samedi 28 février 2015

Cartographie d'un français de souche

Les gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts,
La race des chauvins, des porteurs de cocardes,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part.
Georges Brassens
Récemment, François Hollande a employé l'expression "français de souche" pour désigner les jeunes crétins qui ont saccagé plusieurs dizaines de tombes et hurlé "Heil Hitler" dans le cimetière juif de Sarre-Union en Alsace.

Cette formule, prisée par l'extrême-droite, m'a laissé perplexe.
En effet, le Trésor de la Langue Française Informatisé indique que souche signifie "base du tronc d'un arbre prolongée par ses racines".
Jusqu'à plus ample informé, chaque titulaire de la nationalité française possède des parents - base de son propre tronc - et des racines.
Aussi "français de souche" ressemble furieusement à un pléonasme, puisqu'il parait difficile d'imaginer une personne, même dotée de l'incomparable génie français, sans souche.

À bien y réfléchir, notre président - soucieux de tourner la page Charlie pour aller refroidir le climat - a surement voulu clore au plus vite son discours en raccourcissant la trop longue locution "français de souche française".
Car certains de mes compatriotes ont des parents et des racines exclusivement hexagonales, quand d'autres sont d'ascendance américano-belge, finlandaise, serbo-croate, néerlandaise, grecque, hispano-tamoul voire arabe !

À demi-convaincu par cette explication, je m'en suis ouvert auprès de mon entourage.
De bons esprits m'ont savamment expliqué qu'effectivement l'aspect français de la souche était sous-entendu dans le propos hollandais et que l'expression permettait de différentier les pieds d'arbre bleus-blancs-rouges de ceux juif ou musulmans, beaucoup plus basanés.
J'avoue n'avoir pas compris la logique de cette classification qui amalgame allègrement nationalité et religion.
En la poussant un peu plus loin, il y aurait donc aussi des souches catholiques, protestantes, bouddhistes, hindoues, agnostiques et même athées.
Une pincée de génétique ne pouvant pas faire de tort, je trouve que l'importance donnée aux souches à la chevelure brune, aux yeux marrons, myopes et daltoniens ainsi qu'avec une prédisposition naturelle à la fainéantise est par trop insuffisante.

Perturbé par ce désintérêt et cette sémantique floue, j'ai finalement entrepris, pour me remettre les idées en place, de cartographier ma souche personnelle.

Venu au monde à Paris, de père et de grand-père tout deux nés aussi à Lutèce, je pensais jusqu'alors que la gauloisitude de mon pedigree n'avait d'égal que celle de ma moustache - encore que certains y voient de la polonitude façon Lech Walesa -.
À partir de mon arbre généalogique, j'ai placé sur une carte les lieux de naissance connus de mes ancêtres vers 1700, au coeur du règne de Louis XIV, 8 à 9 générations en arrière.

Mes ancêtres vers 1700
Rouge : attesté aux alentours de cette date.
Vert : attesté après 1700 (branche généalogique interrompue).
Bleu : attesté avant 1700.
Noir : non formellement attesté mais très probable vers 1700.
Le résultat est pour le moins dispersé.
D'ouest en est, on repère successivement :
  • La Normandie, vers Avranches.
  • Les confins de l'ancienne Bretagne, désormais département de l'Ile et Vilaine, et de la province du Maine, devenue Mayenne.
  • La Sologne, au sud d'Orléans.
  • Le Berry, autour de Bourges, de la Châtre et de Vallon en Sully.
  • Le Bourbonnais, à l'ouest de Montluçon.
  • Paris.
  • La vallée de l'Oise.
  • Les Ardennes, des deux côtés de la frontière franco-belge, pourtant tracée par Louis XIV en 1697 à l'issue des traités de Ryswick.
  • La Savoie, qui ne devint française qu'en 1860 et dont les ducs, qui régnèrent à Turin après Chambéry, s'auto-promurent rois d'Italie à cette occasion.
  • L'Alsace qui eut, du quinzième au vingtième siècle, des propriétaires nombreux, enchevêtrés et changeants.
  • La vallée du Rhin aux alentours de Mayence en Allemagne.
  • La Galicie aux limites entre l'empire des Habsbourg et celui des Tsars russes, aujourd'hui partagée entre Pologne, Slovaquie et Ukraine.
Bref, ma souche, à l'instar de celles de beaucoup d'arbres, est sérieusement ramifiée et non exclusivement française.
Finalement, ma polonitude moustachière est peut-être moins fortuite que je ne le pensais jusqu'ici.

Souchiquement votre

Références et compléments
- Consulter une version interactive de la carte généalogique de mes ancêtres au début du dix-huitième siècle.

- Voir aussi mes autres chroniques traitant de généalogie, notamment :
. Descendants de sans-papiers morts pour la France en 1914-1918
Généalogie de la croissance - L'histoire familiale raconte l'économie et la démographie
. Un enfant c'est un papa et une marâtre

- Mes pages de généalogie

lundi 23 février 2015

Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National

Chers amies et amis

Je me permet - et j'espère que vous l'accepterez - de vous appeler amis car nous vivons dans le même pays et nous nous fréquentons au quotidien dans nos lieux de vie, dans les transports, au travail, dans les commerces ou encore lors de nos loisirs.

Vous avez une envie très forte - et peut-être l'avez-vous déjà fait - de voter Front National au cours des prochaines élections.
Par beaucoup de côtés, je vous comprends.

Le chômage massif et la croissance atone avec leur cortège de difficultés sont une détestable réalité qui dure depuis le premier choc pétrolier de 1973.
Désormais, presque deux générations sont nées avec aux oreilles ce mot lancinant de “crise”.
Notre situation économique, sociale et même sociétale s'est encore plus aggravée depuis 2008. Voici bientôt 7 ans, qu'aucune accalmie n'est en vue.

Pour comble de malheur, nos partis politiques traditionnels - et d'une manière plus générale ce qu'il est convenu d'appeler nos “élites” - semblent incapables de prendre la mesure de l'état réel de notre pays et du monde.
Leurs imaginations sont en berne, leurs propositions convenues et leurs gestions successives prévisibles et inefficaces. L'incantation et la tambouille électoraliste ont remplacé la réflexion et la stratégie.

Face à ce manque de boussole, Marine Le Pen et son parti ont le mérite de chercher à simplifier un univers devenu trop complexe et d'apparaître neufs vis-à-vis d'un échiquier politique usé jusqu'à la corde.
Toutefois, à trop simplifier, le risque est de confondre la proie et l'ombre, les causes et les effets.

Aussi, si votre inclination personnelle est de voter aux prochaines échéances électorales pour le Front National, avant que votre choix devienne définitif, je vous invite à l'examiner sous quatre angles peu évoqués dans le débat médiatique.

Souhaitons-nous mettre en danger 1 emploi français sur 3 ?

Pour doper notre économie, Marine Le Pen envisage de rétablir droits de douane et obstacles réglementaires aux frontières de la France.
Le Front National évoque aussi une sortie de l'Euro et un retour au Franc, de manière à améliorer notre compétitivité par une dévaluation monétaire.

En apparence, ces mesures paraissent séduisantes puisqu'elles protégeraient, au moins partiellement, les usines hexagonales concurrencées par des entreprises étrangères au faible coût de main d'oeuvre.
Malheureusement, il faut s'attendre à des mesures de rétorsion, au moins équivalentes, de la part des pays empêchés d'exporter en France.

Or, actuellement, entre un gros quart et un petit tiers de tout ce qui est produit en France est vendu hors de nos frontières.
Autrement dit, sensiblement 1 emploi sur 3, à commencer par celui de votre serviteur, est directement dépendant des exportations.

Barrières douanières et dévaluation comportent même un second effet kiss cool.
Une grande part de ce que nous exportons, notamment nos productions industrielles le plus élaborées, intègre des composants fabriqués à l'étranger. Droits de douane et sortie de l'euro accroîtraient le coût, non seulement de nos importations, mais aussi de ce que nous exportons.

Souhaitons-nous vraiment plomber, encore plus qu'aujourd'hui, ce qui reste de nos fleurons industriels nationaux, Peugeot, Renault, Airbus et consorts ?

Souhaitons-nous l'augmentation du prix du carburant, des vêtements et des téléphones ?

Le fonctionnement de notre économie est très dépendant de l'étranger.
La France ne possède pas d'hydrocarbures dans son sous-sol et, donc, importe tout son pétrole et son gaz.
De même, les usines textiles ou électroniques ont presque complètement déserté notre pays.

Créer ou recréer de telles industries, même en supposant que nous ayons simultanément le financement et la volonté de le faire, nécessiterait de très longues années.

