Ils doivent leur appellation au fait que la Grande Bretagne s'est dotée de tels carrefours dès les années 1960, alors qu'il a fallu attendre les règnes éclairés de François Mitterrand et Zine el Abidine Ben Ali pour que France et Tunisie en équipent leurs voirie.
Comme les priorités à droite, ces croisements circulaires fonctionnent avec une règle simpliste : priorité au véhicule engagé.
Paradoxalement, c'est la diversité des intervenants qui assure la fluidité de la circulation sur un rond-point. La présence simultanée de majoritaires orthodoxes et hétérodoxes ainsi que de minoritaires de tout poil garantit le bon fonctionnement de l'ensemble en alternant les trajectoires.

Je ne peux malheureusement poursuivre plus avant cette analyse routière car je dois, sans délai, franchir un stop, quatre ronds-points et un feu tricolore afin d'aller quérir le ravitaillement familial dans un hypermarché dont vous aurez aisément deviné le nom.

Aussi je laisse chaque lecteur, au vu de sa propre expérience de conducteur, définir le type de carrefour qu'il préfère et, éventuellement, en déduire quelques enseignements applicables en dehors de la route.

Carrefouriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "les ronds-points du Téléthon".