mercredi 7 novembre 2012

Les sites d'information trafic co-lauréats du Dalton d'or

Je suis particulièrement fier de décerner le second Dalton d'or conjointement aux principaux services d'information en ligne sur la circulation routière.
Les cartes qu'ils proposent sont censées aider l'automobiliste à prendre des décisions rapides et pertinentes sur son trajet.
Malheureusement, le résultat est souvent déroutant pour les daltoniens et même aussi parfois pour les personnes dotées d'une vision des couleurs dite "standard". Détecter un bouchon sur un site cartographique ou dans une meule de foin, même combat !
Jugez sur pièces avec ces quelques cartes de l'agglomération de Grenoble.

Open Street Map est un service géographique libre et collaboratif. Cette initiative sympathique, à défaut de recenser les encombrements, fournit gratuitement des tests de dépistage de stupéfiants. Seul quelqu'un ayant copieusement abusé du génépi ou de champignons mexicains est susceptible de trouver sa voie dans un tel enchevêtrement de couleurs. Même le grenoblois de souche peine à reconnaître la rocade "U2" sur la carte ci-dessous.

Dans le genre initiative bizarre, Station Mobile n'est pas mal non plus. Ce "machin", financé par nos impôts via tous les acteurs publics imaginables, a pour mission d'informer le public sur les déplacements dans et autour de la capitale des Alpes. Sa carte de trafic routier, outre quelques soucis de mise à jour, laisse perplexe. Un filet microscopique d'une couleur indéterminable se superpose vaguement au dessin de certaines routes. Une poignée de pictogrammes complète plaisamment le tableau. J'aimerais que mon percepteur soit aussi approximatif.

Les cartes de Bibendum ont accompagné mon enfance aussi trouver Michelin au palmarès des Dalton d'or est une grande déception, un peu comme si on avait dopé une madeleine de Proust au maïs transgénique. Pour indiquer la circulation, le pneumatologue auvergnat s'est contenté de surligner avec un feutre de couleur rougemarronverte les trajets principaux. Résultat, la route de Chamrousse totalement déserte à cette saison possède la même apparence que la rocade pourtant atteinte de thrombose aiguë.

Bison Futé, l'indien adopté par la république française depuis une quarantaine d'années, emploie la méthode dite des peintures de guerre. L'important est d'impressionner l'internaute, le renseigner est accessoire. Prenez une carte simplifiée de l'agglomération de Grenoble, inscrivez quelques noms de lieu à l'aide d'une machine à écrire rachetée d'occasion à la gendarmerie nationale, demandez au chamane le plus proche de choisir quatre ou cinq couleurs aux vertus thérapeutiques et, pour finir, recouvrez de façon aléatoire les grands axes avec ces pigments magiques. Le résultat est élégant, les bouchons introuvables.

Mappy a réutilisé le procédé de Bison Futé. Toutefois, ce site soucieux de rentabilité a fait appel à un chamane "low cost" qui lui a fourni des couleurs au rabais.

Google est lui aussi un adepte des pratiques chamaniques. Toutefois, la firme de Mountain View, manifestement soucieuse de l'accessibilité de ses services par le plus grand nombre, a ajouté une légende. L'enfer, hélas, est pavé de bonnes intentions car la plus grande difficulté pour une daltonien est de relier des couleurs qui apparaissent identiques au commun des mortels. Aussi, malgré la légende, impossible de localiser un bouchon grenoblois sur une carte de Google.

Comme beaucoup de ses confrères, TomTom est très inspiré par les indiens. Outre les peintures chamaniques, nettement plus épaisses que chez Google ou Mappy, le cartographe hollandais a cru bon d'ajouter des flèches. L'effet est plaisant mais, malgré la liste de difficultés sur la gauche de l'écran, je n'ai pas réussi à déterminer quels étaient les trajets les plus roulants.

Malheureusement, un géant emblématique des nouvelles technologies a été exclu du Dalton d'or.
Apple, en dépit d'une compétition féroce avec ses concurrents, a totalement échoué à fournir une information trafic illisible pour les daltoniens. Sa nouvelle application "Plans" propose bizarrement des cartes aisément compréhensibles par tout un chacun.
Tout d'abord, pour éviter de surcharger l'écran, seules les routes encombrées sont rehaussées d'un graphisme supplémentaire. Les voies où la circulation est normale ne sont pas mises en valeur.
Ensuite, le code couleur classique est conservé pour signifier les bouchons. Ce moyen reste le plus efficace pour les personnes dotées d'une vision dite "standard". Pour plus de lisibilité, les couleurs d'encombrement sont très contrastées par rapport à celles représentant les routes.
Enfin, des pointillés, que même une vision monochromatique permet de distinguer, renforcent le tracé des bouchons.
Des pictogrammes bien proportionnés pointent travaux et accidents.
J'ignore si Steve Jobs, en plus d'être myope et dyslexique, était aussi daltonien mais, en tous les cas, Apple a su créer le seul service d'information trafic qui prenne en compte cette particularité de vision.
Dommage, j'aurais aimé remettre un Dalton d'or à l'entreprise à la pomme ...

Coloriquement votre

Références et compléments
- Cette chronique est librement inspirée de questions soulevées par la twittonaute accessologue @Tetue.
- Voir aussi les chroniques "Les Baux de Provence récompensés par le Dalton d'or", "A Florence Lamblin, la verte qui blanchit, les daltoniens reconnaissants" et "Visions politiques".
- Toutes les cartes de l'agglomération de Grenoble et de ses bouchons présentées dans ce billet sont des copies d'écran d'iPad réalisées le 5 novembre 2012 aux alentours de 19 heures.
- Le Dalton d'or est un trophée destiné à récompenser les systèmes cassant les pieds aux daltoniens dans leur vie quotidienne.
Les candidatures au Dalton d'or sont les bienvenues et peuvent être envoyées à l'auteur de ce blog qui démocratiquement délibérera seul en son âme et rétine.
- La dyschromatopsie, appelée couramment daltonisme, est une anomalie de la vision dans laquelle un ou plusieurs des trois types de cônes de la rétine oculaire, responsables de la perception des couleurs sont déficients.
Environ un homme sur douze et une femme sur deux cent ont les cônes qui déconnent.
Pour plus de détails se reporter aux articles Wikipedia sur le daltonisme en français et en anglais.