Dans l'intervalle, douane et dévaluation obligent, les prix de nos vêtements et de notre matériel informatique ou télévisuel ainsi que celui du carburant partiraient au plafond, une augmentation probablement de l'ordre du quart, voire du tiers, de leurs valeurs actuelles.
Il en irait de même pour toutes les autres importations non substituables à court terme.

Souhaitons-nous vraiment encore plus diminuer notre niveau de vie ?

Souhaitons-nous la diminution du nombre de touristes ?

Le Front National, en plus des barrières économiques, projette de rompre les flux migratoires par une politique stricte de visas et de contrôles aux frontières.

Outre la mise en place, à l'étranger, de mesure identiques vis-à-vis de nos compatriotes, il faut s'attendre à ce que ces restrictions ternissent sérieusement l'image de la France, notamment dans les pays libéraux, à monnaie forte et à hauts revenus d'où viennent, chaque année, l'essentiel des 85 millions de touristes - 250 000 étrangers chaque jour - qui visitent notre bel Hexagone.

Souhaitons-nous vraiment vider nos plages, nos aéroports, nos hôtels et nos musées ?

Souhaitons-nous faciliter la tâche des djihadistes ?

Les mesures économiques et migratoires prônées par Marine Le Pen, si elles étaient mises en oeuvre, couperaient assez nettement la France de ses voisins européens et de ses partenaires dits occidentaux ainsi que des pays africains et arabes.

Très difficile, dans ces conditions, de faire partie d'une alliance militaire destinée à lutter contre les guérillas terroristes, comme récemment au Mali ou actuellement en Irak et Syrie.

Impossible aussi d'y aller seul car nos moyens diplomatiques, militaires et budgétaires ne le permettent déjà pas.
Pourtant l'armée française, au niveau mondial, fait partie du cercle très fermé de la dizaine de forces capables d'être décisives sur le terrain.

Souhaitons-nous vraiment faire un cadeau inespéré aux djihadistes en leur enlevant un de leurs meilleurs ennemis ?

Le sort de la France dépend de notre bulletin de vote

Chers amies et amis, l'avenir de notre pays - le mot n'est pas trop fort - se décidera au cours des prochains scrutins nationaux.

Vous espérez, autant que moi, le meilleur pour notre patrie, je n'ai aucun doute à ce sujet.
Notre pays possède beaucoup d'atouts que quelques coups de pouce pourraient aisément mettre au premier plan, à condition d'accepter la complexité et l'interdépendance du monde actuel.

Aussi, humblement, je vous demande, avant d'arrêter votre choix, de réfléchir aux quatre questions évoquées dans ce billet.
Êtes-vous certains, au fond de vous-même - au delà de l'énervement, voire du dégoût, que nous sommes nombreux à ressentir - d'agir, à moyen terme, en faveur de vos convictions et aussi des intérêts de la France et des français ?

Ou, autre manière de formuler les mêmes interrogations, êtes-vous certains que le Charles de Gaulle de juin 1940 - symbole du refus de la débâcle et du renoncement national - soutiendrait aujourd'hui le programme de Marine Le Pen ?

Franchement votre

Références et compléments
- Voir aussi :
Une chronique détaillant le programme économique du Front National et ses effets de bord
La chronique "Made in France : où sont vraiment les emplois ?"
Un billet symétrique à propos du vote Ennadha en Tunisie

- Pour se remémorer les ordres de grandeur de l'économie des finances publiques françaises, les 4 chroniques :
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France
Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise

samedi 21 février 2015

Orange lauréat du Dalton d'or

Mon chromatique et agrumique fournisseur de télécommunications m'a récemment expédié un nouvel engin de connexion à internet, plaisamment baptisé en français “boîte vivante”, afin de remplacer le précédent qui commençait à être atteint d'Alzheimer électronique.

Malheureusement, la mise en marche de nouveau dispositif n'a pas été instantanée. J'ai du batailler avec ma toute neuve passerelle vers le cyber-espace et son interface de réglage.

La notice qui l'accompagnait, au demeurant fort bien rédigée, ne m'a été d'aucun secours car le diagnostic dépendait de la couleur de voyants gros comme des têtes d'épingle et pouvant arborer chacun indifféremment les 3 couleurs les moins distinguables par un daltonien : rouge, orange, vert.
Comble d'infortune, ces lumignons ont la riche idée, par moments, de clignoter afin de rendre la détection de leur teinte encore plus hasardeuse.

Heureusement, mes enfants, qui jouissent d'une vision chromatique standard, ont pu et du me venir en aide.
Familialement unis dans l'effort, nous avons pris le dessus sur les clignotants de la “boîte vivante” et retrouvé, dans des délais raisonnables, un lien vers la Toile.
Si j'avais été seul, j'aurais probablement continué à galérer pendant une sacrée lurette. J'aurais peut-être même du faire appel à un voyant pour obtenir leurs couleurs.

Pour convaincre les nombreux lecteurs non daltoniens de ce blog, je vous propose deux photos.

Tout d'abord, ma “boîte vivante” en vision standard, c'est à dire, en l'occurrence, à travers l'objectif parfaitement objectif de mon appareil photo.


Ensuite, la même “boîte vivante”, telle que perçue par un daltonien deutéranope.


Si, comme votre serviteur, vous ne distinguez aucune différence de teinte des loupiotes entre les deux images, trois possibilités s'offrent à vous :
- soit l'écran sur lequel vous lisez cette chronique a un gros souci,
- soit vous êtes sous l'effet de substances que, généralement, la faculté de médecine et les forces de police recommandent simultanément de prohiber,
- soit vous êtes très probablement daltonien.

À l'inverse, si votre perception des voyants n'est pas identique entre les deux clichés, vous êtes, à coup sur, un client privilégié d'Orange.

Daltoniquement votre

Références et compléments
- Tel un technicien de cinéma césarisé, je remercie vigoureusement ma famille à qui je dois doublement cette chronique, par le rétablissement de la connexion internet et par l'assistance apportée pour ne pas mélanger les 2 images ci-dessus.

- Voir aussi les chroniques :
- L'image transformée a été obtenue grâce à l'application ChromaGlass

- Le Dalton d'or est un trophée destiné à récompenser les systèmes cassant les pieds aux daltoniens dans leur vie quotidienne.
Les candidatures au Dalton d'or sont les bienvenues et peuvent être envoyées à l'auteur de ce blog qui démocratiquement délibérera seul en son âme et rétine.

- La dyschromatopsie, couramment baptisée daltonisme, est une anomalie de la vision dans laquelle un ou plusieurs des trois types de cônes de la rétine oculaire, responsables de la perception des couleurs, sont déficients.
Environ 1 homme sur 12 et 1 femme sur 200 ont les cônes qui déconnent.
Pour plus de détails se reporter aux articles Wikipedia sur le daltonisme en français et en anglais.
   

mardi 17 février 2015

Tentative d'explication de la laïcité française à mes amis hors de l'Hexagone

"Ceux qui suivent leur conscience sont de ma religion et je suis de la religion de ceux qui agissent bien"
Henri IV, vers 1598
Les attentats de janvier 2015 à Paris et leurs séquelles à travers le monde ont remis au premier plan la "laïcité".
Cette singularité française, peu traduisible dans une autre langue, est souvent mal connue, donc peu comprise, en dehors des frontières du pays de Voltaire.
Aussi amis lecteurs de Tunisie, d'Italie et d'un peu partout ailleurs, je vais essayer, avec mes modestes moyens, de vous initier à ce mystère insondable.

Le fruit d'une histoire religieuse tourmentée


Diversité religieuse et athéisme

Depuis des lustres, la France est un grand bazar de la bonne et de la mauvaise foi.

De multiples communautés juives sont établies dans l'Hexagone de longue date.
À la Renaissance, l'éclosion du protestantisme a rompu le monopole du catholicisme.
Et de 1815 à aujourd'hui, les vagues successives d'immigration ont singulièrement élargi la palette religieuse.

De surcroît, dès le 18ème siècle, la non croyance a grignoté des parts de marché de plus en plus conséquentes.
Ainsi, de 1750 à la Révolution française, de multiples curés d'Île de France indiquaient, dans leurs rapports à l'évêché, que présence à la messe et confessions diminuaient sans véritable réprobation sociale.
La toponymie urbaine est d'ailleurs le reflet de cette propension nationale à l'incroyance.
Beaucoup de rues et de places portent le nom de personnages illustres à l'athéisme et, parfois même, à la haine de la religion revendiqués : Robespierre, Jules Ferry, Jean Jaurès, Georges Clémenceau, Léon Gambetta, Émile Zola, Victor Hugo, Léon Blum, Jean Moulin, Pierre et Marie Curie, Louise Michel, Marcellin Berthelot ...
Aujourd'hui, une grosse moitié de français se déclare hors religion.

Violents conflits

Les sinistres guerres de religion entre protestants et catholiques, symbolisées par le massacre de la Saint Barthélémy en 1572, ont ensanglanté le 16ème siècle.
Quelques décennies plus tard, Louis XIV tenta avec ses "dragonnades" d'en finir par la violence avec les disciples de Calvin. Une fraction importante des protestants quitta alors la France pour les Pays-Bas, l'Allemagne ou l'Afrique du Sud.

Lors de la Révolution française, puis sous la Commune de Paris en 1871, l'église catholique et une partie de ses fidèles furent victimes de persécutions, dont la guerre civile en Vendée dans les années 1790 fut l'apogée.
La séparation des églises et de l'état après 1905 s'est accompagnée de bruits de bottes et de sérieuses échauffourées.

Un antisémitisme grandissant a entaché la fin du 19ème siècle et la première partie du 20ème. Il a débouché sur la déportation en masse de juifs par Pétain, Laval et les nazis durant le second conflit mondial.

Agnostiques, incroyants et déviants ont été pourchassés par l'inquisition et la monarchie jusqu'au milieu du 18ème siècle.
La torture et l'exécution publiques, dénoncées par Voltaire, du chevalier de la Barre en 1766 furent le dernier emblème d'une longue série à laquelle il faudrait ajouter la persécution des cathares, vaudois et sorciers de toutes obédiences.

Longue marche en zigzag vers la laïcité

Heureusement, des porteurs de paix et de tolérance ont, à plusieurs reprises, interrompu cette litanie de massacres et malheurs.

En 1598, en signant l'Édit de Nantes, Henri IV met fin aux guerres de religion.
En garantissant aux protestants la liberté de conscience, ce texte, très moderne dans son essence, crée la distinction entre le sujet politique, qui doit obéissance à son roi, et le croyant, libre de ses choix spirituels remisés dans la sphère privée.
Même, si une soixantaine d'années plus tard, Louis XIV, petit-fils d'Henri IV, tenta de revenir en arrière, le ver était dans le fruit et le droit divin catholique de la monarchie était irrémédiablement fêlé.
“Henry par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre [...] ordonnons [...] à tous nos sujets [de] se contenir et vivre paisiblement ensemble comme frères, amis et concitoyens, sur peine aux contrevenants d'être punis comme infracteurs de paix et perturbateurs du repos public”.
Henri IV - Extrait de l'article 2 de l'Édit général de Nantes d'avril 1598
Original de l'Édit Général de Nantes proclamé par Henri IV en avril 1598

La Révolution française a instauré la citoyenneté pour tous.
Les religions minoritaires acquirent définitivement droit de cité et les agnostiques furent nombreux parmi les leaders du nouveau régime.
"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses."
Extraits des articles 1 & 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen d'août 1789, désormais intégrée à la constitution française
Deux mesures symbolisent cette autonomisation de l'individu par rapport aux communautés religieuses.
D'une part, les registres d'état-civil furent soustraits aux curés, pasteurs et rabbins pour être confiés aux mairies. D'autre part, le mariage civil fut institué et rendu non seulement obligatoire mais aussi préalable à tout mariage religieux.
Les régimes monarchiques qui se succédèrent ensuite, malgré leurs envies, ne réussirent pas, au grand dam du Vatican, à faire rentrer le dentifrice dans le tube.

Le catholicisme ayant marqué fort peu d'entrain au rétablissement de la démocratie et de la république après la chute de Napoléon III en 1871, la partie athée de la classe politique et de l'opinion bascula dans l'anticléricalisme, plus souvent agressif que modéré.
Le projet laïc était clairement de supprimer l'emprise de la religion catholique sur la société.

Caricature anticléricale de la fin du 19ème siècle

Beaucoup de protestants et de juifs s'associèrent aux anticléricaux car ils y virent l'opportunité de sortir de leur position plus tolérée qu'acceptée ainsi que de la tutelle de l'état.
Quelques rares catholiques “non cléricaux”, autour de Marc Sangnier et de son mouvement le Sillon, se sont aussi joints au camp dit laïque.

La laïcité française est donc issue d'un compromis politique improbable entre toutes les nuances de la gauche et du centre de la fin du 19ème siècle, liguées contre le conservatisme catholique aux importants relents monarchistes.
Dans ce rassemblement disparate, les anticléricaux virulents voisinaient des républicains abstraits, des libéraux et des minorités religieuses.

Lettre du 31 janvier 1849 adressée depuis une zone protestante dans le sud de l'Isère au Sous Directeur des Cultes non catholiques au Ministère de l'Instruction Publique et des Cultes.
Au milieu du 19ème siècle, l'état français conservait une vraie mainmise sur les religions, que ce soit le catholicisme majoritaire, mais aussi le protestantisme et le judaïsme minoritaires.

Le débat - ou plutôt le combat - fut alors acide et acéré. Cette période de très fortes convulsions est appelée par les historiens "la guerre de deux France".
Polémistes et caricaturistes faisaient feu de tout bois, maniant plus le premier que le second degré.
Par rapport à leurs prédécesseurs du 19ème siècle, les regrettés dessinateurs de Charlie Hebdo font figure de doux rédacteurs d'albums pour jeunes filles.

Caricature anticléricale de la fin du 19ème siècle

En 1881-1882 fut créé, sous la houlette du très colonialiste Jules Ferry, l'enseignement public, laïc - le mot est lâché - et obligatoire de manière à ancrer le régime républicain et, surtout, à diminuer l'influence de l'église sur la jeunesse.

Dans les années qui suivirent, les textes législatifs anticléricaux se sont succédés à un rythme soutenu.
En 1901, une loi emblématique institua la liberté d'association, sauf pour les congrégations religieuses dont la plupart furent réputées dissoutes. En conséquence, 30 000 des 160 000 moines et moniales s'exilèrent hors de France.
En 1903, les congrégations catholiques rescapées furent interdites d'enseignement.

Ce mouvement vers la laïcité culmina le 9 décembre1905 avec le vote de la loi de séparation des églises et de l'état, toujours en vigueur.

Dessin de presse paru au moment de la séparation des églises et de l'état en 1905

La querelle dite religieuse resta vivace jusque dans les années 1920 et ne s'est définitivement éteinte que dans les années 1970-1980.
Je me souviens que, dans le village de l'Oise où j'habitais enfant dans les années 1960, lors des enterrements, une partie importante du cortège - essentiellement des hommes - ne rentrait pas dans l'église et allait ostensiblement au bistrot d'en face pendant la messe pour le défunt.

Un principe très simple : état et religions, chacun chez soi !

La laïcité française est la stricte distinction entre, d'une part, les religions et croyances et, d'autre part, l'état et le politique.

Ce concept repose sur deux piliers exprimés de façon lapidaire au début de la loi de 1905.
“La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.”

Extraits des articles 1 et 2 de la loi de 1905, toujours en vigueur
Ces principes sont désormais intégrés dans l'actuelle constitution française.
“La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.”
Article 1 de la constitution du 4 octobre 1958, toujours en vigueur
La première mouture de la loi de 1905 était franchement anti-religieuse dans ses détails ou, plus exactement, anti-catholique.

Couverture de "la Lanterne" - journal républicain anticlérical" - fin du 19ème siècle

L'état est devenu, séance tenante, propriétaire de tous les édifices ecclésiastiques et a utilisé la force pour appliquer la nouvelle législation.
Les religions ont été sommées d'adopter une organisation dite en "association cultuelle", copiée sur celle du protestantisme et destinée à casser la hiérarchie pyramidale du catholicisme.
Ces dispositions, refusées en masse par les catholiques, ont suscité une forte résistance et des bouffées de violence avec plusieurs victimes.

Affrontements entre soldats et émeutiers catholiques autour de l'église de Quessoy dans les Côtes d'Armor en Bretagne le 10 mars 1906, lors de la "querelle des inventaires".

Petit à petit, une politique "d'apaisement" et "d'accommodements raisonnables" se mit en place. La loi de 1905 fut retouchée plusieurs fois et devint, comme le dit à l'époque Aristide Briand, areligieuse.

Une pratique en 5 points

Au delà des principes généraux, 5 axes concrets fondent la laïcité française au jour le jour.

1) Liberté absolue de conscience

Tout un chacun est totalement libre de croire ou de ne pas croire à ce qu'il souhaite et de changer d'avis autant qu'il lui sied.

Symétriquement, tout un chacun est aussi tenu de respecter et de ne pas entraver les pratiques et les croyances religieuses de ses concitoyens.
Les articles 31 & 32 de la loi de 1905 sont très clairs et détaillés sur ces derniers points. Ils punissent d'emprisonnement toute tentative de pression directe sur des individus en faveur ou contre une religion.

Toutefois, la liberté de conscience suppose aussi la liberté complète d'expression.
Aussi la critique et l'apologie publiques de croyances sont autorisées, sans autre restriction que les menaces ou appels à la haine à destination de personnes.

Autrement dit, je peux, dans les colonnes de ce blog, de manière parfaitement légale, chanter les louanges d'Ahura Mazda, le Dieu du zoroastrisme.
Je peux aussi clamer que cette divinité et son prophète Zarahoustra, au même titre que tous les autres du même acabit, sont des inventions humaines sans message crédible.
Je peux même blasphémer en affirmant qu'un dieu - sans majuscule - qui possède un nom de pile électrique et de voiture japonaise manque de sérieux. Je peux, semblablement, soutenir qu'il faut être sacrément ahuri pour suivre Ahura.
Par contre, je ne peux, en aucun cas, appeler les fidèles lecteurs de ces chroniques à aller perturber une cérémonie du naojote. Je ne peux pas plus, pour complaire au sympathique régime théocratique des ayatollahs iraniens, vous inciter à casser la figure du premier zoroastrien qui passe.

Bien entendu, ce que je viens d'énoncer pour le zoroastrisme vaut pour toutes les formes d'athéisme, de christianisme, de judaïsme, d'islam, de bouddhisme, d'hindouisme, de confucianisme, de taoïsme, de chamanisme, de rose-croix, j'en passe et des meilleurs ...

En pratique, appartenance religieuse et croyances ne peuvent être demandées dans la vie courante.
Toutes les démarches administratives sont strictement areligieuses. Depuis 1872, les recensements officiels ne font plus mention de religion.

De même, employeurs, hôpitaux, banques, assurances et autres organismes ne peuvent s'enquérir de votre spiritualité ou vous traiter différemment en fonction de celle qu'ils vous supposent.
Ainsi, au contraire de l'Italie ou de l'Inde, il est très rare de trouver un quelconque signe religieux dans les locaux d'une entreprise, à l'exception notable des boutiques des monastères ou des commerces halal et kasher.

2) L'état n'intervient pas dans les religions

Depuis 1905, l'état français ne mêle plus de religion. Il ne rémunère plus les clergés, n'intervient plus dans les décisions des différentes confessions et s'interdit de financer tout nouveau bâtiment cultuel.

Toutefois, les pouvoirs publics sont propriétaires de tous les édifices religieux existants en 1905 et en assurent l'entretien.
Paradoxalement, cette disposition a enlevé une belle épine financière du pied du catholicisme, et, dans une moindre mesure, du protestantisme et du judaïsme. Avec la chute du nombre de fidèles, et donc des ressources monétaires, l'église serait, aujourd'hui, bien en peine d'entretenir toutes ses églises.

L'islam, absent de France métropolitaine en 1905, se plaint parfois de distorsion de concurrence. Il doit supporter, avec exclusivement ses propres moyens, investissement et entretiens immobiliers dont ses compétiteurs sont dispensés.

3) Stricte neutralité religieuse et spirituelle de l'état

Dans tous ses actes, l'état doit se tenir à égale distance de toutes les croyances et incroyances.

De ce fait, aucun bâtiment ou service public ne peut présenter de symboles religieux, à l'exception des édifices historiques antérieurs à 1905.
Impossible, par exemple, de trouver en France un crucifix dans un commissariat de police comme votre serviteur a pu l'observer en Irlande.

De même, les agents de l'état, dans l'exercice de leurs fonctions, ne peuvent arborer de signes religieux, effectuer une quelconque propagande spirituelle ou vous interviewer sur votre foi.

Pas question que les billets de banque portent une devise religieuse comme aux USA.

Pas question de permettre aux femmes sapeurs-pompiers de se voiler comme en Tunisie ou aux policiers de s'enturbanner comme en Inde.

Pas question lors d'un mariage civil en mairie d'effectuer, comme en Tunisie, une quelconque prière ou action religieuse.

Pas question, non plus, que président, ministres et élus insèrent dans un discours une référence à un texte sacré, comme aux USA ou en Tunisie. L'homme ou la femme politique qui effectuerait un signe de croix au début d'une intervention, signerait aussi la fin de sa carrière.

4) L'école publique, un sanctuaire inaccessible aux religions

Bien entendu, comme tous les autres services de l'état, les écoles publiques sont mises délibérément en dehors du champ religieux.

Toutefois, les fondateurs et promoteurs de l'école publique vers 1880 - majoritairement anti-religieux - ont voulu aller au delà et en faire un instrument du combat anticlérical.
Les instituteurs - surnommés les "hussards noirs de la République" - se sont longtemps confrontés aux curés dans de nombreux villages et ont été les porteurs de l'idéal laïc.

Malgré les années écoulées et l'extinction de la querelle religieuse, cette conception stricte de l'éducation publique a toujours cours aujourd'hui et fait consensus chez une majorité de français.
"Il faut que les élèves aient le plaisir d'oublier leur communauté d'origine et de penser à autre chose que ce qu'ils sont pour pouvoir penser par eux-mêmes.
Si l'on veut que les professeurs puissent les y aider, et l'école rester ce qu'elle est - un lieu d'émancipation -, les appartenances ne doivent pas faire la loi à l'école."

Appel au sujet de laïcité de 1989 signé par de nombreuses personnalités académiques
Pour permettre aux jeunes de développer leur esprit critique à l'abri de leurs familles et de leurs communautés, les cours de l'école publique doivent être strictement sans connotation spirituelle.
Il est aussi demandé aux élèves, pendant le temps scolaire, de faire abstraction de leur appartenance religieuse ou idéologique et de ne pas la montrer.
Je me souviens qu'à l'école primaire, les instituteurs obligeaient ceux de mes camarades qui portaient autour du cou une chaîne avec une croix de la rentrer dans leur chemise afin qu'elle ne soit plus visible.

Depuis 2004, suite aux furieuses polémiques à propos des voiles dits islamiques, la législation a été amendée pour refléter formellement dans un texte ces principes ancestraux.
“Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.”
Article L141-5-1 du 15 mars 2004 du code de l'éducation, toujours en vigueur
Pour les familles ne souhaitant pas se plier aux exigences laïques, il existe de très nombreuses écoles confessionnelles privées non soumises ces règles publiques.
Il y a environ 9 000 établissements catholiques qui scolarisent 2 millions d'élèves sur un total de 12. La communauté juive opère 280 écoles recevant 30 000 élèves. Une vingtaine d'établissements islamiques accueillant 2 000 élèves sont venus s'ajouter récemment.

5) Les religions hors du champ étatique et politique

La laïcité trace une distinction nette entre le domaine spirituel, d'ordre privé et individuel, et le domaine politique, de nature publique et collective.

Au fil du temps, l'état a retiré aux cultes toutes les fonctions non directement religieuses : mariages, tenue de l'état-civil, monopole de l'enseignement …

La loi de 1905 a institué des limites encore plus nettes entre exercice de la religion et pratiques politiques.
"[Interdiction] de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte.
[Interdiction à un] ministre d'un culte qui, dans les lieux où s'exerce ce culte, [de] publiquement, par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outrager ou diffamer un citoyen chargé d'un service public.
[Interdiction des] discours prononcés ou écrits affiché ou distribués publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, [contenant] une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou [tendant] à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres."

Extraits des articles 26, 34 et 35 de la loi de 1905, toujours en vigueur
Pour combattre judiciairement l'incitation au terrorisme d'inspiration religieuse, nul besoin de nouveaux textes, cette loi emblématique et séculaire suffit.

Une réalité nuancée

Souvent en France, les beaux principes doivent se contorsionner pour s'adapter à des réalités sociales nécessairement complexes. La laïcité n'échappe pas à cette pesanteur.

Des jours fériés majoritairement catholiques

Sur les 11 jours officiellement chômés en France, 5 sont des dates civiles et 6 des fêtes catholiques.

Tant pis pour les protestants obligés de fêter le 15 août la Glorieuse Assomption de la Très Sainte Vierge Marie et le 1er novembre la Toussaint.

Tant pis pour les athées mondialisés, antimilitaristes et paresseux qui doivent observer le jour de l'an, la fête du travail le 1er mai, la fête nationale le 14 juillet et les commémorations de la fin des deux guerres mondiales.

Tant pis aussi pour les orthodoxes, juifs, musulmans, bouddhistes, hindous et autres zoroastriens absents du calendrier officiel.

Un enseignement confessionnel quand même très laïc

L'immense majorité des écoles privées confessionnelles sont dites "sous contrat".
Seuls 2% des enfants fréquentant l'enseignement privé - c'est à dire 3 élèves sur 1 000 tous modes d'enseignement confondus - sont accueillis par un établissement "hors contrat".

Une école "sous contrat" a passé un accord avec l'état.
Celui-ci assure la rémunération de ses enseignants et une partie de l'entretien de ses locaux, ce qui réduit nettement les frais de scolarité à la charge des familles.
En échange, l'établissement, bien que conservant son "caractère propre", garantit que l'enseignement y est dispensé "dans le respect total de la liberté de conscience" et que "tous les enfants sans distinction d'origine, d'opinion ou de croyances" peuvent s'y inscrire.

Des écoles de l'oxymore en quelque sorte puisqu'elles sont simultanément privées, confessionnelles, publiques et laïques !

Alsace et Moselle hors laïcité

En 1905, l'Alsace et la Moselle faisaient partie de l'Empire d'Allemagne qui les avait conquises en 1870-1871.
Sur le plan religieux, ces régions conservaient alors le régime dit de concordat établi par Napoléon Ier au début des années 1800.

En 1919, après la première guerre mondiale, pour faciliter le rattachement de ces territoires à la France, il a été décidé de ne pas y appliquer la législation laïque de séparation des églises et de l'état.

Aussi, autour de Strasbourg et Metz, un délit de blasphème existe toujours.
Curés, pasteurs et rabbins continuent à être salariés par une République qui pourtant proclame haut et fort de ne jamais le faire.
Mieux même, les évêques catholiques sont officiellement nommés par le président de la république française, qui est le dernier chef d'état au monde à posséder ce privilège suranné.

Votre serviteur - pur et fier produit de l'école publique, laïque et obligatoire - est quelque peu mal à l'aise qu'une partie de ses impôts finance des clergés, même s'il s'agit des sommes minimes.

---

Voilà, chers amis lecteurs hors de l'Hexagone, ce voyage au coeur de la laïcité française touche à sa fin.
J'espère qu'il vous aura un peu éclairé sur les étranges coutumes des compatriotes de Voltaire et de Georges Clémenceau.
Vos commentaires et questions sont, par avance, les bienvenus et pourront, le cas échéant, fournir un prétexte à écrire une suite à cette chronique.

Franco-laïquement votre

Références et compléments
- Voir aussi d'autres chroniques sur des thèmes connexes
- Pour aller plus loin
- Crédits images
  • Le chêne quessoyais pour la photo des affrontements de 1906 en Bretagne lors de la querelle des inventaires
  • Wikimedia Commons pour les caricatures et l'édit de nantes
  • histoirepostale.net pour la lettre de 1849

mardi 10 février 2015

De l'iPhone et de la capacité calorifique du 1,2-dichlorotétrafluoroéthane

En 1982, alors que je commençais à travailler, j'ai eu besoin, pour une étude, de caractéristiques physiques de gaz réfrigérants.

Heureusement, je faisais alors partie d'un laboratoire de recherche situé à quelques encablures de la bibliothèque universitaire de Grenoble.
Je n'eus qu'à traverser la rue. En une bonne heure de recherches assidues, je trouvais mon bonheur et, moyennant finances, je photocopiais de précieux tableaux de valeurs.
Je conservais d'ailleurs ces feuilles longtemps après avoir changé de sujet de travail, car "cela pouvait toujours servir".

À l'époque, obtenir les mêmes données techniques en dehors d'une grande métropole, par exemple à Brives la Gaillarde ou à Kelibia, aurait nécessité un voyage au résultat incertain.

Il y a peu, dans le feu d'une conversation animée sur les mutations en cours, j'ai réédité, au pied levé, la même expérience.
Depuis la salle d'attente d'un aéroport, grâce à mon téléphone orné d'une pomme entamée et à Google, en moins de 2 minutes, j'ai dégoté, sans coup férir, la capacité calorifique du 1,2-dichlorotétrafluoroéthane, alias R114 pour les intimes.

Au jour le jour, nous sommes tous les sujets, et, le plus souvent désormais, les acteurs, d'une multitude de telles anecdotes.
Notre plongée au coeur d'un océan d'information, au sens étymologique et générique du terme, est un voyage sans retour.

Calorifiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les autres chroniques traitant des mutations

dimanche 8 février 2015

Un mois après, Ahmed et Charlie toujours vivants dans nos cœurs !

Un mois après les attentats qui ont ensanglanté Paris, quelques photos prises sur les lieux de ces crimes haineux.
Les gestes et les images sont parfois aussi forts que les mots.








#JesuisAhmed
#JesuisCharlie
#Jesuistouteslesvictimes

No pasaran




Tristement votre

Références et compléments
- Photos prises les 7 et 8 février 2015, rue Nicolas Appert et boulevard Richard Lenoir à Paris. La série complète peut être visionnée en suivant ce lien.
- Voir aussi les autres chroniques #JesuisCharlie

mardi 3 février 2015

Enième tragique bégaiement - Voltaire plus que jamais d'actualité

Une citation extraite du traité sur la tolérance de Voltaire, en ce soir de barbarie et de fanatisme renouvelés.
Le droit de l'intolérance est donc absurde et barbare. C'est le droit des tigres. Il est bien plus horrible, car les tigres ne se déchirent que pour manger. Nous nous sommes exterminés pour des paragraphes ...
#IamMuath
#JesuisCharlie

No pasaran

Tristement votre

Références et compléments
- Si vous souhaitez lire le traité sur la tolérance de Voltaire, je vous propose de le télécharger au format électronique epub compatible avec la plupart des smartphones, tablettes et liseuses en cliquant sur ce lien.

J'ai adoré faire mon service militaire

Depuis que des barbares bas de plafond ont abattu en janvier à Paris des dessinateurs antimilitaristes et anticléricaux, médias, sondages et bistrots plébiscitent le rétablissement du service militaire obligatoire.
Cette noble tradition nationale serait, parait-il, une occasion unique de brassage social ainsi que le creuset des valeurs républicaines.

Ayant eu le privilège de passer un an sous les drapeaux, je voudrais témoigner personnellement des hautes vertus de cette corvée, au sens étymologique du terme.

Bien que je me sois présenté à reculons à l'incorporation, je tire une légitime fierté de ma prestation forcée au sein de la Marine Nationale.
D'août 1984 à juillet 1985, alors que la guerre froide battait son plein, le territoire national français n'a jamais été menacé de près ou de loin. Preuve de l'efficacité dissuasive de ma présence, l'épée dans les reins, sous l'Uniforme de la République.

Pourtant, je n'ai porté une arme que deux nuits d'affilée.
Durant mes “classes”, au coeur des landes de Gascogne, revêtu d'un seyant survêtement bleu, j'ai arpenté les couloirs des dortoirs ainsi que les sanitaires aux nombreuses fuites d'eau pour “veiller sur le sommeil de mes camarades”.
Afin de remplir au mieux cette mission tactiquement indispensable, j'avais été doté d'un fusil, qui avait du être moderne vers 1930, sans aucune munition et qui, pour plus de sécurité, avait la culasse soudée.

Mon activité militaire a beaucoup fait progresser mon niveau d'éducation générale.
J'ai appris, en vrac, à coudre un ruban de casquette, à faire un nœud de cravate, à pratiquer la “politesse militaire”, à ne pas jeter par la fenêtre une bouteille de gaz en feu et à chanter “ils ont traversé le Rhin au son des fifres et tambourins”.
Les occasions de s'initier ou de se perfectionner, avec la bénédiction du commandement, aux plaisirs raffinés du tabac, de l'alcool et des contacts tarifés avec la gent féminine étaient - si j'ose dire - légion et à la portée de nos soldes rachitiques.
La pratique du canot à rame sur un étang d'eau douce aurait pu me transformer en véritable marin. Mais, hélas, mon daltonisme, qui m'empêchait de faire la distinction entre les fanaux rouges et verts, a contrarié cette vocation aussi tardive qu'involontaire.
Plusieurs instructeurs zélés ont aussi tenté de m'inculquer la marche au pas, mais, malgré leurs efforts soutenus, douze mois n'y ont pas suffi.
Bref, à mon retour à la morne vie civile, mon employabilité s'était nettement accrue.

Seul, un petit quart de ma classe d'âge a eu le plaisir de servir notre patrie.
Les femmes étaient exclues d'office et l'armée, déjà en panne budgétaire, réformait plus d'une recrue sur deux.
Si vous aviez le bonheur d'avoir effectué quelques études, la malchance d'être sélectionné pour servir l'amère patrie se trouvait illico atténuée.
L'institution militaire s'empressait de vous proposer une version adoucie, voire carrément planquée, de votre passage en son sein : élèves-officiers de réserve, coopérants à l'étranger, scientifiques du contingent, j'en passe et des meilleures.

Votre serviteur est ainsi devenu pédagogue et a défendu le sol natal avec des craies - de couleur qui plus est ! - devant un tableau noir.
Au sein d'un centre de formation de la Marine, j'ai enseigné, à de jeunes matelots fraîchement engagés pour échapper au chômage, la beauté insoupçonnée de la loi d'Ohm et du théorème de Thévenin-Norton.
Afin de conserver la nécessaire distance entre le professeur et ses étudiants, j'ai été doté de l'uniforme et des privilèges des officiers, à l'exclusion des galons. Pendant un an, avec une cinquantaine de collègues tous diplômés, j'ai logé et mangé au mess, au lieu de dormir en chambrée et de profiter de la cantine.
Il va sans dire qu'une fois mes cours effectués, je pouvais aller et venir à ma guise dans la base mais aussi en dehors.
Prof amateur à la motivation minimale, je rentrais à mon véritable domicile chaque week-end alors que les militaires professionnels qui n'obtenaient pas la moyenne à mes contrôles, dont je bâclais la correction, étaient irrémédiablement consignés.

Cette expérience incomparable fut enrichissante à tous points de vue.
Durant une longue année, j'ai rencontré des personnes très variées venues de milieux que je ne connaissais guère, exercé une activité aussi enrichissante que formatrice et mis en pratique notre belle devise Liberté, Égalité, Fraternité.
Il est urgent que les jeunes d'aujourd'hui puissent à nouveau bénéficier de cet exceptionnel apport.

J'allais oublier un petit détail.
Les terroristes d'Action Directe, prédécesseurs rouges des sinistres frères pois chiche, qui ont sévi dans les années 1980 et assassiné Georges Besse et le général Audran, avaient effectué leur service militaire. À l'inverse de votre serviteur, ils y avaient même appris à tirer.

#JesuisCharlie
Insoumiquement votre

samedi 31 janvier 2015

Le Vatican : des Saouds bien de chez nous

Je vous propose, pendant quelques instants, d'imaginer ensemble un état.
  • Cet état, aux origines anciennes, serait, à la fois, partie prenante des affaires du monde et vivant avec ses règles et coutumes propres, la plupart ancestrales.
     
  • Ses dirigeants, tous issus de la même classe sociale, se reproduiraient - le terme renouveler n'étant guère approprié - par un mécanisme proche de la cooptation.
    Le premier d'entre eux serait nommé à vie par ses pairs et jouirait même d'un pouvoir absolu, tant exécutif que législatif et judiciaire.
     
  • Les forces de défense et de police seraient exclusivement composées de mercenaires venus de l'extérieur et répondant à des critères ethniques stricts.
     
  • L'économie se distinguerait par ses spécificités et son opacité, à tel point que les banques des autres pays ne pourraient pas légalement y opérer.
     
  • La citoyenneté - ou plutôt le passeport, le terme citoyen n'ayant guère de sens dans une société féodale - ne s'obtiendrait que très difficilement.
    Pour décrocher le précieux sésame, outre être dans les petits papiers du chef suprême, il faudrait avoir des parents l'ayant déjà, être âgé de plus de 25 ans et, pour les femmes, être mariée.
     
  • Plus des trois quarts de la main d'oeuvre travaillant dans ce pays seraient étrangère.
     
  • Les hommes monopoliseraient la vie publique. Les femmes y seraient peu visibles et reléguées à des rôles subalternes.
     
  • L'habillement, pour des yeux occidentaux, passerait pour éminemment folklorique et manquant de fantaisie.
    La plupart des hommes revêtirait une espèce de grande robe tombante.
    Beaucoup de femmes n'apparaîtraient en public que dûment voilées.
     
  • Il va sans dire que cette monarchie de droit divin n'organiserait jamais d'élections et imposerait sa religion d'état à tous ses sujets.
    Le prototype de la théocratie en quelque sorte ...
     
Que pensez-vous de cet état ?
Avez-vous envie d'y vivre ?
Souhaitez-vous qu'il devienne un modèle ou un guide spirituel pour le pays où vous résidez ?

Cet état existe.
Il est situé par 41° 54' de latitude Nord et 12° 27' de longitude Est.
Il s'agit du Vatican.


Ce micro-état aux mœurs si particulières est-il représentatif de la diversité de 1.7 milliards de chrétiens et de leurs comportements ?
Le pape et ses cardinaux dirigent-ils l'esprit et la conduite du milliard de catholiques ?
Guident-ils aussi les 700 millions d'autres chrétiens, qu'ils soient protestants, orthodoxes ou anglicans ?

Dans cette perspective, je m'interroge sur qui est inspiré par l'archaïque Arabie Saoudite, les barbares de Daech ou les sinistres frères pois chiche et qui ne l'est pas ...

Amalgamiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
- Tous les faits relatés au sujet du Vatican et du Saint-Siège sont rigoureusement exacts. Pour en savoir plus, se reporter, entre autres, aux nombreux articles de Wikipedia.

- Pour plus de détails sur les coordonnées géographiques du Vatican, je conseille l'album de Tintin “le trésor de Rackham le Rouge”.

jeudi 29 janvier 2015

Et pourtant nous pouvons tisser le linceul du vieux monde ...

Entre les dents de jours une rose scintille !
Vítězslav Nezval
En juin 1940, parier une grosse somme chez un bookmaker londonien sur le fait que Winston Churchill était dans le vrai et que la Grande Bretagne allait non seulement résister à l'Allemagne nazie mais aussi qu'Hitler allait être battu à plates coutures était le moyen le plus sur de se retrouver en slip.
Et pourtant …

En décembre 2010, prédire que la Tunisie allait se soulever, expédier Zine El Abidine Ben Ali en voyages d’études approfondies en Arabie Saoudite, déclencher d'autres révoltes arabes et, malgré de tragiques vicissitudes, organiser 3 scrutins démocratiques et 2 alternances politiques était la manière la plus efficace de passer un doux illuminé.
Et pourtant ...

Le lundi 5 janvier 2015, grisâtre jour de rentrée après une morne trêve des confiseurs, annoncer que, lors de la seconde partie de la semaine, la France déclinante et anesthésiée allait relever la tête et connaître sa plus forte mobilisation depuis la seconde guerre mondiale, était la meilleure façon d'obtenir un internement psychiatrique.
Et pourtant ...

Il n’appartient qu’à nous de tisser le linceul du vieux monde ...

#JesuisCharlie
Optimistiquement votre

Références et compléments
- L'expression nous tisserons le linceul du vieux monde est extraite du Chant des Canuts d’Aristide Bruant.
Voici la version de Marc Ogeret de cette chanson française emblématique.

samedi 24 janvier 2015

Combien d'immigrés musulmans en France ?

Beaucoup de bons esprits, dont la voix au chapitre a été affermie par l'actualité française récente, professent que l'hérédité et la géolocalisation engendreraient, une bonne fois - une bonne foi ? - pour toutes, pratiques religieuses, convictions, voire même comportements.
D'aucuns aperçoivent une cinquième colonne à l'emblème du croissant et de l'étoile envahir le pays de Vercingétorix, Charles Martel et Jeanne d'Arc et venir jusque dans nos bras … …
À les croire, ces cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers !

Quoi qu'il m'en coûte, j'ai cherché à mesurer la longueur de cette cohorte à l'aide de l'étalon froid et dépassionné des statistiques.

Comme pour l'estimation des croyances religieuses, les données indubitables manquent car nul ne peut être sommé d'assumer ses aïeux.
Toutefois, l'INSEE effectue des évaluations avec un niveau correct de sérieux scientifique. Les derniers chiffres datent de 2008 et sont représentatifs des ordres de grandeurs actuels.

Combien de migrants et d'enfants de migrants en France ?

À cette date, 4 résidents français sur 5, c'est à dire 52 millions de personnes, faisaient partie de ce que les démographes baptisent plaisamment la population “majoritaire”, c'est à dire nés en France de parents nés aussi en France.
Un cinquième des hexagonaux, 12 millions d'individus, ne répondaient pas à ce critère, car soit nés à l'étranger, soit ayant au moins un de leurs parents venu au monde loin de la patrie de Charles Maurras.
La tranche d'âge de 18 à 50 ans comporte le plus de personnes liées aux migrations, environ un tiers.
Par voie de conséquence, actuellement, 4 nouveaux-nés sur 10 dans notre bel Hexagone possèdent au moins un grand-parent étranger.
Pour l'ensemble de la population, la statistique n'a pas été actualisée depuis longtemps. Raisonnablement la proportion se situe entre un quart et un tiers.
Je vous invite à faire le test dans votre entourage, en remontant même, dans la mesure du possible, aux arrière-grands-parents. La barre symbolique de la moitié est très souvent franchie.
Répartition de la population résidant en France métropolitaine en 2008. "Issue de l'immigration" regroupe les personnes nées hors de France métropolitaine ou avec au moins un parent né hors de France métropolitaine.

D'où viennent-ils ?

Parmi les personnes immigrées ou d'ascendance directe immigrée, une petite moitié, 5.5 millions, un français sur 12, est originaire d'Europe.
Un peu plus de 3.5 millions, c'est à dire un hexagonal sur 18, ont leurs racines au Maghreb.
L'Afrique subsaharienne et la Turquie ont fourni respectivement 1.2 million et 500 000 personnes.
Enfin 2% de la population française, grosso modo 1.3 million, sont liés aux autres contrées de notre belle planète.
Répartition de la population résidant en France métropolitaine en 2008. Mêmes critères que graphique précédent.

Combien de “musulmans” parmi eux ?

Faisant fi de la liberté de conscience et des trajectoires individuelles, de doctes commentateurs professent que croyances et conduites sont déterminées par la géographie des ancêtres.
Selon eux est “musulman” toute individu dont une partie de la famille a des attaches dans des régions où l'islam est la religion majoritaire.

Pour éviter à ces brillants cerveaux une trop lourde charge arithmétique, j'ai effectué le comptage à leur place.
En mettant des lunettes grossissantes, on peut estimer qu'un peu plus de 4.5 millions de résidents français, un sur 14, sont originaires de pays dits “musulmans”.
Ces supposés “musulmans” ne sont pas majoritaires au sein des migrants et enfants de migrants puisque 6 sur 10 d'entre eux ont leurs attaches dans des zones dépourvues de mosquées.
Répartition de la population résidant en France métropolitaine en 2008. Mêmes critères que le premier graphique.

#JesuisCharlie
Mélangiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi, dans la même veine, la chronique "les musulmans en France, combien de divisions ?"

- Sources
  • Etudes INSEE "Immigrés et descendants d'immigrés en France - Insee Références - Édition 2012" et "Trajectoires et Origines - Enquête sur la diversité des populations en France - 2010".
  • Article Wikipedia "l'immigration en France"
- Les phrases en italique en début de chronique sont extraites des couplets 1 et 3 de la Marseillaise de Rouget de Lisle, hymne national de la France.
Liberté, Liberté chérie, combats avec tes défenseurs !

mercredi 21 janvier 2015

Les musulmans en France, combien de divisions ?

En France, les tragiques événements récents ont rallumé le débat sur les religions et l'ethnicité.
Depuis le mitraillage à Charlie Hebdo, "musulman" est devenu un terme tendance dont on ne sait s'il représente les croyants ou les pratiquants de l'islam ou encore les personnes venues de pays à majorité musulmane, voire ceux dont un ancêtre, à un degré mal défini, aurait frayé dans ces lointaines contrées.

Je vous propose, conformément aux habitudes de ce blog, d'envisager ces questions avec le regard froid et dépassionné des statistiques et de vous laisser vous forger votre propre opinion.

L'impossible mesure du religieux

Déterminer les parts de marché des différentes religions dans un pays donné est une question délicate car la foi est de l'ordre de l'intime et nombreux sont ceux sans opinions et pratiques théologiques tranchées.
De surcroît, en France, légalement, la liberté de conscience est absolue et nul n'est tenu de proclamer sa bonne ou sa mauvaise foi.

Imaginons quelques instants un sociologue souhaitant s'enquérir de mes convictions religieuses.
Techniquement, je suis catholique car j'ai été baptisé et mon prénom figure toujours sur les registres ecclésiaux.
Toutefois, à l'exclusion de quelques mariages ou enterrements, je ne vais jamais à la messe.
Quant à mes connaissances des textes sacrés, de leurs commandements et de leur morale ainsi que mes croyances envers les divinités et l'au-delà, ce blog n'étant pas un confessionnal, vous n'en saurez rien et le sondeur non plus !
Histoire de brouiller les pistes, j'ai même déjà expérimenté le divin plaisir de me faire passer pour un adorateur de Satan auprès d'un intégriste devenu aussi effarouché qu'une première communiante.

Le même enquêteur est confronté à de plus grandes difficultés face aux personnes possiblement musulmanes. Les marqueurs statistiques les plus faciles à relever n'existent pas ou peu. L'islam ne comporte pas de sacrements et la prière à la mosquée, quoique recommandée, n'est en rien une obligation. De surcroît, à l'instar du protestantisme, le clergé n'a pas de structure définie et hiérarchique.
La mesure du bouddhisme ou de l'hindouisme n'est pas plus aisée.

Pas étonnant dans ces conditions que les rares sondages et enquêtes sociologiques sur les religions affichent des résultats encore plus flous et contradictoires que les enquêtes politiques.

Afin de surmonter cette difficulté et de complaire à mes fidèles lecteurs, j'ai procédé suivant la méthode dite du comptage des manifestants, consistant à moyenner et à comparer les chiffres de différentes provenances.

Quel est le poids du religieux en France ?

À la question directe "croyez-vous en Dieu ?", une grosse moitié des français interrogés répond oui et une petite non.
Bizarrement, dans cette enquête, l'institut de sondage n'a pas jugé utile de prévoir l'option “ne sais pas”, les agnostiques sont priés de ne plus douter.
Pourcentage de personnes résidant en France vis à vis de la croyance en Dieu

Lorsque le sujet est abordé de manière moins binaire, la population de notre bel Hexagone se répartit grosso modo en 3 tiers.
Un peu plus d'une personne sur 3 se déclare religieuse, 29% s'affirment athées et le tiers restant non religieux.
Cette statistique varie beaucoup avec l'âge. Plusieurs résultats concordants indiquent que pas loin de la moitié des moins de 30 ans s'affirment athées ou sans religion. Il semblerait que les clergés de tout poil aient un problème de positionnement stratégique.
Pourcentage de personnes résidant en France vis à vis de la religion

Tous comptes faits, la France compte environ 24 millions d'ouailles de toutes sensibilités qui s'affirment concernées par le religieux, de l’ordre d'une personne sur 3.
Dans le même temps, 42 millions d’hexagonaux se mettent hors religion.
Pourcentage de personnes religieuses ou hors religion résidant en France

Quel est le poids des religions en France ?

Parmi le tiers religieux, le catholicisme occupe, de très loin, au sommet du podium.
Sensiblement un quart des français - 17 millions de personnes soit 2 croyants sur 3 - y adhère avec une pratique minimale.
Toutefois la messe hebdomadaire n'est suivie que par quelques pourcents de la population, entre un sixième et un dixième des catholiques suivant les sources.

L'islam décroche la médaille d'argent, mais sans avoir participé à la course au titre.
En conservant le critère de croyance associée à une pratique minimale, 3% à 6% des résidents français s'affirment musulmans, soit environ un sur 20 à 25, approximativement 2.5 à 3 millions de personnes. Grosso modo, un croyant sur 8.
Une enquête, avec des gages raisonnables de sérieux, a montré que les personnes vivant en France issues de familles pratiquant la foi musulmane se répartissaient en trois groupes sensiblement égaux : des musulmans se disant croyants et pratiquants, des personnes s'identifiant comme musulmanes mais sans pratique religieuse et des personnes se déclarant sans religion.
À bien y regarder, des affirmations peu éloignées de celles des personnes élevées dans d'autres fois.

Toujours chez les personnes se déclarant religieuses, le protestantisme, en groupant toutes ses obédiences, concerne de l'ordre de 3 à 4 hexagonaux sur 100, c'est à dire de 2 à un petit 3 millions de croyants.
Le judaïsme ferme la marche autour d'un sur 100, voire moins, assez nettement en dessous de la barre symbolique du million.
À ces chiffres microscopiques, il convient d'adjoindre, pour faire bonne mesure, 2% à 3% d'autres religions aussi diverses que variées, environ 2 millions de personnes rétives aux leaders du marché du Ciel.
Pourcentage d'adhésion aux religions des personnes résidant en France

#JesuisCharlie c'est à dire athéico-agnostico-catholico-islamico-protestantico-judaïco-diversico-laïquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique faisant sensiblement les mêmes comptes au niveau mondial “Les religions, combien de divisions ? Statistiques de la foi”.

- Voici la liste des différentes sources que j'ai employé. Ces enquêtes ont des questions et des méthodes très disparates, difficiles à réconcilier.
  • Sondages CSA & IFOP de 2013, tous deux intitulés “le catholicisme en France”
  • Sondage WinGallup & REDC de 2012 “global index of religion and atheism”
  • Sondage IFOP de 2011 “les français et la croyance religieuse”
  • Sondage IFOP de 2009 “étude sur l'implantation et l'évolution de l'islam en France”
  • Sondage CSA de 2004 “les français et la religion”

samedi 17 janvier 2015

Petit rappel de probabilités à l'usage des amalgameurs

Hier soir, le placard de ma cuisine m'a rappelé le coté facétieux et contre-intuitif de cette fraction des mathématiques qu'on nomme probabilités.

Ma famille et moi sommes les heureux possesseurs de vaisselle, acquise auprès d'un faiseur à l'enseigne bleue et jaune, que nous entreposons dans un meuble de même provenance.
Soucieux de saupoudrer un peu de fantaisie latino-maghrébine dans cette uniformité scandinave, une moitié de nos assiettes sont bleues, alors que l'autre est grise.

Objectivement, nous ne prêtons guère d'attention à la répartition de nos écuelles régie surtout par les variations du nombre de personnes présentes à la maison, des repas et de leur préparation ainsi que des fournées de lave-vaisselle.
De surcroît, le daltonisme de votre serviteur le rend usuellement fort peu sensible aux arrangements chromatiques.
Aussi, l'agencement des piles d'assiettes dans notre placard est une assez bonne approximation de ce que les rationalistes nomment le hasard et les croyants la main de Dieu.

À première vue, cette dernière semble assez équitable.
Les assiettes creuses respectent une alternance bleu - gris presque parfaite à l'exclusion de deux modèles bleus superposés.
Photo réalisée sans trucage
Toutefois, l'observation des deux autres piles dément ce hasard trop simpliste.
Les assiettes plates sont nettement dominées par un bloc gris, suivi d'un bloc bleu complété par un dissident gris.
Photo réalisée sans trucage
Les petites assiettes, en opposition avec leurs aînées, apparaissent suivant un système rigoureusement inverse.
Photo réalisée sans trucage
Ces longs enchaînements de couleurs identiques peuvent paraître surprenants voire improbables. D'aucun se disent que les photos ont été arrangées ou qu'elles traduisent une inclination familiale en faveur des grandes grises et des petites bleues ainsi qu'une suprême indifférence pour les assiettes creuses.

Pourtant tout bon probabiliste, armé de ses équations, nous expliquerait que la succession de 6 tirages pile suivis de 6 tirages face a strictement autant de chances de survenir que 6 fois pile puis face, au même titre que n'importe quel autre agencement dit aléatoire.
Il nous rappellerait aussi, qu'au loto, les combinaisons 1 - 11 - 21 - 31 - 41 ; 1 - 2 - 3 - 4 - 5 ou encore 3 - 8 - 14 - 22 - 47 possèdent chacune autant d'éventualités de faire un heureux gagnant.

Mes piles corrélées d'assiettes suédoises ne sont probablement ni mystérieuses ni manipulées et sont très certainement le fruit de multiples hasards plutôt que d'une quelconque nécessité.

Comme nous sommes encore en janvier, je forme le vœu que la prochaine fois que nous croiserons une apparente corrélation - par exemple un coiffeur homosexuel, un fonctionnaire fumiste, un footballeur bas de plafond, un français raciste, un complot sioniste ou un terroriste musulman - avant toute généralisation, nous nous remémorions, ne serait-ce qu'une seconde, l'ordonnancement des assiettes bleues et grises.

#JesuisCharlie
Antiamalgamiquement votre

Références et compléments
- Sur les liens compliqués entre perception, intuition et probabilités, je recommande les livres :
- Merci à Afef & Myriam pour leur nomination des couleurs ainsi qu'à Jean & Christine pour leur énergie positive.

samedi 10 janvier 2015

#JesuisCharlie - Ils ont tiré sur la liberté de refuser et le droit à la complexité

C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.
Hannah Arendt


Depuis mercredi 7 janvier, nous avons été nombreux à dire et manifester que les assassins qui ont ensanglanté la France cette semaine avaient voulu abattre notre liberté d'expression.
Pouvoir dire, écrire et diffuser ce que bon nous semble, y compris les pires stupidités ou insignifiances, est au coeur des valeurs d'ouverture et de pluralisme.
Ce qui a été moins souligné, probablement à cause du deuil et de l'émotion, c'est que cette liberté de base a deux pendants tout aussi essentiels.

La liberté de refuser

Dans une société libre, comme chacun a le droit d'émettre ce qu'il souhaite, par voie de conséquence, chacun a aussi la possibilité de ne pas recevoir ce qui l'ennuie ou le désintéresse.
Très honnêtement, Charlie Hebdo, que j'avais lu dans ma jeunesse, ne me plaisait plus et, tout simplement, je ne le parcourais pas.
Je pourrais continuer la liste très longue des médias auxquels je suis hermétique.
De même, je pourrais énumérer toutes les innombrables pratiques culturelles, politiques, religieuses, sexuelles, sportives, professionnelles, linguistiques, culinaires et que sais-je encore qui me déplaisent et que j'ai banni de mon quotidien.
Il me faut aussi citer les quelques 66 millions français qui refusent obstinément de lire mes publications sur internet, sans parler des trop nombreux tunisiens, belges et autres francophones.
Ce tri permanent est, à bien y réfléchir, assez exigeant. Il suppose que chacun, consciemment et inconsciemment, se définisse, choisisse ce qu'il veut faire et donc décide de ce à quoi il renonce.
Je souhaite pouvoir déterminer seul si je lis ou ne lis pas Charlie Hebdo. Pas que quelqu'un d'autre, a fortiori armé, se substitue à mon libre arbitre.
Évidemment, penser par soi-même - c'est à dire être au sens étymologique un refuznik - est une abomination qui terrorise les terroristes et leurs mentors totalitaires.

Le droit à la complexité

Les tenants des totalitarismes, quels qu'ils soient, simplifient le monde selon une logique d'exclusion, A OU B, eux OU nous.
Une société de liberté est aussi une société de complexité pratiquant la logique inclusive, A ETET un peu de C ET pourquoi pas du D.
Je peux être français ET semi-auvergnat ET apprécier la nourriture épicée ET ne jamais mettre les pieds dans une église ET fréquenter une pagode ET abonné au gaz AINSI que les compétitions de badminton ET voter François Bayrou.
Alors que mon voisin est ouzbek ET britannique ET un tiers dauphinois ET carbure au saucisson à l'ail ET à l'eau bénite ET est adhérent à la Fédération des Pêcheurs à la Ligne de Gauche.
Cette possibilité et cette réalité de mosaïque, de kaléidoscope fait le sel de nos sociétés d'ouverture. La liste des victimes des tueurs illustre d'ailleurs tragiquement la diversité française.
Là aussi, la complexité oblige à se comporter et à penser par soi-même, l'acte le plus effrayant pour un simplificateur armé et autoproclamé.

Pour conclure, une citation de Chokri Belaïd, assassiné en Tunisie en 2013 par les mêmes balles que Charlie Hebdo et les autres victimes :
“Nous avons un projet dans lequel ils ont leur place. Ils ont un projet dans lequel nous n'en avons aucune.”

No pasaran
#JesuisCharlie
#Jesuistouteslesvictimessansdistinction

Tristement mais opiniâtrement votre


mercredi 7 janvier 2015

#JesuisCharlie - Encore un terrible bégaiement


Après janvier 2011, après un billet sur le Mali, après les assassinats de Chokri Belaïd et de Mohammed Brahmi, encore une triste chronique déclenchée par des actes délibérés de barbarie.

Aujourd'hui, à Paris, 12 personnes, dont des dessinateurs qui ont enchanté ma jeunesse et 2 policiers, ont été lâchement abattues. 8 autres ont été gravement blessées.

Les salopards qui ont tiré au lieu de croire que leur dieu les protège se sont probablement crus obligés de protéger leur dieu.

Quand des esprits étroits s'arrogent le droit de passer par les armes leurs semblables, ils signent tragiquement leur impuissance intellectuelle.
Une cause avec des arguments pertinents se défend avec des stylos, des claviers, des caméras et des porte-voix.
Le kalachnikov est la rhétorique des crétins, elle ne peut donc nous convaincre.

No pasaran
#JesuisCharlie

Tristement votre